Un manifeste vise à faire évoluer le modèle économique des associations
Un manifeste avec des propositions relatives au financement des associations a été publié mi-juillet par la Fondation BNP Paribas et l’association Ashoka France. Les propositions sont issues d’une journée de discussion mobilisant 350 acteurs issus d’associations mais aussi de fondations, institutions et entreprises.
« Construisons le modèle économique des associations du 21e siècle ». C’est le titre du manifeste ouvert à la signature, publié mi-juillet par la Fondation BNP Paribas et l’association Ashoka France, dont la mission est notamment de soutenir « l’entreprenariat social ». Les deux organisations, avec le Centre français des fonds et des fondations (CFF) et la Fondation La France s’engage, ont invité 350 acteurs associatifs, mais aussi représentant des fondations, des institutions et des entreprises, le 6 juillet, pour une journée de réflexions et de discussions sur ce sujet. En est issu le manifeste « pour reconnaître les associations comme un pilier économique, démocratique et social de la République ».
« La plupart du temps, quand on entend parler du modèle associatif, c’est pour expliquer qu’il souffre de la baisse des financements publics, sans réflexion de fond sur son modèle économique », estime Elsa da Costa, la directrice générale d’Ashoka France. Les subventions et commandes publiques représentent 45 % du financement des associations, selon les dernières données disponibles.
Avec leurs représentants, les structures associatives dénoncent depuis plusieurs années la baisse de ces soutiens pour remplir leurs missions d’intérêt général, en parallèle de la hausse des charges et parfois de celle des besoins, en lien avec l’augmentation de la précarité. En septembre 2025, 30 % des associations employeuses disposaient ainsi de moins de trois mois de trésorerie, selon une enquête du Mouvement associatif, tandis qu’une sur deux déclarait avoir vu ses financements publics diminuer en 2025. Une sur quatre affirmait avoir réduit ses activités. L’économie sociale et solidaire a perdu 10 447 emplois au second semestre 2025, dénonçait ESS France en avril. Des postes en grande majorité associatifs.
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Autoriser davantage d'activités lucratives
Face à cela, « les associations doivent-elles devenir des entreprises sociales comme les autres ? », ont demandé les organisateurs de la journée de réflexion aux participants. Ceux-ci devaient se positionner sur une échelle de 0 à 10, 10 représentant le « oui ». En moyenne, ils ont choisi 4,5 au début de la journée et à 4,8 à la fin. Entre temps, ils pouvaient s’exprimer sur ce sujet grâce à un « micro ouvert ».
« Je pensais que la réponse allait pencher vers le non, avec l’idée qu’il faut rester dans un modèle chimiquement pur, que l’on cède son âme avec de l’activité lucrative », indique Elsa da Costa. « Mais tout le monde se rend bien compte qu’il y a un problème de dépenses publiques. Il faut qu’on hybride nos modèles », estime-t-elle.
Des ateliers ont été organisés avec les participants pour élaborer les propositions du manifeste, même si tous ne le signeront pas nécessairement. Les signataires du manifeste invitent notamment à relever ou moduler le plafond des prestations lucratives que peuvent proposer les associations – aujourd’hui un peu moins de 80 000 euros sur une année civile -, à les exonérer de la taxe sur les salaires et à « étudier la possibilité de charges patronales différenciées ». Plus d’1,9 million de personnes travaillent en effet dans les associations.
Flécher une partie de l’héritage
Concernant les sources de financement, une des propositions porte sur la commande publique, avec « la création d’une catégorie spécifique dans les marchés publics pour les acteurs de l’intérêt général ». Du côté des financements privés, une recommandation est de « flécher une quote-part des droits de succession vers des associations d’intérêt général », alors que plus de 9 000 milliards d’euros pourraient être transmis d’une génération à une autre en France dans les quinze années à venir selon la Fondation Jean Jaurès. Les signataires du manifeste appellent également à « réformer la fiscalité du mécénat pour récompenser la durée des engagements », en favorisant les dons garantis sur plusieurs années. Un moyen selon eux d’assurer une meilleure visibilité aux associations avec des financements pluriannuels.
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De plus, ils appellent à « généraliser les projets mixtes entre financeurs et associations pour co-concevoir les critères de soutien, les indicateurs d’évaluation et les conditions d’accompagnement. » Ils recommandent aussi de « rendre visible la valeur économique et sociale réelle des associations », avec le « déploiement d’un indicateur d’impact » qui pourrait être « généralisé aux entreprises comme aux associations ».
« L’intérêt général n’est ni le domaine réservé de quelques-uns, ni un secteur d’activité parmi d’autres. C’est un horizon de société dans lequel citoyens, associations, entreprises et institutions peuvent et doivent trouver leur place », peut-on lire dans le manifeste. « Le secteur privé et le monde associatif ne sont pas condamnés à s’ignorer ou à se méfier. Ils peuvent construire ensemble des formes nouvelles de coopération ».
Mesurer la valeur des associations
Sur ce plan, les signataires demandent la « généralisation du mécénat de compétences », un dispositif par lequel une entreprise peut mettre à disposition d’une association un ou plusieurs salariés, de manière ponctuelle ou à long terme, tout en continuant à prendre en charge les salaires.
Les autrices d’une étude publiée fin décembre 2025 effectuent toutefois une analyse « nuancée » de ses bénéfices. S’il peut comporter « des avantages significatifs », notamment dans le cas de missions de longue durée, un « certain décalage » peut toutefois exister « entre les offres des entreprises et les besoins opérationnels ou stratégiques exprimés par les associations ». « Il ne constitue en aucun cas une réponse structurelle aux fragilités économiques chroniques qui traversent le secteur associatif, écrivent les chercheuses. L’apport en compétences repose sur un dispositif précaire, instable et largement conditionnel, tributaire à la fois des choix stratégiques et des politiques RH des entreprises partenaires, de la conjoncture économique, et de la disponibilité effective des salariés volontaires ».
« Le sujet des associations n’est pas uniquement l’argent. C’est de continuer à opérer ce qu’elles font, et tous les moyens sont bons », juge Elsa da Costa, reconnaissant « qu’il y a mécénat de compétences et mécénat de compétences ». « Le monde associatif a porté des grands progrès de la société. Il nécessite un modèle économique à la hauteur, et cela passe par des alliances avec le monde lucratif », résume-t-elle.
Célia Szymczak 