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[ÉCLAIRAGE] Bilan 2017 de la microfinance en Europe

[ÉCLAIRAGE] Bilan 2017 de la microfinance en Europe
Historiquement destinée aux pays en voie développement, la microfinance s’est rapidement implantée en Europe. Présentée comme une des multiples réponses à la crise économique, au malaise social ou encore à l’exclusion financière, elle a significativement été encouragé par les pouvoirs publics. Le 8e baromètre de la microfinance, réalisé par Convergences, permet aujourd’hui de dresser un bilan des pratiques et des résultats de cette dernière sur le continent européen.


 

 

Le microcrédit professionnel au cœur du travail des IMF

 

Si les institutions de microfinance (IMF) regroupent une pluralité d’acteurs, en Europe, ce sont majoritairement les établissements financiers non bancaires (60 %) et les ONG (31 %) qui sont représentés sur le territoire. Ils œuvrent notamment pour trois missions principales : l’inclusion financière (72%), la création d’emploi (70%) ainsi que la promotion des microentreprises (60 %). En écho à ces préoccupations, le microcrédit professionnel – prêts inférieurs à 25 000 euros –  se révèle être l’activité centrale des IMF. Alors que l’encours du portefeuille brut de microcrédits s’élève à 2,5 milliards d’euros, le baromètre Convergences signale en effet que 71 % de ce dernier est destiné à des fins professionnelles. Toutefois, si les données agrégées permettent de mettre en avant cette tendance globale, au sein de l’UE les modalités et les conditions d’octroi de ce type de crédits divergent beaucoup. À titre d’exemple, on relève des taux d’intérêts pouvant aller de 3 % (Pologne, Finlande, France) à 28 % en Serbie. Au regard de tels écarts, plutôt que de dresser un bilan européen de l’efficacité du microcrédit professionnel, des résultats ciblés par pays semblent plus pertinents. Ainsi, en France par exemple, selon le Fonds de Cohésion Sociale, l’impact dans le domaine d’emploi s’est chiffré pour 2016 à 35 432 emplois créés ou consolidés. Des résultats encourageants mais qui sont nuancés par les sentiments des emprunteurs. 60% d’entre eux estiment en effet encore que les revenus tirés de leurs activités sont insuffisants. Dès lors si la microfinance peut apporter un soutien ponctuel et une impulsion initiale, elle ne suffit pas à pleinement accompagner les professionnels.

 

Vers le développement de services « non financiers » ? 

 

En parallèle des enjeux d’insertion sur le marché du travail, ce sont aussi ceux d’insertion sociale auxquels se destinent les autres dispositifs mis en place par les IMF. Les microcrédits personnels (répondant aux besoins de personnes vulnérables en termes de logement ou de mobilité par exemple) et les prestations « non financières » (épargne, assurance…), s’ils restent pour l’heure minimes, peuvent constituer un horizon d’action complémentaire. La baromètre Convergences rappelle ainsi que « plus de la moitié des IMF sondées suit une démarche intégrée qui permet de fournir des produits et services financiers et non financiers ». En 2015, ce sont près de 205 943 clients qui ont bénéficié de ces derniers. L’intérêt représenté par ces pratiques tient alors à leur adaptabilité et à leur adéquation avec les besoins des particuliers. Néanmoins, l’étude souligne qu’elles représentent un « coût élevé » pour les IMF, qui sont donc conduites à toujours chercher des nouveaux moyens de se financer.

 

La microfinance et le défi de la durabilité

 

Davantage qu’un bilan chiffré, ce 8e Baromètre soulève aussi les enjeux et les défis auxquels est aujourd’hui confronté le secteur de la microfinance. Si, selon l’analyse de Jean-Luc Perron, Vice-président de Convergences, les tendances sont similaires depuis plusieurs années (plus grande professionnalisation des IMF, diffusion des normes universelles de gestion de la performance sociale, concentration et transformation d’IMF matures en banques), ces dernières interrogent la capacité à concilier stabilité et durabilité ; car si la microfinance ne manque pas de projets et de structures, elle fait actuellement face à de nouvelles problématiques. Financée jusqu’à lors majoritairement par l’impact investing, ces investissements responsables migrent actuellement plutôt vers le soutien d’acteurs impliqués dans la réalisation des 17 Objectifs de Développement Durable. Un élément qui change la donne et qui nécessite que la microfinance s’adapte à un écosystème en mutation. Il semblerait également que cette dernière doive repenser ses liens avec la puissance publique et avec les philanthropes, deux piliers de sa pérennité. Tandis que la première est appelée à établir un cadre législatif plus homogène afin de permettre l’épanouissement global d’une économie plus « bienveillante », les seconds sont conviés à maintenir leurs donations, qui sont vitales pour le secteur. Au-delà de ces questions de viabilité économique, ce sont aussi des interrogations éthiques qui attirent l’attention. Jean-Michel Servet, professeur honoraire au Graduate Institute of International and Development Studies, souligne : « La limite de l’impact investing est, comme pour la philanthropie, que ceux qui ont les moyens de les pratiquer fassent, ici par leurs placements, là par leurs dons, des choix certes utiles, mais que ces bonnes intentions ne se dirigent pas vers les besoins les plus essentiels ou les plus urgents. » En définitive, il apparaît crucial de parvenir à combiner dans les années performance économique et performance sociale. 

 

 

 

 

           

           

           

 

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