Les associations mobilisées face au nombre croissant d’enfants sans abri
La 8e édition du baromètre « Enfants à la rue » de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et de l’Unicef montre l’augmentation du nombre d’enfants concernés. Les représentants associatifs insistent sur les solutions et pointent des « choix politiques ».
« Quel avenir pouvons-nous promettre à ces enfants, quand ils dorment dehors ou dans une école ? », s’interroge Samira Dadache, administratrice nationale de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). La responsable associative raconte la mobilisation des parents d’élèves et professeurs abritant des enfants dans des salles de classe ou rassemblant des fonds pour leur payer des chambres d’hôtel, afin qu’ils soient hébergés la nuit. Elle intervient le 26 août, lors de la présentation du 8e baromètre « Enfants à la rue », réalisé par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), réunissant plus de 930 associations agissant contre la précarité, et l’Unicef France.
Dans la nuit du 18 au 19 août de cette année, en France, au moins 2 355 enfants sont restés sans solution d’hébergement, à la suite de l’appel de leurs parents au 115, le numéro national destiné aux personnes sans abri et en grande difficulté. 514 de ces enfants sont âgés de moins de trois ans. Les chiffres, déjà alarmants, sont « largement sous-évalués », précise Nathalie Latour, la directrice générale de la FAS. En effet, ils ne prennent pas en compte les personnes n’ayant pas appelé le numéro d’urgence, dont la part peut atteindre « 76 % » des personnes concernées. Ils n’incluent pas non plus les personnes qui n’ont pas reçu de réponse du 115 et les mineurs non accompagnés (MNA). L’année dernière, au moins 1 087 de ces jeunes isolés en attente de reconnaissance de minorité vivaient à la rue, dans des squats ou des campements, selon la Coordination nationale des jeunes exilé·e·s en danger.
Une promesse présidentielle non tenue
« Nous installions ensemble des matelas chaque nuit pour dormir », témoigne Era, 14 ans, en France depuis deux ans, hébergée dans une école. Elle raconte le besoin d’attendre une personne pour lui ouvrir la porte donnant accès à une douche. Elle explique également que sa mère prépare à manger dans une « cuisine publique » et vit dehors lorsqu’elle étudie avec sa sœur. « Il y a des enfants qui souffrent, dont les besoins élémentaires ne sont pas satisfaits », insiste Juliette Murtin, son enseignante assise à côté d’elle, porte-parole du collectif lyonnais Jamais sans toit.
Sur le territoire national, le nombre d’enfants dans cette situation augmente. Les chiffres de l’Unicef et de la FAS sont en hausse de 9 % par rapport à l’année dernière et de 42 % par rapport à 2022. Les auteurs du baromètre constatent la présence de plus en plus marquée de familles parmi les personnes dont les demandes au 115 ne sont pas pourvues : leur nombre croît de 6,5 % par rapport à l’année dernière et de 37 % par rapport à 2022. C’est aussi le cas des femmes seules avec un ou plusieurs enfants, deux fois plus nombreuses qu’en 2022. Le nombre d’enfants âgé de moins de trois ans a également augmenté de 2 % par rapport à l’année dernière et de 40 % par rapport à 2022. Et ce, malgré la promesse affichée par Emmanuel Macron en 2022 qu’aucun enfant ne dorme à la rue.
davantage de places d’hébergement d’urgence
Pourtant, cet objectif est « atteignable » dans notre pays, juge Béatrice Lefrançois, secrétaire générale d’Unicef France. « Il est impossible d’accepter qu’en France, un enfant puisse naitre, vivre et mourir à la rue ». « La France est un pays riche, et nous sommes donc capables d'agir », confirme Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés.
La situation dont les représentants associatifs font état résulte « des échecs » des politiques de l’hébergement et du logement, poursuit Manuel Domergue. Les dispositifs d’hébergement d’urgence sont saturés, ce qui contraint les travailleurs sociaux à mettre en place des critères de priorisation fondés sur la vulnérabilité des personnes. « Les principes d’inconditionnalité et de continuité de l’accueil ne sont plus respectés, fustige Nathalie Latour. Les équipes sont épuisées ».
À court terme, le budget adopté pour cette année ne permet pas de maintenir les 203 000 places d’hébergement actuelles, estime la directrice générale de la FAS. Elle exige qu’il soit réévalué au moyen d’une loi de finances rectificative, pour atteindre cet objectif, ainsi que la création de 10 000 places supplémentaires
Les associations, elles, font face à une hausse des besoins, car le taux de pauvreté s’élève à un niveau jamais atteint ces trente dernières années. Mais aussi à une hausse des charges, et à des diminutions ou à des retards de financements publics. Avec pour conséquence des fermetures de places d’hébergement ou plus généralement, des réductions d’activité. Elles sont d’ailleurs appelées par la FAS à se mobiliser la semaine du 12 octobre pour alerter l’État à propos leur situation.
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Davantage de « précarité administrative »
Manuel Domergue dénonce en outre des restrictions sur l’accès au séjour des personnes étrangères. « Ce n’est pas le fait de flux migratoires qui seraient en explosion », indique le représentant de la Fondation pour le logement des défavorisés, mettant en cause des « choix politiques affirmés, réaffirmés, martelés du matin au soir ». Parmi eux : la suppression en 2025 de 6 000 places dans le dispositif d’hébergement dédié aux demandeurs d’asiles ou la circulaire dite Retailleau diffusée début 2024, rallongeant le délai de présence nécessaire pour prétendre à une régularisation
Des décisions qui, selon Manuel Domergue, ne se « matérialisent pas par le fait qu’il y ait moins de personnes sur le territoire », mais qui ont pour conséquence l’augmentation du nombre de personnes « en situation de précarité administrative », avec plus de difficultés pour accéder au logement. Il appelle donc à une « politique plus souple d’admission exceptionnelle au séjour ».
Deux recours contre le mal logement
Les représentants associatifs mettent plus généralement en cause la politique du logement, avec dans le viseur la baisse de la production de logements sociaux, le « record historique » du nombre d’expulsions avec le concours de la force publique ou encore les coupes budgétaires dans les aides personnelles au logement (APL).
Pour le prochain quinquennat, les associations exigent donc une programmation pluriannuelle « de la rue au logement » avec notamment des objectifs « ambitieux » de production de logements abordables, mais aussi un plan spécifique pour les territoires ultramarins ou la mise en place d’un observatoire national du sans-abrisme.
« Nous ne nous résignons absolument pas à cette situation. Nous tenons à dire que cette question du sans-abrisme n’est pas une fatalité, certifie Nathalie Latour. C’est une question de choix politiques ». 40 organisations, dont la FAS et la Fondation pour le logement des défavorisés, ont déposé deux recours contre l’État en février 2025. Elles estiment qu’il ne respecte pas ses obligations en matière d’hébergement des personnes sans abri et de logement social et demandent au juge de le lui imposer.
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Célia Szymczak 