Les professionnels pensent que la RSE contribue à la performance, sans toutefois le démontrer
Une majorité des répondants à un sondage réalisé par Wavestone et l’Orse pensent que la RSE crée de la valeur économique ou évite des coûts, mais très peu mesurent formellement ces apports.
Les professionnels de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), en charge des actions sociales et environnementales des entreprises, pensent qu’elle contribue à la performance économique. Pour autant, cette contribution n’est pas mesurée, ou elle ne l’est que partiellement. C’est la conclusion du sondage publié par le cabinet de conseil Wavestone avec l’Orse, l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises, le 14 octobre.
174 professionnels exerçant au sein d’entreprises françaises, en majorité de plus de 5 000 salariés, ont été interrogés. Ils sont principalement issus de « la fonction RSE, mais aussi de la finance, de la stratégie, des achats, de la communication, du marketing et du commercial », indiquent Wavestone et l’Orse. Sept entretiens qualitatifs ont également été menés.
Peu de mesure d’impact des risques
75 % des répondants pensent que la RSE est un argument de vente. D’ailleurs, deux tiers suivent les attentes de leurs clients en la matière. En outre, 88 % estiment qu’elle évite ou réduit des coûts réputationnels et 70 % qu’elle contribue à mieux maîtriser les coûts énergétiques et de matières premières. Plus de la moitié (56 %) jugent même qu’elle facilite l’accès à des financements.
Et pourtant, seules 10 % des entreprises interrogées mesurent les retombées économiques de leur stratégie RSE via des indicateurs formalisés. 44 % le font de manière partielle.
Seul un répondant sur trois (33 %) considère les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance comme « déterminants et systématiques » dans les prises de décision de leurs investisseurs. Un répondant sur trois mesure l’impact économique prévisionnel des risques sur l’entreprise. Six répondants de la fonction RSE sur dix considèrent d’ailleurs que l’articulation entre RSE et finance demeure perfectible.
« Ce n’est pas un constat d’échec, c’est bien une étape. La conviction est acquise que les engagements sont pris, ce qu’il manque, ce sont encore des preuves », insiste Géraldine Fort, déléguée générale de l’Orse, lors du webinaire de restitution de ces travaux.
Des investissements coûteux
« Le sujet n’est plus uniquement de convaincre que la RSE crée de la valeur. Il s’agit de préciser combien de valeur elle crée, par quels mécanismes et comment cette valeur peut être intégrée dans les décisions, complète Léah Ball, manager chez Wavestone. Cela suppose notamment de mieux mesurer le chiffre d’affaires lié aux offres durables, les économies réalisées, les risques évités, l’accès à de nouveaux marchés ou encore les effets sur la fidélisation. Le véritable point de bascule, c’est donc le passage d’une logique de conviction à une logique de preuve. »
Prouver les bénéfices économiques peut se révéler « assez complexe », poursuit Léah Ball. « Les investissements et les bénéfices ne se situent pas toujours sur le même horizon de temps », constate-t-elle. En effet, 67 % des répondants jugent les investissements environnementaux coûteux. 66 % déclarent que leurs retombées financières sont longues à observer. Dans le cas de l’adaptation au changement climatique, par exemple, « la valeur créée va souvent correspondre à une interruption d’activité qui n’a pas eu lieu, à un équipement qui durera plus longtemps ou à un dommage futur qui sera évité », illustre Léah Ball.
En ce qui concerne les investissements sociaux, 39 % des répondants déclarent que « certaines actions peuvent créer des contraintes ponctuelles tout en améliorant la performance » et 34 % qu’ils n’ont pas d’impact sur celle-ci.
Célia Szymczak ![]()