[EDITO] Solidarité, liberté de la presse et liberté tout court

[EDITO] Solidarité, liberté de la presse et liberté tout court
La tuerie de Charlie Hebdo a ravivé l'enthousiasme et l'attachement de beaucoup pour une des libertés fondamentales de la démocratie, la liberté de la presse. Cependant comme dans tout savant équilibre en liberté et droits des uns et des autres, chacun arrête le curseur là où ça l'arrange. La liberté de la presse s'arrêterait au blasphème, au "respect", au politiquement, socialement, idéologiquement, religieusement correct ... Bref partout. Donc nulle part.


Argumenter pour la liberté de la presse c'est s'engager à laisser toute autre opinion que la sienne s'exprimer (la fameuse citation de Voltaire "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire."). Et ce qu'importe si le contenu desdits propos vous offense ou vous blesse.

De la même façon qu'on ne peut juger le degré d'humanité d'une personne par le nombre de bonnes actions réalisées, il est difficile de décider ce qui peut ou ne peut pas être dit ou représenté, fait ou pas fait. Or le degré de liberté se mesure à l'aune de la construction d'une nation, de ses valeurs, de sa culture, de son histoire. Il faut bien placer le curseur quelque part et dire ce qui est protégé par la liberté de la presse (et ce qui est au contraire diffamatoire, incitateur à la haine ou à la violence).

Cette échelle, forcément injuste à beaucoup, protège le plus grand nombre : c'est le principe de la démocratie, où la notion de "plus grand nombre" n'est pas universelle.

La solidarité aussi s'exprime malgré les différences, et l'on devrait pouvoir revendiquer un droit à la solidarité, quels que soient ses propres antécédents. Pour pouvoir défendre Charlie Hebdo et tout ce qu'il représente sans être lecteur assidu de Charlie Hebdo, pour pouvoir défendre des juifs dans être juif, des policiers sans être policier, des anonymes sans les connaître.

Le monde de la solidarité, celle qui aide et soutient les plus faibles, les plus démunis, les plus malades ou les plus fragiles, est un bon exemple de la capacité à composer entre des parties très différentes, de nature, d'opinions ou de cultures. Ce sont des associations - au sens propre du terme - d'hommes et de femmes, d'entreprises, d'institutions, souvent on ne peut plus différents, oeuvrant pour l'intérêt général au sein de partenariats de mécénat où chacun essaie de mettre de côté ses a priori et ses blocages.

Le parallèle est un peu téléguidé dans ces colonnes dédiées à la solidarité, à l'engagement du monde associatif et des mécènes ? Il nous apparaît comme une alternative, une solution par l'action par opposition à une solution politique qui cherchera toujours des responsables à pointer du doigt pour obtenir plus de suffrages.

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