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Par Fondation groupe EDF - Publié le 17 juin 2026 - 10:05 - Mise à jour le 17 juin 2026 - 10:25
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“Faire pour apprendre” : ces formations qui réhabilitent les métiers manuels

Longtemps dévalorisés, les métiers manuels suscitent aujourd’hui un regain d’intérêt. Partout en France, des initiatives associatives tentent de réconcilier des jeunes éloignés de l’emploi avec les métiers du “faire”, en mêlant pédagogie concrète, écologie et accompagnement social. Le pari des Écoles ETRE et des Écoles de Production, toutes deux soutenues par la Fondation groupe EDF : apprendre en fabriquant, redonner confiance et replacer le geste manuel au cœur des trajectoires professionnelles.

Icam et école ETRE, ces formations soutenues par la Fondation groupe EDF qui réhabilitent les métiers manuels.
Icam et école ETRE, ces formations soutenues par la Fondation groupe EDF qui réhabilitent les métiers manuels.

 

Retrouver le plaisir de “faire” 

 

Parfois, tout commence par un déclic : une scie circulaire qu’on apprend à manier, un meuble qu’on construit soi-même, une journée passée à travailler la terre ou à installer un panneau solaire. 

Pour beaucoup de jeunes accueillis dans les écoles ETRE, c’est la première fois qu’ils découvrent le plaisir simple de fabriquer quelque chose. Et surtout, qu’ils réalisent que cela peut devenir un métier. 

« Certains jeunes me disaient : “Faire des trucs avec mes mains, c’est vraiment trop chouette. Mais on ne m’a jamais parlé de ces métiers-là” », raconte Frédérick Mathis, cofondateur du réseau. 

 

À l'école ETRE de Marseille. Crédits : Zélia Mezailles
À l'école ETRE de Marseille. Crédits : Zélia Mezailles

 

L’histoire commence au milieu des années 2000. À l’époque, Frédérick Mathis travaille avec des jeunes déscolarisés, souvent issus de parcours difficiles. Il organise des séjours à la campagne, des chantiers collectifs et des expériences concrètes autour de l’écologie : jardinage, construction en bois ou fabrication de panneaux solaires. « L’écologie devenait concrète. Les jeunes voyaient qu’ils pouvaient agir. Mais surtout, ils retrouvaient une fierté dans le travail manuel », se souvient-il. 

Très vite pourtant, beaucoup décrochent à nouveau une fois orientés vers les filières classiques. Certains dénoncent des pédagogies trop théoriques, d’autres un climat jugé violent ou sexiste. « Nous, on avait planté une graine autour de l’écologie et de certaines valeurs. Mais dans les formations classiques, plus personne n’en parlait. » 

 

Apprendre par la pratique 

 

De cette frustration naît progressivement un autre modèle. En 2017, la première école ETRE ouvre dans un village de Haute-Garonne avec une idée simple : construire des parcours courts et très pratiques autour des métiers manuels liés à la transition écologique. 

Ici, les jeunes apprennent en fabriquant. « Au bout d’une demi-heure, un jeune a déjà un outil dans les mains », insiste Frédérick Mathis. Le réseau accueille principalement des jeunes de 16 à 25 ans éloignés de l’emploi ou de la formation : anciens décrocheurs, habitants de quartiers prioritaires ou de zones rurales, jeunes sortant de prison, demandeurs d’asile ou personnes en situation de handicap. 

 

« Certains jeunes me disaient : “Faire des trucs avec mes mains, c’est vraiment trop chouette. Mais on ne m’a jamais parlé de ces métiers-là” », Frédérick Mathis, cofondateur du réseau ETRE. 

 

Les formations se veulent progressives : quelques semaines pour reprendre un rythme, plusieurs mois pour découvrir différents métiers, puis des spécialisations plus techniques. Menuiserie, réparation, maraîchage, énergies renouvelables ou éco-construction : chaque école adapte ses activités aux besoins du territoire. Le réseau compte aujourd’hui 33 établissements et ambitionne d’en ouvrir 60, soit une par département français.  

 

Dans les écoles ETRE, l'apprentissage passe par la pratique.Crédits : ZéliaMezailles
Dans les écoles ETRE, l'apprentissage passe par la pratique. Crédits : Zélia Mezailles

 

“Produire pour de vrai” 

 

Cette pédagogie du concret fait écho à une autre initiative plus ancienne : les Écoles de Production. Nées à la fin du XIXe siècle dans la région lyonnaise, elles reposent sur un principe simple : apprendre un métier en produisant réellement. Les élèves fabriquent des pièces ou réalisent des commandes pour des entreprises clientes, dans des conditions proches du monde professionnel. 

 

« Le fait qu’ils ne s’entraînent pas “pour de faux”, mais qu’ils soient attendus par de vrais clients, c’est une preuve de confiance. », Philippine Brassens, responsable de l’École de production de l’Icam, site de Grand Paris Sud

 

À l’École de production de l’Icam, site de Grand Paris Sud, spécialisée dans l’électricité et l’usinage, les jeunes passent 70 % de leur temps en atelier. Pour Philippine Brassens, responsable de l’établissement, cette pédagogie convient à tous, y compris aux jeunes en situation de décrochage scolaire : « Le fait qu’ils ne s’entraînent pas “pour de faux”, mais qu’ils soient attendus par de vrais clients, c’est une preuve de confiance. Ça leur donne un sentiment de reconnaissance. » 

Le réseau forme aujourd’hui plusieurs milliers de jeunes dans des secteurs en tension : métallurgie, maintenance industrielle, mécanique, menuiserie ou restauration. Gratuites et ouvertes dès 15 ans, sans autre sélection que la motivation et le comportement, ces écoles défendent elles aussi une autre vision de la réussite. 

« Certains jeunes se sont entendu répéter qu’ils ne feraient rien de leur vie », regrette Philippine Brassens. « Chez nous, ils découvrent une vocation et, lorsqu’ils sortent, ils sont prêts à l’emploi. » 

Aujourd’hui au nombre de 77, les Écoles de production poursuivent leur expansion avec le soutien de l’État, qui finance environ un tiers de leur budget. Chaque nouvel établissement ouvre en fonction des besoins du territoire et des entreprises locales.  

 

À l'école de production de l'Icam, site de Grand Paris Sud. Crédits : Gaétan Verdet
À l'école de production de l'Icam, site de Grand Paris Sud. Crédits : Gaétan Verdet

 

Redonner du prestige aux métiers techniques 

 

En France, les filières professionnelles restent encore souvent associées à l’échec scolaire. Pourtant, une partie de la jeunesse exprime désormais une lassitude face aux emplois jugés trop abstraits ou déconnectés du réel. 

« Si on dit “je suis trader”, cela reste plus valorisé socialement que “je suis menuisier” », observe Frédérick Mathis. Pour ces écoles du faire, l’enjeu dépasse donc la seule insertion professionnelle : il s’agit aussi de redonner du prestige aux métiers techniques, de revaloriser le travail manuel et de montrer que les parcours d’artisans, d’ouvriers qualifiés ou d’agriculteurs sont eux aussi des histoires de réussite. 

 

« L’écologie devenait concrète. Les jeunes voyaient qu’ils pouvaient agir. Mais surtout, ils retrouvaient une fierté dans le travail manuel. » (Frédérick Mathis)

 

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