[Hors frontières] Le fundraising sous surveillance au Royaume-Uni

[Hors frontières] Le fundraising sous surveillance au Royaume-Uni
Chaque mois carenews.com vous invite à voyager pour découvrir les us et coutumes du mécénat, du fundraising, de la philanthropie et des innovations au service de l'intérêt général hors de nos frontières. Une chronique mensuelle pour s'inspirer et s'améliorer en France avec un regard ouvert vers l'extérieur.


Très souvent cité en exemple pour le soutien de la société civile et des entreprises aux acteurs de l'intérêt général, le Royaume-Uni est l'un des pays les plus généreux du monde. Avec 45000 "charities" pratiquant la collecte de fonds il est également l'un des mieux dotés de ce point de vue. Mais les pratiques du secteur sont de plus en plus remises en question et les dons sont en recul.

 

Un "troisième secteur" au premier plan

Chez nos voisins d’outre-Manche, si votre organisation n’est ni une entreprise ni un organisme gouvernemental, elle appartient très vraisemblablement au “troisième secteur”. Véritablement considéré comme un acteur à part entière de la vie publique, cet ensemble de charities, self-help groups, social businesses, mutuelles et coopératives pèse 12,1 milliards de livres (14,5 milliards d’euros) en termes de valeur ajoutée.

Si les différences de mesure statistique d'un pays à l'autre rendent difficiles les comparaisons transnationales, la collecte de don au Royaume-Uni est sans commune mesure avec celle réalisée en France. En effet, près de 10 milliards de livres par an (12 milliards d’euros) (La philanthropie dans les territoires - Étude de l’observatoire de la Fondation de France - Avril 2016)  quand, en 2014, 2,3 milliards d’euros de dons ont été déclarés à l’administration fiscale par les Français au titre de l’année 2013 (La philanthropie dans les territoires - Étude de l’observatoire de la Fondation de France - Avril 2016). Au-delà de cet écart important, force est de constater que les dons stagnent depuis plusieurs années. Face à cette situation, les charities déploient des trésors de créativité et, parfois, dérapent…

 

Des scandales, une commission et des bouleversements

En mai 2015, c’est le suicide d’Olive Cook, une retraitée de 92 ans, donatrice régulière de plus de 48 organismes et harcelée de lettres (180 par mois selonThe Guardian) et d’appels téléphonique qui a mis le feu aux poudres. Même si la mort de Mme Cook est principalement liée à d’autres facteurs (dépression…), l’opinion publique a retenu le rôle supposé des charities, montrant bien la défiance qu’entraînent des méthodes de fundraising de plus en plus agressives. À tel point que le Premier ministre d’alors, M. Cameron, a diligenté une commission.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci s’est montrée sévère: l’auto-régulation du secteur “ne marche pas”, l’approche actuelle est “inutilement complexe et mal documentée”, Sir Etherington et ses pairs n’y vont pas avec le dos de la cuillère. À la clé, un bouleversement du paysage britannique dans le domaine (The Guardian) :

- Fermeture de l’instance d'autorégulation en place jusqu’alors.

- Création d’un nouvel organisme, Fundraising Regulator financé par les charities avec une contribution obligatoire pour certaines.

- Fusion de deux organismes professionnels de référence.

- Création d’une “liste rouge” et d’une permanence téléphonique pour reporter les abus

Bien que radicales en apparence, ces propositions ne “vont pas assez loin” selon certains députés, lesquels ajoutent que le nouveau système est la “dernière chance” du secteur pour s’autoréguler. De fait, certains aspects du Rapport Etherington ont été édulcorés, être effectivement sur “liste rouge” s’avérant,par exemple, problématique.

 

Premières plaintes et premières sanctions

Malgré cela, Fundraising Regulator a été rapidement sollicité. Il faut dire que son prédécesseur avait été saisi plus de 66000 fois en 2015, en hausse de 50% sur 4 ans (33,744 en 2012). Et force est de constater que les abus restent légion comme en témoigne l’affaire Neet Feet. Salariés agressifs, travaillant sous l’emprise de l’alcool, cette agence de fundraising en face à face a dû mettre la clé sous la porte. Il faut ici noter que, bien qu’ayant sollicité une agence, les institutions caritatives ont été, elles aussi, rappelées à l’ordre par le régulateur: 

“Sept des huit organismes de bienfaisance qui ont engagé Neet Feet auraient dû faire plus pour préciser les obligations contractuelles de leur agence et surveiller la conformité des méthodes de fundraising. Nous reconnaissons que les organismes de bienfaisance sont financièrement sous pression, mais l'expérience et le ressenti des donateurs doivent toujours être privilégiés. Si les donateurs sont mal traités, les bénéficiaires en souffriront. " a cru bon de préciser le secrétaire général de Fundraising Regulator.

Récemment, c’est la question des données personnelles des donateurs (lesquelles sont parfois échangées ou revendues entre acteurs) qui a posé problème. L’équivalent britannique de la CNIL s’est montré clément avec des amendes (21000 euros - 31000 euros) qui auraient été “dix fois plus importantes” pour des organismes autres que de bienfaisance. Mais ce nouveau rebondissement écorne un peu plus l’image des charities et montre l’étendue du travail qui reste à réaliser pour assainir les pratiques.

 

L’immense majorité des organismes du troisième secteur d’outre-Manche réalise fort bien ses missions et collecte des fonds de manière éthique.Toutefois les agissements d’une minorité rejaillissent sur l’ensemble de ses membres et peuvent être, demain, un obstacle au bon fonctionnement de ces institutions. L’avenir dira comment les différents acteurs se saisiront de cette “dernière chance” de définir par et pour eux-mêmes leurs méthodes de travail.

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