Santé mentale en protection de l’enfance : agir face à l’urgence
En 2026, la santé mentale a été déclarée Grande cause nationale pour la deuxième année consécutive en France. Un choix qui confirme l’ampleur d’un enjeu devenu majeur pour la société française : la dégradation préoccupante de la santé psychique, en particulier chez les plus jeunes. De l’avis de tous les professionnels, celle-ci s’observe de façon plus ample encore parmi les enfants confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance, présentant des vulnérabilités multiples. Face à cette urgence, la fondation Droit d’Enfance dévoile aujourd’hui les résultats d’une enquête inédite sur le lien entre santé mentale et protection de l’enfance et émet des propositions pour y faire face.
L’Aide sociale à l’enfance traverse une crise globale aux conséquences multiples : difficultés de recrutement, épuisement des équipes, manque de places… De multiples difficultés aggravées par la progression des troubles psychiques chez les mineurs confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance : ils représenteraient 50% des jeunes hospitalisés en psychiatrie[1].
Afin de pouvoir éclairer ce constat, Droit d’Enfance a réalisé une enquête nationale dont les résultats sont publiés dans son rapport « Santé mentale des jeunes confiés à l’ASE : agir face à l’urgence ». Sans vocation scientifique, celle-ci apporte néanmoins un éclairage pertinent grâce aux 228 répondants accompagnant plus de 18 000 enfants dans tous types de dispositifs de protection de l’enfance. Parmi les résultats observés, trois chiffres interpellent particulièrement :
- 20% des enfants accueillis en protection de l’enfance seraient porteurs de handicaps ;
- 22% des autres enfants suivraient un traitement ou présenteraient des troubles psychiques avérés ;
- 86% des professionnels estiment que d’autres enfants accueillis seraient porteurs de troubles psychiques ou comportementaux non diagnostiqués.
Ces résultats soulignent à la fois la surreprésentation d’enfants présentant des troubles psychiques ou un handicap au sein des dispositifs de protection de l’enfance et les failles persistantes dans l’accès au diagnostic et au soin.
Pour faire face à cette situation, Droit d’Enfance a réuni durant un an des professionnels de ses différents établissements pour élaborer des propositions concrètes à destination des pouvoirs publics. Au nombre de 9, celles-ci proposent des réponses aux défaillances majoritairement identifiées : offre de soin limitée, besoin de formation, manque de coordination entre les acteurs…
Ces seules mesures ne sauraient résoudre la crise globale que traversent la protection de l’enfance et la pédopsychiatrie. Elles apportent toutefois une réponse à court-terme aux besoins urgents des enfants et des professionnels dans l’attente d’une réforme structurelle que Droit d’Enfance appelle de ses vœux. Et permettraient, si elles étaient mises en œuvre, que la grande cause nationale trouve un débouché concret pour les plus vulnérables.
« En tant que pédopsychiatre, je constate chaque jour que la protection de l’enfance est devenue un lieu d’accueil massif de la souffrance psychique. Ce n’est pas sa vocation première — et pourtant, elle en est aujourd’hui l’un des principaux réceptacles. » Professeur Ludovic Gicquel, Chef du Pôle Universitaire de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent du Centre Hospitalier Laborit & Administrateur de la fondation Droit d’Enfance
[1] Cour des comptes. LA PÉDOPSYCHIATRIE - Un accès et une offre de soins à réorganiser (Mars 2023).