Plan d’électrification : une stratégie jugée insuffisante pour réussir la transition écologique
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un plan d’électrification des usages, qui consiste à remplacer les énergies fossiles par l’électricité. Plusieurs associations environnementales ont réagi à cette stratégie. Pour Bastien Cuq, spécialiste énergie pour le Réseau action climat, il est primordial d’interroger les nouveaux usages de l’électricité afin d’éviter une hausse de la consommation.
10 milliards d’euros. C’est le soutien à l’électrification annoncé par le gouvernement pour 2030. Cette méthode qui vise à remplacer les énergies fossiles par l’électricité dans plusieurs usages, fait l’objet d’un plan qui a été annoncé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, le 10 avril. Pour Bastien Cuq, responsable énergie pour le Réseau action climat, c’est « une bonne nouvelle » qui n’est cependant pas à « la hauteur » des enjeux. Selon lui, l’accent mis sur l’électrification « ne suffit pas à garantir la réussite de la transition écologique, qui repose aussi sur la sobriété énergétique et le développement des énergies renouvelables. »
Dans la même optique, le réseau Cler, association qui promeut les énergies renouvelables, souligne que le gouvernement vise l’installation de 850 000 pompes à chaleur, qui fonctionnent à l’électricité, d’ici à 2030. « Si le réseau [...] reconnaît l’importance du changement de systèmes de chauffage alimentés aux énergies fossiles [...] pour la transition énergétique des logements, il tient à rappeler que l’électrification seule ne permettra pas d’améliorer les conditions de vie et de faire reculer la précarité énergétique », note l’organisation dans un communiqué.
« D’autant plus qu’est évoqué un soutien qui passera de 5,5 à 10 milliards d’euros sans que les modalités précises de financement soient détaillées et “sans moyens additionnels” », explique Bastien Cuq. Le spécialiste de l’énergie déplore dans ce plan l'utilisation massive des certificats d'économie d’énergie (CEE) : « ces certificats seront davantage mobilisés pour l’électrification. Il y aura donc moins d’argent pour les économies d'énergie. »
L'électrification ne suffit pas à garantir la réussite de la transition écologique, qui repose aussi sur la sobriété énergétique et le développement des énergies renouvelables"
Bastien Cuq, spécialiste énergie pour Réseau action climat.
La facture des ménages impactée par les certificats d’économie d’énergie
Créés en 2005, les CEE s’appuient sur le principe du pollueur-payeur. Les fournisseurs d’énergie (EDF, TotalEnergies etc.) doivent ainsi financer des actions de réduction de consommation d’énergie et d’amélioration de l’efficacité énergétique, précise le média Connaissances des énergies. « En échange d'octroyer une subvention à un ménage ou à une entreprise pour remplacer une chaudière au fioul par une pompe à chaleur, le fournisseur obtient un CEE. Tous les quatre ans, il doit justifier qu'il a atteint l'objectif de CEE fixé par l'État », peut-on également lire.
Ce dispositif repose cependant en partie sur la facture des ménages, les fournisseurs répercutant ces coûts sur les prix de l’énergie. C’est précisément ce que critique Bastien Cuq : « Vu qu’il y aura de plus en plus de CEE mobilisés, cela sera donc payé sur une plus grande part du budget des plus pauvres », commente-t-il.
Interroger les nouveaux usages pour réussir l’électrification
De son côté, le Réseau Cler souligne l’importance d’accélérer la rénovation énergétique « en une fois ou par étapes ». L'association estime que celle-ci permet de « traiter un ensemble de postes de travaux (isolation, changement des menuiseries...) pour réduire efficacement le montant des factures, les émissions de gaz à effet de serre, mettre un terme à l’inconfort thermique (humidité, froid...) et à leurs conséquences sur la santé ».
Vu qu’il y aura de plus en plus de CEE mobilisés, cela sera donc payé sur une plus grande part du budget des plus pauvres"
Bastien Cuq, spécialiste énergie pour Réseau action climat.
L’association demande « d’augmenter l’enveloppe budgétaire MaPrimveRénov’ [...] et de réhausser les plafonds d’aides pour retrouver les niveaux fixés en 2024 et permettre la rénovation énergétique d’ampleur de 400 000 logements d’ici à 2030. » Elle demande aussi de « mettre un terme aux versements des aides pour la seule installation d’une pompe à chaleur sans autres gestes de travaux dans une passoire thermique ».
Pour Bastien Cuq, par ailleurs, « l’électrification est certes nécessaire pour remplacer les fossiles, mais il faut interroger les nouveaux usages et se demander s’ils sont nécessaires. Par exemple multiplier les panneaux publicitaires très gourmands en électricité n’est pas indispensable ».
Léanna Voegeli 