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Par Carenews INFO - Publié le 8 janvier 2026 - 14:00 - Mise à jour le 8 janvier 2026 - 14:04 - Ecrit par : Camille Dorival
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« Nous avons une ardente responsabilité à coopérer davantage », entretien avec François Dechy (Avise)

Président de l’Avise depuis septembre 2025, François Dechy explique à Carenews le rôle de cette association chargée d’accompagner le développement de l’économie sociale et solidaire (ESS) dans les territoires. Il estime que les acteurs de l’ESS, pour peser, doivent coopérer davantage.

François Dechy et Jérôme Saddier lors de la passation de présidence de l'Avise, en décembre 2025. Crédit : Avise.
François Dechy et Jérôme Saddier lors de la passation de présidence de l'Avise, en décembre 2025. Crédit : Avise.

 

 

Créée en 2002, l’Avise a pour mission d’accompagner le développement de l’économie sociale et solidaire (ESS) et de l’innovation sociale en France, à travers plusieurs dispositifs.

François Dechy, par ailleurs maire (divers gauche - liste citoyenne) de Romainville (Seine-Saint-Denis), en est devenu le président en septembre dernier, succédant ainsi à Jérôme Saddier. Il a auparavant travaillé dans l’ESS, au sein du Crédit coopératif, puis de France active, avant de créer et diriger l’entreprise d’insertion Baluchon.

Il explique à Carenews ce qu’est l’Avise et quels sont, à ses yeux, les grands défis qui se posent aux acteurs de l’ESS pour les mois et années à venir.

 

  • Carenews : Vous présidez l’Avise depuis quelques mois. Quel est, à vos yeux, le rôle de cette association, qui compte aujourd’hui une trentaine de salariés ?

 

François Dechy : Du point de vue de son expertise, l’Avise est une agence d’ingénierie au service de ceux qui font grandir l’ESS. Elle propose aux acteurs de l’ESS et de l’innovation sociale différents programmes, financements et accompagnements. On peut ainsi citer le Dispositif local d’accompagnement (DLA), qui accompagne des structures de l’ESS dans le développement de leurs projets. L’Avise anime le Réseau national des incubateurs de l’ESS, qui accompagnent la création de projets ESS. Elle coordonne aussi Résonance, le Réseau des accompagnateurs nationaux au changement d’échelle de l’ESS.

Mais l’Avise est également intéressante en ce qui concerne sa gouvernance. C’est un espace où se retrouvent aussi bien des financeurs que des réseaux de l’ESS et de grandes institutions, notamment la Caisse des dépôts et consignations (CDC). C’est un espace où tous ces acteurs dialoguent et coconstruisent des solutions. De ce point de vue, on peut estimer que c’est une forme de « bien commun ».

C’est aussi un espace qui permet des échanges directs, sans intermédiaire, entre de grandes institutions qui déploient des programmes à l’échelle nationale et des professionnels qui sont en contact direct avec ce qui se passe sur le terrain.

 


À lire aussi : De l'économie sociale et solidaire à l'élection : une autre manière de diriger 


 

  • Comment voyez-vous l’avenir de l’Avise et plus largement de l’ESS au regard des discussions sur le projet de loi de finances (PLF) 2026, qui vont reprendre en ce début d’année ?

 

Ce n’est pas un secret : dans le PLF 2026, tout ce qui prépare l’avenir, qu’il s’agisse de la transition écologique, de l’innovation sociale, de l’ESS, de la solidarité, risque de faire l’objet de coupes sombres. Le DLA, notamment, pourrait voir ses financements réduits de 30 % par rapport à 2025. Cela est très inquiétant. 30 % de financement en moins, cela veut dire 1000 structures de l’ESS, essentiellement des associations, qui ne pourraient pas être accompagnées, et 13 000 emplois qui ne pourraient pas être consolidés. Nous nous mobilisons bien sûr sur ce sujet pour éviter cela.

Dans le PLF 2026, tout ce qui prépare l’avenir, qu’il s’agisse de la transition écologique, de l’innovation sociale, de l’ESS, de la solidarité, risque de faire l’objet de coupes sombres. »

 

Mais nous ne devons pas nous contenter de colmater les brèches et d’éviter les coupes sombres. Nous devons avoir un esprit de coopération, de résistance et de conquête. Il faut nous autoriser, en tant qu’acteurs de l’ESS, à être offensifs sur des sujets sur lesquels nous avons des choses à dire.

À l’Avise, nous avons déployé, aux côtés d’autres acteurs, des méthodes d’accompagnement qui fonctionnent. Mais il reste des territoires où, par exemple, l’offre d’accompagnement pour faire naître des projets n’existe pas encore : nous devons avoir l’ambition de couvrir ces zones blanches.

Nous devons aussi nous engager sur la question des fonds européens, pour augmenter la capacité des acteurs à mobiliser ces fonds, qui sont sous-utilisés par l’ESS pour le moment.

 

Quand on regarde tous les maux dont souffre notre pays – que ce soient les enjeux sociétaux, environnementaux, démocratiques… –, une grande partie des réponses existent déjà au sein de l’ESS. »

 

L’ESS fourmille de beaux projets et de belles personnes. Quand on regarde tous les maux dont souffre notre pays – que ce soient les enjeux sociétaux, environnementaux, démocratiques… –, une grande partie des réponses existent déjà au sein de l’ESS. Dans un contexte où l’ESS est attaquée, les financements réduits, il nous faut affirmer fort que l’ESS porte des solutions d’avenir.

Le modèle néo-libéral est à bout de souffle. Il nous a mené dans un mur de carbone, d’inégalités et de dette publique. Face à cela, il nous faut mener des transformations radicales, et les mener non pas dans le rapport de force, mais dans l’enthousiasme et la joie. Nous avons pour cela une ardente responsabilité à coopérer davantage, à voir ce qui nous rassemble, à nous serrer les coudes.

 

  • Vous êtes le premier élu local à assurer la présidence de l’Avise. Pourquoi avoir souhaité incarner cette fonction ?

 

Depuis le début de ma vie professionnelle, j’ai la conviction que les transformations viendront de la société civile et des territoires, mais aussi de notre capacité à articuler les dynamiques territoriales avec une stratégie nationale. La présidence de l’Avise est donc totalement cohérente avec cette conviction que l’ESS est le moteur des transformations de nos territoires et de la société.

 

Depuis le début de ma vie professionnelle, j’ai la conviction que les transformations viendront de la société civile et des territoires, mais aussi de notre capacité à articuler les dynamiques territoriales avec une stratégie nationale. »

 

Par ailleurs, en tant que maire, j’ai le nez dans le guidon du soir au matin, sur plein de sujets passionnants. La présidence de l’Avise me permet une respiration intellectuelle, mais aussi d’assurer un rôle dans des instances nationales tout en restant connecté aux réalités et aux besoins d’un territoire d’avenir !

 

Propos recueillis par Camille Dorival

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