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Par Chroniques philanthropiques - Publié le 5 octobre 2020 - 17:15 - Mise à jour le 5 octobre 2020 - 17:45
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Comment la covid19 a impacté en profondeur la société : interview d'Alain Mergier

Alain Mergier est sémiologue et sociologue. Il étudie régulièrement la société française et les évolutions de la pensée et du comportement de la population, fait apparaître les fractures, les souffrances et les espoirs. Il a notamment publié « Inutilité ou absence de reconnaissance », « De quoi souffrent les salariés français », « 2015 l’année terroriste », « Le descendeur social… ». Il a créé l’institut WEI et il est expert à la fondation Jean Jaures. Son étude, conduite après le confinement lié à la pandémie de Covid-19, montre le rôle indispensable des acteurs de la philanthropie par leur proximité des réalités et des besoins.

Interview d'Alain Mergier par Francis Charhon pour le blog Chroniques philanthropiques

Comment la covid19 a impacté en profondeur la société 

  • Alain Mergier, bonjour, vous êtes sociologue et vous avez beaucoup écrit sur l’évolution de la société française. Vous venez de conduire une nouvelle enquête après la période de confinement. 

Nous avons mené l’enquête à la toute fin du confinement. Ce qui m’a intéressé ce n’était non pas tant de faire le point sur ce que vivaient les gens, ce qu’ils ont ressenti, mais plutôt de voir ce qui était en train de se transformer dans le cadre général de la perception de la société et voir si celui-ci avait bougé. 

Méthodologie de l'enquête
Enquête qualitative, avec des entretiens qui sont assez longs, plus d’une heure en général avec les personnes que nous rencontrons. Un travail auprès d’une population de 35 personnes dont les âges s’étagent de 18 à 70 ans, des catégories socioprofessionnelles très variées et sur des sites, des résidences qui vont du centre de grandes villes jusqu’à des villages, des milieux urbains, des milieux péri-urbains, etc… Donc 35 personnes bien réparties pour avoir des points de vue très contrastés sur l’ensemble de la population française.
  • Qu’est-ce que le cadre général de référence ?

Je vais juste faire une comparaison qui sera plus claire : quand vous jouez aux échecs, vous avez des règles du jeu. Ces règles ne surdéterminent pas votre façon de jouer. Chaque personne avec sa singularité va jouer d’une façon particulière. Ce que j’essaye de décrire ce sont ces règles générales auxquels les gens ont recours pour produire leur opinion, leur vision, leur schéma d’attitude.

Tout le monde ne pense pas pareil mais une grande majorité des Français, qu’on peut estimer à 70 % en gros, raisonne dans le même cadre, ce qui ne veut pas dire qu’ils pensent la même chose, mais ils raisonnent dans le même cadre. Il y a donc de grandes régularités que nous essayons de décrire, et de communiquer.  

L’expérience de la vulnérabilité à travers ses peurs et ses angoisses personnelles 

  • Quels sont les principaux enseignements que vous avez tirés de cette enquête ?

Il y a quelque chose de fondamental qui est la notion de l’expérience de la vulnérabilité. La vulnérabilité n’est pas nouvelle, elle existe chez l’être humain depuis longtemps. Mais pour autant il y a là quelque chose de nouveau. Cette expérience de la vulnérabilité a été vécue par chacun, très intimement et de façon collective par l’ensemble des êtres humains de la planète. 

  • Est-ce quelque chose comme un grand événement mondial, par exemple la destruction des tours aux États-Unis ?

Certes la destruction des tours était quelque chose de mondial, extraordinaire, sidérant, chaque personne l’a vécu émotionnellement mais en tant que spectateur. La situation de la pandémie est différente. Chacun a éprouvé l’évènement en lui-même, à travers ses peurs et ses angoisses personnelles. On n’est pas spectateur. Donc c’est un évènement vécu à la fois intimement et universellement.

Ce qu’il y a de très particulier dans cette expérience de la crise sanitaire, c’est qu’il y a eu une distinction, vécue de fait, entre la vulnérabilité essentielle de l’être humain et la vulnérabilité sociale. Rappelez-vous lorsque dans les journaux il y a eu quelques reportages sur des personnes qui allaient faire leur confinement dans leur résidence secondaire, c’était vécu très difficilement par ceux qui restaient chez eux ou devaient travailler.  Ainsi dans la même situation de vulnérabilité essentielle certains ont eu le sentiment d’être très exposés alors que d’autres ne l’étaient pas. Cela a produit un effet de loupe plus fortement révélateur que d’habitude sur les inégalités de vie en France. Plus on ressent cette vulnérabilité comme étant intime et universelle, plus on met en relief les inégalités sociales. La distinction entre les deux, vulnérabilité et inégalité sociale, est très importante car elle exacerbe un fort sentiment d’injustice.

La deuxième chose qui est apparue est la disparition des interactions interpersonnelles de tous les jours : le fait d’acheter son pain chez le boulanger, de croiser les gens, de dire bonjour, de faire la bise, etc. Ces interactions ordinaires qui n’ont l’air de rien et, en temps normal, passaient inaperçues car relevant de l’évidence, apparaissent comme étant la base même de ce qui fonde la vie en société. Car ce ne sont pas les grands systèmes institutionnels qui forment le socle d’expériences sur lequel la société existe c’est d’abord un substrat social, un ensemble de relations interpersonnelles, ce qu’on pourrait désigner comme la consistance première de la société.

« Une solidarité et des liens de proximité très importants »

  • Est-ce cela qu’on appelle le lien social, la cohésion sociale… ?

Oui et non, en fait… c’est une dimension du lien social qui est faite des échanges entre les gens, parce que dans le lien social il y a aussi des formes de solidarité plus institutionnelles, plus organisées. Alors que là, il y a dans ces relations une solidarité et des liens de proximité très importants parce que dans ce tissu-là on saisit l’importance de la racine sociale de chacun, racine irréductible à un échange marchand. Ce substrat est hors marché, même s’il faut bien payer les éboueurs qui font le boulot, etc., mais on ne peut pas le décrire à travers les logiques économiques de l’échange commercial et du marché. C’est donc très important, parce que cet échange-là fonde la société et créé le lien, il y a du lien de solidarité de proximité, non institutionnel. L’univers du non-marchand est premier, pas second. Du coup tout ce qui vient s’organiser autour du non-marchand, je pense aux dons, je pense aux modes d’engagement, je pense aux solidarités diverses, apparaît comme ce qui est le plus essentiel dans la vie sociale. La condition sine qua non pour qu’une société existe c’est que ce type de relations hors-marché existe.

  • Est-on à un point où l’on se dit on repart à zéro et on refait la société à partir de ces bons sentiments, de ces sentiments essentiels, de cette approche ontologique de la relation entre les humains. Cela veut-il dire que demain tout changera ?

Bien entendu il n’y aura pas de transformations massives qui surgiront de cela. Parce qu’il y a des forces de résistance qui sont extrêmement fortes, y compris chez les personnes qui comprennent cela. Ce n’est pas parce que vous faites une expérience unique que vous allez changer vos comportements. 

« La réinitialisation » 

  • Vous avez parlé de réinitialisation ?

Absolument. La réinitialisation est un mouvement, c’est un processus qui remet un certain nombre de notions à leur place initiale comme la vulnérabilité qui n’est pas un fait nouveau car elle est constitutive de l’être humain, mais le fait d’en avoir conscience permet de la considérer à sa place, c’est-à-dire comme constitutive de l’être humain. 

  • Voulez-vous dire qu’on avait oublié que la mort était partie intégrante de la vie ? On l’a redécouvert ?

Une bonne partie de l’organisation de la société consiste précisément à faire oublier cela. Cette crise a permis d’avoir un autre regard sur les questions de la santé, sur des questions qui deviennent centrales, sur des questions institutionnelles, fondamentales, c’est-à-dire qu’on ne règle pas tout par l’économie. Ce qui ne veut pas dire que les gens que j’ai interviewés étaient des révolutionnaires anarchisants. Ce n’est pas du tout le cas. Par contre ils disaient par exemple, « moi j’ai un commerce, ce n’est pas moi qui vais vous dire qu’il ne faut pas de relations marchandes… » Non ! Mais pour que cela fonctionne bien, il faut qu’il y ait une priorité à l’humain parce que s’il n’y a pas cela, la société dans sa dimension économique ne peut pas fonctionner.

« Un mensonge d’État, crise de la parole politique »

  • Là vous nous parlez de la société « solidaire », de la société marchande, mais vous ne parlez pas des politiques. 

Il y a un mécanisme qui est apparu et qui était très fort. À partir du moment où l’on a suspendu la vie économique, pour sauver les vies des gens d’une façon humaniste, cela a permis cette « re-hiérarchisation » des choses qui n’était pas complètement évidente en faisant apparaître la place de l’État comme essentielle. C’est à travers l’action de l’État que la société française a traversé, pour l’instant au moins, cette crise. Mais en même temps, les politiques furent perçus comme étant dans une attitude insuffisante par leur manquement. Manquement de la parole. Notre étude montre de façon tout à fait unanime que tout ce qui a été raconté dès les premiers moments de la crise sur les masques, sur les traitements, les tests… a été perçu comme une mise scène, une parole mensongère, un mensonge d’État. Cela a complètement entaché la parole politique. Après on peut raconter ce que l’on veut, mais il y a un mensonge initial, qui confirme et accentue la rupture de confiance préalable à la crise. Les distorsions de la vérité étaient présentes sur tous les écrans de télé et les médias ont construit jour après jour une relation de doute systématique. 

  • Quels sont les effets dans la pratique ? 

Il y a plusieurs conséquences dont le complotisme bien entendu. Parce que si on nous ment sur des choses aussi simples et aussi vitales que le port du masque, c’est qu’alors on est capable de nous mentir sur tout le reste, sur les origines de la crise, sur le pourquoi, sur le comment. Dans ces situations, quand il y a mensonge, vous allez chercher pourquoi on vous ment, et quelles pourraient être les vraies raisons de l’escamotage de la vérité, cela devient la porte ouverte à toutes les hypothèses, pourquoi pas les plus folles. 

Il y a quelque chose d’un peu paradoxal dans ces phénomènes de complotisme, car on taxe cela d’irrationalité, mais ce n’est pas si simple. Une partie des complotistes sont des personnes qui cherchent à établir la cohérence d’une réalité complexe, morcelée, contradictoire. Paradoxalement, c’est en cherchant une rationalité que le complotiste sombre dans des délires irrationnels. Les petits arrangements du pouvoir politique avec la vérité créent des conditions favorables du complotisme. 

« Une machine folle, il n’y a pas de pilote dans l’avion »

  • En pratique dans votre enquête, quelles en sont les conséquences ? 

C’est un sentiment très fort de perdre la main, de ne plus avoir prise. La mondialisation est décrite comme une machine folle dans laquelle tout le monde est pris. On la considère comme folle, parce qu’il n’y a pas de pilote dans la machine, ce n’est pas comme en 2007-2008 durant la crise financière. Les gens disent : « c’est le profit pour le profit ». Dans un système capitaliste classique, quand vous faites du profit, vous réinvestissez l’argent pour développer votre entreprise et votre activité. Aujourd’hui ce qui est ressenti, c’est que si vous faites du profit ce n’est pas pour améliorer la vie des gens, c’est pour faire encore plus de profit, donc le profit profite au profit. La finalité du profit c’est non pas l’activité, mais le profit lui-même. C’est une machine célibataire qui finalement conduit à l’autodestruction. 

Ce ne sont pas des gens qui votent Mélenchon qui disent cela et ce discours est extrêmement commun. C’est très important car se développe le sentiment de ne pas avoir prise sur ce monde-là qui entraine un certain pessimisme.

  • Y a-t-il  une perte de légitimité de l’État ? Et quelles sont les conclusions à tirer de tout cela, et les voies de sortie de l’impasse ?

Exactement, il y a deux choses dans votre question. La première c’est qu’au travers de l’expérience de cette crise, plus on valorise l’État, plus on dévalorise les politiques. Pourquoi ? Parce que les politiques sont considérés aujourd’hui comme ayant des attitudes très éloignées des réalités concrètes, de ce que l’on appelé tout à l’heure la vie de tous les jours, la vie de base de la société, et deuxièmement on les soupçonne toujours, eux décisionnaires, d’être sous la domination de cette machine folle, spéculative, qui détient véritablement le pouvoir. Certains diront des politiques qu’ils sont des agents de cette machine, d’autres qu’ils en sont les victimes. Mais quelque part cela revient au même.

  • Par exemple impossible d’imposer les GAFAM… ?

Oui, c’est exactement ça. Alors politique ou pas, que l’on aime ou l’on n’aime pas les politiques aujourd’hui, d’une certaine façon ils n’ont pas la main. Et donc il y a quelque chose qui est de l’ordre d’une perte de légitimité non pas de l’Etat, mais des politiques car il faut distinguer les deux. Et quelque part même, plus l’État est légitime à agir, plus on pointe la défaillance des politiques dans le cadre de leur légitimité. 

  • Le constat est quand même extrêmement pessimiste…

C’est un constat très pessimiste, plus pessimiste que dans toutes les enquêtes précédentes parce que ce qui a été vécu l’a été de façon intime, très personnelle et universelle. 

« L’opinion, apparaît comme le seul contre-pouvoir »

  • En gros si j’ose dire : si l’on n’est pas mort, on a été mort de peur ?

Si vous voulez, on a tous fait une expérience de confrontation à la mort. Non pas que l’on ait été tous en danger de mort, mais on a tous été potentiellement exposés à la mort. C’est un point vraiment très fondateur de cette expérience. Il y a du pessimisme effectivement et on se dit comment va-t-on se sortir de tout cela ? Mais de façon surprenante il y a un véritable espoir fondé sur l’opinion, car elle apparaît comme étant le seul contre-pouvoir face à cette machine folle sans pilote. Pourquoi l’opinion ? Aujourd’hui tout le monde note les entreprises. Par exemple les GAFAM, font très attention à leur réputation, elles n’aiment pas du tout que l’on vienne les accuser ou les suspecter de ceci ou de cela.  Les entreprises réagissent aux pressions des consommateurs comme ce fut le cas récemment sur Facebook qui a dû modifier ses pratiques.  

Le vrai contre-pouvoir n’est pas tant directement politique. Ces opinions sont liées à trois choses : d’abord les réseaux sociaux bien qu’ambivalents, ils produisent des effets de masse. On a vu à quelle vitesse s’est diffusée la vidéo de l’assassinat par étouffement de George Floyd. On voit là un effet tout à fait positif de mise en place et de fonctionnement du contre-pouvoir. Mais les réseaux sociaux sont aussi pourvoyeurs de fake news et de manipulations de toutes sortes. Le deuxième point ce sont les lanceurs d’alerte. À partir du moment où on sait, on devine, on suppute que certains acteurs ne sont pas pris dans des conflictualités d’intérêts, leurs paroles peuvent avoir un effet très encourageant pour les gens. Cela a un pouvoir auprès de certaines associations, certaines ONG, et donne des arguments pour résister à des pouvoirs financiers mondialisés. On mesure l’impact de leur dire au dérangement que cela produit dans le système que j’ai qualifié de système fou. J’ajoute un dernier point, qui me semble très important pour les associations et fondations, c’est qu’il y a un espace dans lequel cette résistance se met en scène, c’est l’espace de la proximité. 

« La crise générale de la confiance »

  • Vous disiez que la proximité est une des voies sinon de sortie, au moins une voie de réassurance ?

Une voie d’appui. Dans tout ce que j’ai dit on voit bien qu’il y a un problème de rapport au réel, de rapport à la réalité des choses. Il y a des gens qui mentent, il y a ce que l’on appelle la post-vérité, on n’a pas le temps de développer mais c’est quand même assez central dans tout cela, il y a des médias que l’on ne croit plus, des acteurs économiques qui sont pris dans des conflictualités d’intérêt et on se dit mais pour qui travaillent-ils ? Est-ce uniquement pour eux-mêmes ou nous servent-ils à quelque chose ? C’est ce que l’on appelle la crise générale de la confiance.

  • Surtout que les médias n’ont pas été exclusivement informatifs ils ont été quand même multiplicateurs de doute, de conflictualité, d’angoisse…

Absolument, c’est le moins que l’on puisse dire, on le voit par rapport à l’usage qu’ils ont fait de la référence scientifique. Ils ont fait venir sur les plateaux des scientifiques parce que le rapport à la science dans cette situation-là est extrêmement important. Mais il faut bien discerner la science en elle-même et les énonciateurs scientifiques, ceux qui parlent au nom de la science. Quand vous parlez au nom de la science et que vous dites des choses qui sont contredites le lendemain matin, vous ruinez la capacité de la science à assurer un lien crédible au réel.

  • Cela renforce donc encore la défiance ? 

Cela renforce le doute à l’endroit même où normalement le doute serait un peu évacué par la démarche scientifique en elle-même. Vous m’avez posé une question sur la proximité. C’est un aspect qui est assurément capital, c’est-à-dire que dans cette expérience de la vulnérabilité, on l’a dit tout à l’heure, il y a la notion de substrat social, des relations ordinaires. Tout cela est constitutif de ce que l’on appelle la proximité. Ce qui est proche c’est ce que l’on peut éprouver par soi-même, sans autre méditation que soi-même. On peut dire que la proximité est le lieu où finalement s’éprouve la réalité, la réalité incontestable, tout ce que je peux voir, toucher du doigt, sentir. À ce moment-là au moins je suis assuré qu’il n’y a pas mensonge, c’est du vrai. 

  • Cela a-t-il une fonction pédagogique pour un État centralisateur comme le nôtre pour décentraliser, déléguer un peu à des acteurs de proximité ? 

Oui tout à fait dans la mesure où l’opposition se fait de plus en plus nette entre d’une part, ce qui est concret, ce que je peux toucher du doigt, ce que je peux voir de mes yeux, ce qui ne fait pas du tout l’objet d’une médiation, et, d’autre part, ce qui est abstrait, éloigné, centralisé, objet de médiation. Il y a deux pôles qui sont très structurants l’éloignement et l’abstraction d’un côté et le concret et le proche de l’autre. 

  • Vous pensez que malgré le remaniement ministériel les gens vont se dire « ça va être pareil » …

On verra : L’opportunisme politique se saisit de tous les mouvements d’opinion alors même que l’opinion n’est pas totalement dupe. 

  • Cela c’est assez contradictoire avec ce que vous avez dit avant puisque vous dites le levier c’est l’opinion et si tout d’un coup le pouvoir se saisit de ce que dit l’opinion on ne peut pas lui en vouloir a priori ?

Le problème du politique ne se pose pas comme ça, il se pose de la façon suivante : il faut bien distinguer la parole politique et l’action politique. C’est banal ce que je vous dis, mais le discours politique est récupérateur, l’action politique elle est trafiqueuse. Bien entendu les politiques sont très bien organisés pour avoir capté tous les mouvements d’opinion et ils vont en faire un discours. On ne peut faire un procès d’intention, mais il n’est pas assuré que parce que l’on a un discours politique que l’on aura l’action politique qui va avec. Ce sont deux plans différents. Et je peux vous dire que le public manie très bien ces distinctions sur le bout des doigts. Il est devenu un spécialiste qui flaire le moment où on lui raconte un baratin parce que ce baratin est issu de sondages d’opinions ou d’enquêtes diverses.

« La porte de sortie »

  • Votre étude amène-t-elle une conclusion de votre part ? Après avoir dit tout cela, pouvez-vous-nous dire où est la porte de sortie, ou c’est le mystère de la chambre jaune ?

D’abord cette histoire d’opinion est vraiment très importante. L’opinion est en soi une réalité contradictoire. Mais c’est dans ces contradictions, dans ces tensions internes de la formation des opinions qu’il y a une véritable aspiration des gens, à travers cette tension, à pouvoir reprendre un peu la main sur le cours des choses et sur le cours du monde. Par exemple la question environnementale est devenue une préoccupation majeure de l’opinion par un travail de fond des acteurs, des leaders d’opinion, des réseaux sociaux, qui a profondément fait bouger le monde politique.

Les scientifiques comme ceux du GIEC ont joué un rôle important. C’est l’hétérogénéité des acteurs avec des registres complètement différents les uns des autres qui vont des scientifiques jusqu’aux discussions de bistrot qui produisent un effet d’ensemble, un effet d’opinion. Mais l’opinion n’est pas une, quand je dis l’opinion c’est un terme un peu faux, il ne faut pas la prendre comme une réalité univoque mais comme l’ensemble des processus, des contradictions, des tensions, des hégémonies, qui font que quelque chose à un moment donné apparaît collectivement.

« Les associations par leur attention à la proximité relèvent d’une action humaine »

  • On se suicide tout de suite ou on fait quoi ?

Non, on va attendre un peu avant de se suicider et notamment parce qu’il y a non seulement l’opinion, mais il y a eu aussi une expérience très forte, fondamentale, autour de laquelle se retisse un rapport plus assuré à la réalité. C’est un appui, avec laquelle il va falloir compter. À la lettre, cela nous remet les pieds sur terre.  

Les associations de proximité croisent deux aspects très importants, les relations non-marchandes, les interactions individuelles faites de réciprocité, d’entre-aide de générosité, de reconnaissance.  Elles sont vues, elles existent, travaillent dans du concret, pour des vraies solutions face aux problèmes qui nous touchent. Donc les associations, sous condition de leur attention à la proximité, relèvent d’une action humaine au travers les actions « non-profit », elles participent au fondement de la société car elles se déploient dans un espace de crédibilité. 

Propos recueillis par Francis Charhon 

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