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Par Chroniques philanthropiques - Publié le 5 mai 2021 - 19:03 - Mise à jour le 5 mai 2021 - 19:03
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Interview de Delphine Moralis par Francis Charhon

L'ambition de Delphine Moralis, directrice du Centre Européen des Fondations : faire reconnaître et développer une philanthropie européenne au service des citoyens et faire face collectivement aux grands enjeux du siècle. 

Interview de Delphine Moralis par Francis Charhon. Crédit photo : DR.
Interview de Delphine Moralis par Francis Charhon. Crédit photo : DR.
  • Delphine Moralis, vous êtes la nouvelle et récente directrice du Centre Européen des Fondations – European Foundation Center – (EFC), pouvez-vous nous présenter le Centre Européen, nous dire quelques mots sur votre parcours jusqu’ici. 

J’ai travaillé plus de quinze ans principalement dans le secteur du droit des enfants, chez Missing Children Europe pour la prise en compte du droit des enfants au niveau européen et international, puis à la Fédération internationale de Terre des Hommes et à la coordination associative Concorde. Et dans ce contexte, j’ai vu l’importance des relations entre les ONG que je représentais, les fondations, les donateurs au sens le plus large du terme. J’ai voulu soutenir la réflexion et action collective nécessaire afin d’améliorer l’impact aussi bien des ONG que des fondations.  Cette vision internationale et la pratique des relations entre tous les acteurs du secteur philanthropique m’ont donné envie de postuler à la direction du Centre Européen des Fondations (EFC).  Je suis heureuse d’avoir été retenue il y a six mois de cela et honorée de la confiance du conseil d’administration. C’est donc pour moi un nouveau challenge que d’accompagner les fondations et de faire valoir l’impact de leurs actions collectives en Europe, dans un contexte de profondes questions qui se posent aux citoyens de notre espace commun. 

Les fondations : une trajectoire historique

  • Le Centre Européen des Fondations en quelques mots ?

Le Centre Européen des Fondations été créé en 1989 par sept fondations pour faire connaître les fondations à une période où ce secteur était inconnu. Il a pour objectif d’améliorer l’apprentissage des textes et des pratiques, de mettre en place des collaborations entre les fondations en Europe, et d’assurer une représentation du secteur philanthropique. Son rôle est aussi d’approfondir l’action des fondations sur les sujets d’intérêt général sociaux, culturels et environnementaux, ainsi que de militer pour un environnement juridique et administratif favorable à l’action du secteur philanthropique. Nous regroupons ainsi près de 250 organisations philanthropiques européennes qui vont de fondations importantes à des fondations familiales souvent plus petites.  Au-delà de l’Union Européenne, nous avons une vision plus globale, avec d’une part des fondations qui viennent de toutes les parties de l’Europe, au sens donné par le Conseil de l’Europe et d’autre part des collaborations avec des organisations russes, chinoises, indiennes, d’Amérique Latine ou des USA pour échanger sur les bonnes pratiques et favoriser cette intelligence collective dans le secteur philanthropique international. Nous sommes aussi un centre d’expertise pour tous ceux qui veulent trouver des informations sur les statuts, les fiscalités, les pratiques dans les différents pays.

  • Depuis sa création, quelle a été l’évolution du Centre ?  

La philanthropie a évolué de façon importante en 31 ans, avec une accélération ces dernières années, en réponse aux demandes de la société civile. Il y a eu une démultiplication du nombre et des types de fondations, c’est donc notre rôle de nous adapter à cette situation et de faire vivre, faire connaître et reconnaître ces évolutions qui, j’insiste, sont au service des citoyens. La pandémie du Covid 19 a montré comment partout les associations et fondations ont pu agir avec rapidité et flexibilité. 

Joindre nos forces et capitaliser sur les avancées des pratiques après trente ans d’action

  • Vous avez aussi créé des organisations connexes et noué des relations avec d’autres fondations qui ne sont pas obligatoirement membres du Centre ?

Une seule organisation ne peut couvrir tous les domaines, mais nous pouvons œuvrer à des coordinations fécondes. En interne, pour sortir du seul champ de centre de ressources, nous avons soutenu la création d’une organisation opérationnelle appelée European Network of Foundations (NEF). Elle regroupe un certain nombre de fondations afin de mener des projets très concrets sur des sujets spécifiques.

À l’exterieur, nous entretenons également des relations avec l’EPVA qui regroupe tout ce qui traite de la Venture Philanthropy et dont des membres sont communs avec nous, ou avec soit DAFNE (Donors and Foundations in Europe), qui est l’association européenne des associations nationales de fondations, par exemple le Centre Français des Fonds et Fondations. Ce qui nous intéresse aujourd’hui est d’évoluer davantage vers une collaboration plus intime avec ces autres organisations afin d’éviter la fragmentation de la voix du secteur auprès des institutions européennes, mais aussi envers le grand public.

  • Cela veut-il dire que le Centre Européen va fusionner avec certaines de ces organisations ? Aujourd’hui est-il justifié qu’il y ait tant d’organisations ?

Nous sommes conscients aujourd’hui qu’il faut faire des économies de ressources et d’énergie pour ne pas démultiplier nos actions de plaidoyer sur des sujets identiques. Il est absolument utile de joindre nos forces. Il y a eu certainement des raisons historiques valables pour la création de toutes ces plateformes, mais on se rend compte aujourd’hui qu’on aurait plus d’efficacité si on collaborait plus étroitement.

DAFNE est volumétriquement plus importante que le Centre Européen des Fondations, puisqu’elle recouvre toutes les associations de fondations de chacun des pays et représente près de 10 000 fondations. Nous  travaillons à un rapprochement qui  nous permettra d’avoir une influence plus légitime et de représenter le secteur de façon plus intéressante qu’avec DAFNE d’un côté et l’EFC de l’autre.

  • Et en ce qui concerne les autres ?

Je l’ai dit, il y a une valeur ajoutée dans la collaboration avec ces organisations. Je pense qu’une organisation aujourd’hui se doit de se poser la question sur l’impact qu’elle a dans le contexte de son secteur et non pas juste sur son propre intérêt. Il faut donc que nous voyions là où nous avons une valeur ajoutée en tant qu’organisation, là où une collaboration peut nous aider à atteindre nos objectifs. Au niveau global, il y a également WINGS avec qui nous avons également des échanges très réguliers. Cela permet de regarder au-delà de l’Europe et de comprendre ce qui se passe dans le monde et de voir comment en tant qu’Européens nous avons une valeur ajoutée, nous avons une spécificité qui peut nous renforcer aussi en interne mais aussi à l’extérieur.

Une société civile plus organisée, plus active, plus reconnue 

  • Pour vous, quelle est l’importance aujourd'hui des fondations dans la société civile au niveau des pays et au niveau de l’Europe ? Pendant longtemps, en effet, la philanthropie à travers les fondations a été mal connue et mal reconnue par l’Europe. 

C’est un peu double. D’une part, on voit que l’Europe s’intéresse maintenant beaucoup plus aux citoyens qu’il y a dix ans. Cela est dû, entre autres, au fait que la société civile a une voix plus organisée, plus active que ce n’était le cas il y a quinze ans. D’autre part, l’un des challenges pour le secteur philanthropique est de garder la confiance du public. On doit donc travailler d’une part sur tout ce qui est transparence, légitimité pour faire en sorte d’être compris par le grand public. On doit aussi profiter de cette opportunité car l’Europe se rend compte que pour avoir sa légitimité elle doit écouter les citoyens et notamment la société civile organisée dont le secteur philanthropique fait partie. 

  • En France, les fondations sont vues comme des sources de financement plutôt que comme des acteurs sociaux de la philanthropie intervenant de façon opérante sur des sujets ? 

Tout à fait. Venant du secteur des ONG, j’ai constaté que les fondations sont souvent perçues de cette manière. Il y a donc un vrai défi pour les fondations à se faire connaître de façon plus complète. Avec tout ce qu’elles ont à apporter au-delà des moyens financiers par leur connaissance, leur expertise, leurs actions de terrain et leur force de rassemblement, elles permettent d’avoir un impact, ce qui n’est pas toujours vu par le grand public, ni même par les bénéficiaires. 

N’est-ce pas la conséquence d’une présentation qui passe d’abord par le fait de dire ce qu’elles sont plutôt que ce qu‘elles font ? Existe-t-il au Centre Européen des Fondations une vision avec de grands objectifs clairs permettant de donner une ambition compréhensible par tous et de se rassembler ?

Cette vision se bâtit avec les trente membres du conseil d’administration du Centre pour prendre en compte les défis auxquels chacun fait face. La préoccupation numéro un est l’état du monde, caractérisé par un questionnement sur la démocratie, par la polarisation, par la fragmentation, par les problèmes climatologiques et l’inégalité croissante. En effet, il y a clairement un intérêt à se concentrer sur ce qui se passe autour de nous pour être collectivement plus aptes à y faire face. Je pense que nous avons donc une opportunité et une nécessité de nous repositionner collectivement pour donner un horizon ambitieux aux membres du centre. Les fondations ne sont in fine qu’un moyen pour faire face aux défis qui sont en face de nous en gardant toujours présent à l’esprit qu’il s’agit de répondre aux besoins sociétaux. 

Neuf ans pour atteindre les objectifs du développement durable (ODD) et créer de réels changements face aux challenges climatiques et sociaux

  • Depuis votre arrivée, vous avez été mobilisée sur de nombreux fronts ?

Oui au début j’ai été très concentrée sur le fonctionnement interne d’une organisation qui a quand même besoin de se remettre en question, de se réorganiser. Cela a demandé pas mal d’énergie, car il fallait aussi continuer l‘activité importante du Centre, et ceci en faisant face aux défis pratiques ainsi que sociétales posés par la pandémie. Je me rends compte que nous avons neuf ans pour atteindre les objectifs du développement durable (ODD) et créer de réels changements face aux challenges climatiques et sociaux. Je pense que ce sont des défis qui demandent une approche collaborative de tous les secteurs qui doivent s’engager ensemble dans une démarche mondiale d’une ampleur que l’on n’a jamais connue, que ma génération n’a jamais connue. C’est là que l’EFC a un rôle à jouer pour soutenir et mobiliser le secteur philanthropique et engager cette discussion collective pour répondre à ces défis. Sur le plan pratique, le fait de ne pas pouvoir voyager m’a finalement permis beaucoup plus de rencontres dans un temps plus bref que si j’avais dû voyager. J’ai pu engager des discussions avec un grand nombre de personnes en très peu de temps. Cela m’a été très utile, même si le contact humain sans écran reste beaucoup plus riche. 

Un référentiel communs associations fondations

  • Vous parlez justement de vos relations avec les autres organisations. On voit qu’en France, on a des relations avec les associations qui, pendant longtemps, ont été incomprises et qui se sont beaucoup améliorées, avec le Mouvement Associatif qui est la tête de réseau. Avez-vous ces relations avec les associations ? Car on s’est aperçu que les objectifs ne semblaient pas tout à fait les mêmes, sur la forme en tous les cas, alors qu’en réalité sur le fond, ils étaient les mêmes. Pensez-vous qu’il puisse y avoir une base de travail, un référentiel commun qui ensuite se déclinent selon les méthodes de chacun ? 

Justement, cela m’intéresse beaucoup. J’étais, dans mes fonctions précédentes, au conseil d’administration de Concorde ainsi qu’active dans d’autres plateformes associatives liées au développement durable et aux droits de l’homme. Je remarque, que ce soit à Concorde ou au Centre Européen, que sur le fond les discussions à ce niveau-là sont exactement les mêmes ; bien sûr, les moyens pour faire face aux défis sont différents. Nous avons les mêmes enjeux, nous avons les mêmes ambitions et, pour moi, il y a un rapprochement très intéressant à faire principalement sur les idées, sur un référentiel commun. Cela pourrait vraiment nous aider mutuellement entre le monde des fondations et des associations. 

La recherche pour permettre la croissance de l’intelligence collective

  • Vous avez aussi une action importante dans la recherche. 

Oui, tout à fait. Nous avons plusieurs groupes thématiques au sein du Centre. L’un d’entre eux se focalise sur la recherche menée par le secteur philanthropique. Il regroupe les fondations actives dans ce domaine. En interne, nous nous concentrons également sur la connaissance du secteur philanthropique en lui-même. Notre cellule appelée « Knowledge and Intelligence Hub »  a comme objectif de comprendre le secteur, son activité, les besoins de ses membres, et de permettre la croissance de l’intelligence collective concernant les thématiques auxquelles nous nous intéressons. Pour moi, c’est très important, et  je pense que nous devrions faire davantage. Cette connaissance de nous aide à nous améliorer, à mieux nous faire connaître et reconnaître ce qui est utile pour nos thématiques de plaidoyer. Au-delà de l’activité de notre « Knowledge and Intelligence Hub », d’autres experts se concentrent sur le contexte juridique dans lequel opèrent les fondations pour en tirer des conclusions en faisant des analyses comparatives afin de comprendre les évolutions. Un réseau européen de recherche (ENROP) de grande valeur scientifique s’est progressivement constitué. La recherche devient de plus en plus importante, car on voit dans nombres de pays que la société civile a de moins en moins d’opportunités pour s’épanouir et s’exprimer. Ce phénomène nous préoccupe beaucoup et notre rôle est de soutenir les fondations dans leurs activités au niveau national et également en termes de plaidoyer auprès des institutions européennes. 

  • Il y a aussi les questions de recherche quantitatives pour apporter des informations qui ne sont pas connues du grand public.

Tout à fait, c’est un travail que nous faisons déjà depuis plusieurs années : le nombre de fondations, le nombre de citoyens touchés, les différences de législation et de fiscalité, et nous publions régulièrement les résultats.  Ainsi, nous avons une idée de ce que représentent nos membres. Mais le secteur philanthropique est beaucoup plus vaste que les seuls membres du Centre Européen des Fondations. Il y a absolument besoin d’amplifier la collecte de données quantitatives aussi pour comprendre ce que représentent les secteurs et pour pouvoir en parler avec le grand public, mais aussi avec les institutions politiques nationales et européennes. Il y a là un potentiel d’amélioration qui augmentera certainement par une prise de conscience du besoin et des rapprochements sur ce thème.

  • Depuis que vous êtes là, avez-vous eu des relations avec des instances européennes ?

Oui, nous travaillons beaucoup avec les institutions européennes. On voit que l’Union Européenne avec la Commission von der Leyen a un agenda qui s’aligne bien avec l’agenda du secteur philanthropique, que ce soit au niveau du Green Deal, d’une économie au service des personnes, de la démocratie européenne ou encore de l’approche du «nouveau Bauhaus » qui y contribue.  

Cela dit, il reste beaucoup obstacles à surmonter sur le plan européen si nous voulons vraiment permettre au secteur philanthropique de contribuer à ces objectifs. Nous agissons avec DAFNE dans ce plaidoyer européen, et nous avons des contacts très réguliers avec l’Union Européenne sur des sujets qui touchent l’environnement dans lequel opèrent les fondations afin d’essayer de surmonter ces obstacles dans notre travail. Il s’agit principalement de barrières ou d’obstacles autour de tout ce qui est dons et legs transfrontaliers, projets communs entre fondations de différents pays tant les législations sont différentes. C’est assez compliqué en Europe, et les institutions européennes s’en rendent compte un peu plus aujourd’hui que ce n’était le cas dans le passé, au vu des répercussions de la crise sanitaire. Il y a donc des opportunités pour le secteur philanthropique d’avoir une discussion intéressante avec les institutions européennes. 

  • Vous voulez dire sur le plan de la réglementation ?

Oui, tout à fait.

La crise sanitaire a modifié en profondeur les pratiques 

  • Vous parlez de la crise sanitaire due au Covid 19. Les fondations de votre Centre se sont-elles beaucoup mobilisées ?

Nous avons fait une étude cet été pour comprendre comment les fondations ont réagi à la crise. Elles se sont beaucoup mobilisées et ont répondu avec une grande agilité. Ce que l’on a vu principalement, c’est une augmentation de tous types de collaboration dans le secteur philanthropique, que ce soit des collaborations en interne, en faisant sauter les barrières de thèmes pour avoir une vision globale et donc une collaboration plus importante entre les équipes, que ce soit une collaboration entre fondations qui se sont réunies pour mettre en place des fonds en commun. Ce que j’ai trouvé très intéressant également, c’est une collaboration beaucoup plus étroite avec les bénéficiaires. Nous avons vu là des fondations qui ont révolutionné la façon dont elles octroient des subventions. Nous avons par exemple vu des organisations qui traditionnellement ont un timing de six mois entre la demande de fonds et le versement des fonds et qui ont réduit ce temps de réponse à six semaines, voire moins, ce qui représente une véritable révolution dans les méthodes de fonctionnement. 

Nous avons aussi vu qu’un grand nombre de fondations ont décidé de soutenir leurs bénéficiaires avec des fonds pour le fonctionnement plutôt que pour des projets afin de les aider à passer le cap difficile. Dans le secteur artistique, beaucoup de fondations ont continué à soutenir les artistes même s’ils n’avaient plus la possibilité de travailler. D’autres fondations ont aussi décidé de changer leur système de reporting pour un reporting oral, avec des discussions régulières. Cela permet aux fondations de mieux comprendre ce qui se passe dans la réalité et dans les faits au niveau des bénéficiaires. Elles ont donc décidé de garder ce mode opératoire au-delà de la crise. Il faudra conserver les leçons de ces des changements significatifs.

  • Cela représente aussi un gros travail sur la « dé-bureaucratisation » des organisations. 

Exactement, et je pense que nous en avons réellement besoin. J’étais dans le secteur associatif en 2018 au moment où il y eu la crise de fiabilité sur certaines pratiques, (la safeguard crisis) au niveau des organisations internationales. Commencée chez OXFAM, elle a entraîné  une augmentation des contrôles externes mais aussi internes, des chartes éthiques pour fiabiliser les comportements des acteurs. Mais justement, les fondations ont l’opportunité d’être un autre type de financeur que les institutions publiques. Je pense que la valeur ajoutée des fondations se trouve précisément là. Le fait que les fondations réagissent de cette manière dans la crise de Covid est vraiment intéressant, et c’est une opportunité pour nous de nous remettre en question et de réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour avoir une valeur ajoutée pour que les problèmes sociétaux se résolvent.

Gardons en tête quelques éléments qui peuvent nous guider : adaptabilité, flexibilité, faire tomber les barrières… Oser prendre des risques, oser faire confiance, avoir un dialogue, essayer de réfléchir ensemble. C’est très important pour moi, et les fondations ont fait preuve de cette capacité pendant la crise de Covid.

 

Propos recueillis par Francis Charhon.

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