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Par Fondation groupe EDF - Publié le 15 juin 2026 - 07:50 - Mise à jour le 15 juin 2026 - 07:50
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Quand l’école passe par le « faire »

Longtemps relégués au second plan, les métiers manuels et techniques reviennent au cœur des débats sur l’orientation, l’emploi et la transition écologique. Dans les collèges et les lycées, des associations comme Fusion Jeunesse ou De l’or dans les mains tentent de redonner une place à l’expérimentation concrète. Leur conviction commune : on ne peut pas choisir un métier que l’on n’a jamais eu l’occasion d’essayer.

Atelier De l'or dans les mains, taille de pierre avec Yvan Baudoin. Crédit : Julie Gamberoni
Atelier De l'or dans les mains, taille de pierre avec Yvan Baudoin. Crédit : Julie Gamberoni

 

Il y a des gestes simples qui peuvent tout changer. Tracer le patron d’un jean avec une couturière, monter un mécanisme de pendule avec un horloger, construire un cadre photo avec un ébéniste, programmer un robot, imaginer l’aménagement d’un préau ou concevoir un prototype en intelligence artificielle. Pour beaucoup d’élèves, ces expériences sont une première rencontre avec la matière, l’outil, le geste technique… et parfois avec eux-mêmes. 

C’est tout l’enjeu porté par plusieurs associations qui interviennent aujourd’hui dans les établissements scolaires pour remettre le « faire » au centre des apprentissages. Parmi elles, Fusion Jeunesse, née au Québec et implantée en France depuis 2018 et De l’or dans les mains, créée en 2021. Ces deux associations, soutenues par la Fondation Groupe EDF défendent une même intuition : l’école française reste trop souvent dominée par l’abstraction, au risque de laisser de côté des formes d’intelligence, des talents et des vocations. 

 

Des projets concrets pour raccrocher les élèves 

 

Chez Fusion Jeunesse, cette conviction est née d’un parcours personnel. Son fondateur, Gabriel Bran Lopez, raconte avoir lui-même décroché très tôt de l’école. « Si à l’école, il y avait eu de la robotique, des projets technologiques ou des activités plus manuelles, j’aurais sans doute trouvé ma voie », explique-t-il. 

L’association s’est construite sur cette idée : il faut proposer aux jeunes des projets concrets, sur du temps long, directement sur le temps scolaire. Présente aujourd’hui dans neuf régions françaises grâce à un partenariat avec l’État dans le cadre de France 2030, Fusion Jeunesse intervient dans plus de 300 classes, notamment dans les quartiers prioritaires et les zones rurales. 

Son modèle repose sur un trio : un enseignant, un intervenant spécialisé et un mentor issu du monde professionnel. L’enseignant relie le projet aux objectifs pédagogiques, l’intervenant apporte l’expertise technique, et le mentor vient ponctuellement partager son expérience, débloquer un problème concret ou organiser une visite d’entreprise.   

 

Même logique chez De l’or dans les mains, qui intervient auprès de collégiens dans des établissements publics, en milieu rural comme en zone urbaine sensible. L’association veut réintégrer la pratique manuelle au cœur du système éducatif, non pas comme une activité périphérique, mais comme un véritable support d’apprentissage. « Ce n’est pas du bricolage : c’est de la connaissance incarnée », résume Gabrielle Legeret, directrice et fondatrice de l’association. 

 

Atelier de dessin avec Fusion Jeunesse. Crédit : Fusion Jeunesse
Atelier de dessin avec Fusion Jeunesse. Crédit : Fusion Jeunesse

 

Lintelligence manuelle : angle mort de l’école française 

 

Pour Gabrielle Legeret, l’école française a longtemps valorisé une conception très théorique de la réussite, au détriment de ce qu’elle appelle « l’intelligence manuelle » : la capacité à raisonner avec ses mains, à résoudre un problème dans la matière, à comprendre immédiatement les effets d’une décision. Une intelligence qui passe par le sensoriel, l’essai, l’erreur, l’ajustement. 

Dans les ateliers de De l’or dans les mains, les élèves utilisent la géométrie pour tracer un patron, les sciences pour comprendre la composition d’une pâte à céramique, les mathématiques pour fabriquer un objet en bois. L’objectif n’est pas seulement de faire découvrir des métiers, mais de développer une « culture matérielle » : comprendre d’où viennent les objets, comment ils sont produits, réparés, transformés. 

« Fabriquer, réparer, transformer, prendre soin des objets et des ressources sont des compétences d’avenir pour la transition écologique, la souveraineté productive et la résilience des territoires » abonde Gabrielle Legeret. D’ici 2030, selon le Secrétariat général à la planification écologique cité par l’association, 90 % des postes nécessaires à la transition relèveront de métiers de techniciens ou d’ouvriers: menuiserie, agriculture, mobilité douce, rénovation du bâti. 

 

Des métiers davenir encore prisonniers de leur image 

 

Le paradoxe est bien connu : les besoins de recrutement sont considérables, mais les métiers techniques et manuels restent trop souvent dévalorisés. Gabriel Bran Lopez le dit frontalement : « Dans la société française, les métiers manuels sont vus comme des sous-métiers. Pourtant, ce sont des métiers d’avenir, qui paient bien, avec parfois un emploi à vie. » 

Cette mauvaise image pèse sur les choix d’orientation. Beaucoup de jeunes ne se projettent pas vers ces filières, faute de les connaître. Beaucoup de parents, aussi, conservent des représentations négatives des métiers industriels, artisanaux ou techniques. Or, souligne le fondateur de Fusion Jeunesse, « tu ne peux pas savoir si tu aimes les travaux manuels si tu n’en as jamais fait. » 

Le constat est partagé par De l’or dans les mains. Pour Gabrielle Legeret, ce n’est pas une fatalité, mais « un angle mort collectif » que l’école et la société ont laissé s’installer. Avant de participer à son programme, 64 % des bénéficiaires n’avaient jamais rencontré d’artisan. Après les ateliers, un élève sur trois n’exclut plus d’exercer un métier où il crée avec ses mains. Ces chiffres disent moins une conversion massive qu’une ouverture du champ des possibles.  

 

Repenser lorientation 

 

Fusion Jeunesse travaille aussi à rendre l’orientation plus concrète. L’association a notamment conçu, avec des collectivités régionales, un dispositif pour préparer les élèves aux salons d’orientation. Plutôt que de leur demander quel métier ils veulent faire - question souvent vertigineuse à 14 ou 15 ans - elle part de leurs envies : environnement, style, cuisine, mobilité, solidarité, science, technologie… À partir de ces thématiques, grâce à des cartes, les élèves naviguent dans les stands des filières, des métiers ou des entreprises qui sont susceptibles de correspondre aux centres d’intérêts qu’ils ont identifié. “Beaucoup découvrent que les secteurs techniques ou industriels sont à la croisée de leurs aspirations et sont composés de métiers très divers” constate Gabriel Bran Lopez.

  

À l’heure où les métiers du “faire” manquent de bras, ces initiatives rappellent une évidence : pour revaloriser ces filières, il ne suffit pas de changer le discours. Il faut permettre aux élèves d’apprendre et de se projeter autrement.  

 

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