Présidentielle : les associations de solidarité veulent peser dans le débat
La Fédération des acteurs de la solidarité a annoncé fin juin se mobiliser lors de la campagne présidentielle. Son but est d’alerter largement sur l’augmentation de la précarité ainsi que sur les difficultés économiques des associations, mais aussi de valoriser leur action.
« Nous entrons en campagne », peut-on entendre dans une courte vidéo. Contrairement aux annonces de ces dernières semaines, ces mots ne viennent pas d’un responsable politique présentant sa candidature à l’élection présidentielle. Ils sont prononcés par les représentants de la Fédération des acteurs de la solidarité, la FAS. Celle-ci regroupe 930 associations et 3 500 structures de solidarité en France, comme les Banques alimentaires, Emmaüs France, la Fondation pour le logement (ancienne Fondation Abbé Pierre), le Samusocial de Paris ou encore le Secours catholique.
L’ambition : placer la « solidarité au cœur du débat public ». Concrètement, la fédération va d’abord analyser les programmes des candidats et fact-checker certaines de leurs déclarations. « Nous prévoyons beaucoup de désinformation autour de l’action du secteur associatif. Les tendances à la stigmatisation des personnes concernées par la précarité existent déjà », met en avant Charlotte Abello, responsable des relations publiques de la FAS. « Nous ne voulons pas soutenir un candidat, une candidate ou un parti en particulier », précise-t-elle.
Point d’orgue de cette action, les candidats et candidates, à l’exception de ceux d’extrême droite, seront invités au congrès annuel de la fédération en janvier pour présenter leurs propositions.
Les réponses politiques ne sont pas à la hauteur »
Charlotte Abello, Fédération des acteurs de la solidarité
Un taux de pauvreté record
La FAS publiera elle-même 70 propositions à leur destination dès la rentrée. Ces dernières ont été élaborées avec les associations adhérentes. Elles concerneront des thématiques comme la santé, le logement, les personnes migrantes ou l’emploi. « Mais nous voulons porter un message clair pour défendre les solidarités, dans lequel elles s’intègrent. Il ne s’agit pas d’un catalogue pensé en silo », note toutefois Charlotte Abello.
La FAS porte certaines de ces propositions « depuis des années ». Sans être suffisamment entendue à ses yeux, car la situation s’aggrave. « Il y a énormément de difficultés qui s’accumulent. Les associations, les professionnels et les bénévoles qui les composent sont à bout de souffle. Face à cela, les réponses politiques ne sont pas à la hauteur », témoigne la responsable des relations publiques.
Elle en veut pour preuve deux chiffres : le taux de pauvreté en 2024 publié par l’Insee le 9 juillet et le nombre d’associations à la peine. 15,4 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, soit 1 337 euros par mois pour une personne seule en comptant salaires et prestations sociales. Ce chiffre atteint en 2023 et 2024 son plus haut niveau depuis le début des mesures réalisées, en 1996. Par ailleurs, en octobre dernier, 30 % des associations de solidarité interrogées par la FAS étaient en « danger immédiat » à cause de difficultés économiques. Le monde associatif alerte sur sa situation depuis plusieurs années, causée par l’augmentation de la précarité et des besoins, couplée à la hausse des charges et aux baisses de financements publics.
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Un message de « fierté » et « d’espoir »
Dans ce contexte, le cabinet du Premier ministre a indiqué aux associations de solidarité que Sébastien Lecornu n'avait pas le temps de les rencontrer. De quoi faire réagir leurs dirigeants, qui, dans une vidéo, rappellent que la « situation est inadmissible », que « les structures d’insertion sont aujourd’hui sous tension extrême » ou que « des maraudes dans nos rues, des accueils de jour » et des « distributions alimentaires » sont interrompus. « Que se passerait-il si un tiers des associations disparaissaient ? », alerte Charlotte Abello.
« L’action associative est globalement invisibilisée », déplore-t-elle. « Nous voulons rendre visible ce que les solidarités apportent à la société ». L’ambition de la fédération est ainsi de porter un « message clair de fierté » et de créer « de l’espoir ». Cet été, des témoignages « montrant comment la solidarité apporte des solutions concrètes » aux personnes, par exemple grâce à l’accompagnement d’une association, seront diffusés.
Célia Szymczak 