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[ENTRETIEN] Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre

[ENTRETIEN] Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre
Sa notoriété dépasse les sphères de l’intérêt général. Soucieux d’être un interlocuteur audible et référent à tous les niveaux, Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, n’hésite pas à multiplier les apparitions médiatiques autour de son combat, l’inclusion, et d’un objectif : atteindre enfin les zéro sans-domicile en France. Aux manettes de la Fondation Abbé Pierre depuis 2015, il pilote notamment son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. Pour Carenews, il revient sur les nouveaux objectifs de l’association. 2018 sera plus que jamais l'année de la mobilisation de tous les citoyens.


 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours au sein de la Fondation Abbé Pierre ? Quels sont ses principaux domaines d’intervention ?

 

J’ai une formation de sociologue, ma thèse portait sur les difficultés rencontrées par les gens du voyage en France pour observer leur mode de vie. Simultanément, j’ai travaillé durant 10 ans dans un cabinet d’étude de recherche sociale, qui était parfois sollicité pour la rédaction du rapport annuel sur « L’État du mal-logement en France » de la Fondation Abbé Pierre. En 2004, j’ai été nommé directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, puis j’en suis devenu le délégué général. C’est un organisme un peu particulier, qui agit grâce à la générosité des particuliers et, dans une moindre mesure, des entreprises. Notre champ d’intervention tourne autour du financement d’actions pour répondre aux difficultés des mal-logés. Nous soutenons environ 450 associations, autour de plusieurs actions phares : les logements très sociaux, le programme SOS Taudis, l’animation de nos réseaux (Boutiques Solidarité, Pensions de Famille), des actions en matière de solidarité internationale dans le domaine de l’habitat, la mise à disposition de fonds d’urgence, ou encore des actions de promotion des habitants dans les quartiers prioritaires. Beaucoup de quartiers se sentent complètement abandonnés, ce sentiment de mise à l’écart nous paraît un enjeu très important.

 

Changer le regard des gens sur les personnes précaires, est-ce l’un de vos objectifs ?

 

Tout à fait. C’est un axe majeur que l’on vient de repositionner comme priorité absolue en 2018 pour les cinq ans à venir. Les questions de l’inclusion, du rapport aidant/aidé et de la réhumanisation sont des enjeux indispensables. Ces neuf millions de pauvres, ce sont des humains. Il faut donc remettre au centre les personnes et leur capacité d’agir. C’est ce que nous essayons de faire à Avignon avec le festival C’est pas du luxe !, où les personnes accueillies de nos réseaux sont associées à des productions culturelles. Nous voulons changer le regard sur la précarité. C’est très important d’avoir un toit sur la tête, mais tout autant de retrouver sa dignité.

 

À titre individuel, pourquoi ce combat contre le mal-logement vous touche-t-il autant ?

 

Le logement est considéré comme une affaire de spécialiste, mais il impacte sur tout : l’emploi, la vie citoyenne, la santé, le travail, l’école, la vie de famille… La question difficile du logement est au coeur de la problématique de l’exclusion. Plus largement, car la fondation est dans l’action, la connaissance, la proposition. Du fait de son fondateur et de sa dimension laïque, elle essaye de porter une vision de la société, fraternelle, construire autour du vivre-ensemble. Et ça me passionne.

 

La Fondation Abbé Pierre rédige chaque année un rapport sur L’état du mal-logement en France qui fait autorité. Est-ce important, pour une fondation, d’avoir une influence sur les décisions politiques du pays ?

 

Pour nous, c’est identitaire, presque génétique. C’est vraiment l’héritage de l’abbé Pierre, depuis 1954. Il y avait dans son appel ce volet d’action et de réponse immédiate. Tout au long de son combat, il a cherché à inverser les logiques. Le rapport est produit dans cet objectif-là. Nous avons besoin de notre indépendance pour évaluer l’environnement économique, politique et social. C’est vrai aussi lorsque l’on soutient des associations : nous voulons mesurer la situation de la précarité, du mal-logement, voir comment les collectivités locales agissent.

 

En terme de mécénat, comment fonctionne la fondation ? Comment choisissez-vous vos partenaires ?

 

À travers la réponse qu’ils apportent au mal-logement et aux axes qui sont les nôtres au point de vue statutaire. Après, notre soutien se construit autour d’échanges assez réguliers avec les associations, nous essayons de leur proposer des choses. Mais ce n’est pas à sens unique : nous nous imprégnons aussi des expériences des associations. Une chose est sûre, il faut du temps pour apprendre à se connaître. Les partenariats ne sont pas qu’une question d’argent. Nous allons parfois à la rencontre des collaborateurs des entreprises dont nous sommes partenaires, pour faire évoluer leur regard sur l’exclusion et le mal-logement. Car si nous voulons changer la société, et c’est notre objectif, il faut le faire avec les citoyens, la puissance publique et les entreprises. Nous avons besoin de réformes structurelles. Ce défi est devant nous. Contrairement à l’illusion que laissent planer les débats publics, de nombreuses personnes qui ne sont pas satisfaites de cette hausse de la pauvreté, de cet ancrage du mal-logement, ou encore du traitement réservé aux migrants. Il faut trouver le moyen de les intégrer à la réflexion et de les mobiliser, en développant des outils spécifiques.

 

Vous défendez le modèle finlandais et sa politique du “Logement d’abord”. Où en est-on concrètement sur le sujet en France ? Êtes-vous optimiste dans un futur proche ?

 

Nous pouvons atteindre les zéro sans-domicile sur le territoire. C’est possible. Pour cela, il faut développer des politiques par étape, en mobilisant des moyens et en favorisant des associations d’acteurs. C’est un projet que l’on va porter très dynamiquement dans les années à venir. Emmanuel Macron a présenté en juillet 2018 un plan quinquennal pour le logement d’abord, puis en a établi en septembre les objectifs principaux. Dans notre rapport publié cette année, nous avons fait un état des lieux : la dynamique est bien là, mais la discussion est tendue avec le gouvernement. Car le Logement d’abord ne doit pas être déconnecté du reste de la politique du logement. On ne donne pas un peu pour les très pauvres d’un côté, pour oublier les précaires et les personnes modestes dans la politique globale du logement.

 

Que retenez-vous de la première année du mandat d’Emmanuel Macron ?  

 

Le gouvernement écoute, sur certains points plus que d’autres. Mais pour le moment, il est un peu tôt pour se prononcer.

 

 

Crédit photo : ©Seb !Godefroy.

 

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