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Par Carenews INFO - Publié le 5 juin 2026 - 11:00 - Mise à jour le 5 juin 2026 - 11:00
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TRIBUNE - À l’ère de l’IA, la superintelligence du travail social

La progression de l'intelligence artificielle pourrait nous faire basculer dans une société post-travail. Cela constituerait une formidable opportunité pour cultiver et renforcer les relations sociales, estime Sébastien Poulet-Goffard, auteur et formateur en travail social, dans cette tribune. Le travail social pourrait alors se voir doté de moyens renforcés pour contribuer à créer une nouvelle société du lien.

Sébastien Poulet-Goffard est formateur en travail social. Crédit : DR.
Sébastien Poulet-Goffard est formateur en travail social. Crédit : DR.

 

 

Dans l’inquiétante nappe de brouillard qui obscurcit le monde depuis l’avènement de Donald Trump, et de ses lumières sombres un rayon de clarté jaillit d’où on ne l’attendait pas. Sam Altman, emblématique patron d’OpenAI, prophétise dans un texte sous-titré « Des idées pour placer l’humain au premier plan » (avril 2026) un avenir qui pourrait devenir radieux : avec l’IA et l’apparition prochaine de la superintelligence, le monde s’apprêterait à basculer dans l’époque du post-travail, une zone de grands dangers économiques, mais aussi de grandes opportunités sociales…

D’après lui, prochainement, les formidables gains de productivité entraîneront à la fois la disparition de classes entières d’emplois, mais aussi la création d’importantes richesses qui pourraient être redistribuées via de nouvelles politiques sociales. Sam Altman imagine un futur où chacun, sans exception, percevra un revenu de base alimenté par les dividendes de l’IA. Un monde structuré par les machines, dans lequel les sociétés n’auront d’autre choix que de protéger l’humanité et ce qui la fonde : les relations sociales entre individus, qui devront nécessairement être cultivées et renforcées.

 

De nouveaux moyens pour le travail social ? 

 

Dès lors, Altman invite tous les gouvernements à prendre un virage décisif : investir maintenant dans l'économie du soin et du lien - garde d'enfants, aide aux personnes âgées, éducation, santé, services sociaux et communautaires - comme voie de reconversion pour les cohortes de travailleurs privés d’emploi par l'IA. Si ce scénario se réalisait, le travail social que l’on sait en crise se verrait doté de nouveaux moyens et de nouvelles recrues pour assurer une mission élargie et essentielle : accompagner les individus et les groupes dans la transition vers un monde où l’activité productive n’est plus l’unique boussole de l’existence humaine. 

 

À travers leur capacité à entrer en relation avec des personnes et des groupes en crise, leur connaissance fine des besoins sociaux et des réponses publiques et citoyennes, à travers l'animation de l’innovation et du développement social sur les territoires, l’action des travailleurs sociaux pourrait prochainement s’avérer décisive. »

 

Un mandat que leurs formations, leurs pratiques et leur éthique les préparent depuis longtemps à exercer. À travers leur capacité à entrer en relation avec des personnes et des groupes en crise, leur connaissance fine des besoins sociaux et des réponses publiques et citoyennes, à travers l'animation de l’innovation et du développement social sur les territoires, l’action des travailleurs sociaux pourrait prochainement s’avérer décisive. Leurs techniques professionnelles étant éprouvées depuis longtemps, elles pourraient le cas échéant être déployées à grande échelle. 

Qui d’autre en effet que les travailleurs sociaux pour accompagner les individus dans la redéfinition de leur identité dès lors que l’injonction à travailler disparaît ? Lutter contre la dévalorisation de soi à travers les techniques mises en œuvre dans la relation d’aide est l’enjeu central de leurs actions. L’empathie, l’authenticité et le regard positif porté par les professionnels sur les situations individuelles permettent de créer des espaces sécurisants au sein desquels ressources et leviers d’action sont mobilisés pour faire évoluer les parcours. 

 

Vers une nouvelle société du lien

 

Qui d’autre encore que les travailleurs sociaux pour accompagner les groupes dans la résolution de leurs problématiques sociales et environnementales ? Dès leur entrée en formation, ils ont appris à écouter et observer le corps social afin de repérer et analyser les besoins sociaux. Ils sont acculturés aux techniques de médiation et d’animation qui permettent de guider les collectifs dans l’élaboration et la mise en œuvre de réponses sur les champs de l’enfance, la famille, l’autonomie, la santé, l’emploi, l’alimentation ou le logement… 

 

La construction d’une société post-travail ne se fera pas par le haut. Elle devra nécessairement s’appuyer sur les initiatives existantes dont les travailleurs sociaux sont parties prenantes aux côtés des acteurs publics et associatifs. »

 

Qui d’autre enfin que les travailleurs sociaux pour organiser la résilience des territoires à travers l’innovation sociale ? La construction d’une société post-travail ne se fera pas par le haut. Elle devra nécessairement s’appuyer sur les initiatives existantes dont les travailleurs sociaux sont parties prenantes aux côtés des acteurs publics et associatifs. Sur le terrain, ils connaissent ce dont les populations ont besoin pour bien vivre dans leur environnement et savent mobiliser les réseaux de solidarités qui renforcent les communautés locales face aux périls sociaux, économiques et climatiques.

L’époque oblige déjà chaque individu mais aussi chaque métier à se positionner face à l’IA. Ce que l’on confie à la machine invite à mieux identifier là où l’on demeure unique et singulier, c’est à dire humain. L’activité des travailleurs sociaux, parce qu’elle engage l’humanité des professionnels et des personnes qu’ils accompagnent est, et sera de tous temps irremplaçable.

Hannah Arendt disait que « le pouvoir jaillit parmi les Hommes quand ils agissent ensemble ». Si la vision d’Altman devenait le récit collectif dont l’époque à besoin, nul doute que les travailleurs sociaux seraient encore en première ligne pour favoriser la contribution de toutes et tous à cette nouvelle société du lien.

 

Par Sébastien Poulet-Goffard, auteur et formateur en travail social à l'École normale sociale. 

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