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Par Carenews INFO - Publié le 5 octobre 2020 - 14:00 - Mise à jour le 7 octobre 2020 - 10:51
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Les solidarités à l'épreuve de la Covid

Depuis le début de la crise sanitaire de la Covid-19, les solidarités ont fait office de boucliers. Citoyens, associations, fondations et entreprises se sont mobilisés pour tenter d’atténuer les effets de la pandémie mondiale sur les plus vulnérables. Mobilisées sur tout le territoire, associations et entreprises de l’ESS, souvent en première ligne elles aussi, ont su s’adapter et innover, prouvant une fois de plus le rôle crucial joué par les acteurs de la solidarité en temps de crise sociale. Le monde d’après ne devra pas les oublier.

Crédit photo : Patrick Bar / ADSF.

 

Des centaines de milliers de morts, des économies à terre et partout, une explosion de la pauvreté. Face aux conséquences de la pandémie de coronavirus, plus grande crise mondiale depuis 1945, les solidarités ont, aux quatre coins du monde, permis d’amortir le choc.

PROTÉGER, SOIGNER, SOUTENIR

Le 16 mars, le gouvernement français décrète le confinement pour désengorger les services de réanimation des hôpitaux situés dans les régions les plus touchées : l’Île-de-France et le Grand Est. Le système de santé public français, fragilisé par des décennies de coupes budgétaires, doit malgré tout tenir. Dès le 19 mars, l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) lance un fonds d’urgence pour soutenir le personnel hospitalier et la recherche dans la lutte contre le coronavirus. 42 000 particuliers, une vingtaine d’entreprises et de fondations (Hermès, Chanel, Macif, Fondation SNCF, Fondation Orange...) participent.

En deux mois, 41 millions d’euros sont collectés. En parallèle, l’Alliance « Tous unis contre le virus » voit le jour, à l’initiative de la Fondation de France, de l’AP-HP et de l’Institut Pasteur. Elle permettra de récolter plus de 30 millions d’euros supplémentaires pour soutenir les soignants, la recherche (études, tests et vaccin), mais aussi pour aider les personnes les plus vulnérables touchées par la crise sur l’ensemble du territoire.

L’initiative #ProtegeTonSoignant, lancée conjointement par des entreprises de la tech française, des artistes et des citoyens, permet de récolter 7,4 millions d’euros de dons de particuliers et d’entreprises pour l’achat de matériel et la livraison de repas pour les personnels des hôpitaux. En plus des dons financiers, des grandes entreprises décident de participer à l’effort de solidarité : en pleine pénurie de masques, Saint James mobilise ses salariés volontaires pour fabriquer des masques lavables à destination des centres hospitaliers normands, Accor met des chambres à disposition des soignants, Total leur fournit des bons d’essence.

À l’image de Médecins du Monde, la Croix-Rouge ou encore Agir pour la Santé des Femmes (ADSF), le secteur associatif multiplie les initiatives sanitaires, pour permettre l’accès aux soins des plus démunis et sensibiliser aux gestes barrières. La société civile, même confinée, s’organise à son tour : partout en France, des cagnottes en ligne et des collectes en bas des immeubles fleurissent pour soutenir les personnels hospitaliers. Alors que les masques manquent cruellement, des couturiers professionnels ou amateurs fabriquent et offrent gratuitement leur création aux travailleurs en première ligne. Protéger, soigner et soutenir deviennent les maîtres mots d’une société en état de choc, tandis qu’une partie de la population imagine déjà un monde d’après plus juste et fraternel.

Peut-on parler de coronawashing ?

LVMH a été le premier groupe français à annoncer sa participation à « l’effort de guerre » dans la crise contre le coronavirus. Bernard Arnault a ainsi mobilisé les capacités de production de la branche parfums et cosmétiques du groupe pour fabriquer et offrir des quantités importantes de gel hydroalcoolique.

LVMH a encore une fois suscité la polémique quand à la sincérité de son engagement, alors que des dizaines d’autres grosses entreprises se sont elles aussi mobilisées. Le mécénat d’entreprise est aussi un acte de communication. Et donner relève presque d’une obligation morale quand on explose comme lui tous les records. En 2019, LVMH a encaissé 53,7 milliards d’euros : un chiffre d’affaires en progression de 15 % ! Bernard Arnault reste la plus grande fortune de France pour l’année 2020 dans le classement du magazine Forbes.

L’engagement peut être aussi une stratégie marketing. Bernard Arnaud l’a dit lui-même en janvier dernier, en annonçant ses résultats : « C'est une nouvelle valeur fondamentale aussi bien pour nos jeunes clients, qui cherchent un produit qui a du sens, que pour nos jeunes recrues. » La responsabilité sociale, pour LVMH, est aussi bénéfique en externe pour son image qu’en interne auprès de ses employés, certainement ravis de participer à ces élans de générosité. Quand l’intérêt de l’entreprise rejoint l’intérêt général, qui s’en plaindra ?

 


> À lire aussi :  LVMH, la générosité suspecte.


ATTÉNUER LES EFFETS DU CONFINEMENT

En attendant, dès les premiers jours du confinement, c’est toute une partie de la population qui voit son monde s’effondrer. Rapidement, la crise devient sociale. Malgré la généralisation du chômage partiel, la situation économique engendrée par le confinement plonge une partie de la population dans la précarité. Travailleurs précaires, intérimaires, étudiants : ils sont des milliers à passer pour la première fois la porte des nombreuses associations d’aide aux plus démunis (Secours Populaire, Secours Catholique, Restos du Cœur...) et des épiceries solidaires du réseau ANDES, en lien avec les banques alimentaires. Les habitants s’organisent dans les quartiers populaires pour aider les associations locales à distribuer des repas.

Crédit photo : ANDES
Crédit photo : ANDES

 

Tandis que la population est sommée de rester chez elle, les personnes sans abri, elles, n’ont nulle part où se réfugier, ni de quoi manger. Face à la mobilisation du secteur associatif, notamment avec la tribune « Pour rester chez soi, il faut un chez soi ! », lancée le 19 mars, le gouvernement et les collectivités décident de maintenir l’ouverture des centres d’hébergement censés fermer à la fin de l’hiver. La trêve hivernale est reportée et de nouvelles places en hôtels sociaux sont trouvées. La Fondation Abbé Pierre récolte 180 000 euros de dons de particuliers et distribue 10 770 tickets-service [ titre de paiement prépayé qui peut être utilisé dans une ou plusieurs catégories : alimentation, hygiène, habillement, actions éducatives, culture, loisirs, sports, transport, énergie, habitat, hébergement] aux plus vulnérables, tandis que des paniers solidaires apparaissent aux coins des rues de nombreuses grandes villes, placés là par des anonymes.

Les fondations d’entreprises (BNP Paribas, EDF, Carrefour...) lancent des fonds d’urgence destinés aux plus démunis impactés par la crise. Le maintien du lien social est également une priorité. Car si le confinement protège les plus vulnérables du virus, il isole. Les associations Entourage et La Cloche mettent en place des permanences téléphoniques et des appels en visio pour les personnes sans domicile. L’inquiétude se porte également vers les personnes âgées. Les quelque 850 équipes citoyennes des associations regroupées au sein de la Mobilisation Nationale Contre L’isolement des Aînés (MONALISA) se mobilisent à distance pour garder le contact avec les anciens. L’initiative « 1 lettre 1 sourire », lancée par une dizaine de jeunes d'une même famille, permet de récolter plus de 10 000 lettres rédigées par des citoyens solidaires à destination des résidents en Ehpad.

Rompre l'isolement grâce aux outils numériques

Réunions Zoom pour les télétravailleurs, appels WhatsApp ou Facetime pour garder le contact avec ses proches, les outils numériques ont joué un rôle majeur dans la préservation du lien social pendant le confinement. Pour autant, la crise sanitaire a aussi été un terrible révélateur de l’exclusion numérique des plus fragiles, qui se sont retrouvés coupés du monde. C’est pourquoi de nombreuses associations et entreprises de l’ESS ont su innover pendant cette période pour rompre l’isolement des plus vulnérables.

Ainsi, Simplon a mis en place le programme “Gardons le lien”. L’objectif ? Acheminer vers les hôpitaux, les Ehpad et les structures sanitaires et sociales des milliers de tablettes numériques pour assurer la connexion entre les malades atteints de la Covid-19 et leurs proches. Une manière de rompre l’isolement des malades et d’apaiser l’angoisse des familles. De son côté, Emmaüs Connect a mis en place le programme Connexion d’Urgence. Des collectes de matériel (téléphones, smartphones, ordinateurs, tablettes) et de moyens de connexion (cartes SIM, recharges téléphonie/internet) ont été menées pour permettre à un maximum de personnes en grande précarité et de jeunes en difficulté accompagnés par les structures sociales locales du territoire, de rester connectés.

Les entreprises et fondations (Boulanger, BNP Paribas...) ont également mis la main à la pâte en débloquant des fonds pour l’achat de tablettes à destination des plus isolés : d’une part pour les personnes âgées en Ehpad pour garder le lien avec les proches, d’autre part pour les jeunes les plus en difficultés afin de prévenir le décrochage scolaire.

 

Entreprises et fondations viennent en appui à la mobilisation : Crédit Agricole et Boulanger, ont, par exemple, offert des milliers de tablettes aux plus isolés pour leur permettre de maintenir le lien avec leurs proches. L’engagement citoyen est massif : à l’appel des pouvoirs publics, ce sont 250 000 personnes qui rejoignent les rangs de la Réserve Civique pour répondre aux missions prioritaires liées à la crise (aide alimentaire d’urgence, garde exceptionnelle d’enfants, liens avec les personnes fragiles isolées, solidarité de proximité).

Les effets du confinement sont également dévastateurs pour les victimes de violences conjugales. Face à l’augmentation du nombre de signalements liés au confinement (+32% au 30 mars), l’association Droits d’Urgence lance la plateforme droitdirect. fr à Paris pour permettre aux victimes d’être prises en charge le plus rapidement possible près de chez elles par des professionnels. L’association de lutte contre les violences sexuelles et sexistes Resonantes lance également une campagne de sensibilisation pour encourager le grand public à télécharger massivement l’application d’alerte gratuite App-Elles. Cet outil permet à la victime d’envoyer discrètement un signal d’urgence à une personne de confiance en cas d’agression et d’enregistrer la scène via le téléphone afin de constituer des preuves pour la justice. Le secteur de l’économie sociale et solidaire s’adapte, innove.

DANS LE MONDE D’APRÈS, NE PAS OUBLIER LA SOLIDARITÉ

Mues par la volonté de servir l’intérêt général, de nombreuses associations apportent des réponses pragmatiques aux besoins du terrain pendant la crise. Ainsi, l’association d’insertion Carton Plein, habituée à recycler le carton et à déménager à vélo, se réinvente. Les équipes décident de livrer les repas à vélo aux personnes sans domicile abritées dans les gymnases de la capitale. L’association Ecotable, qui valorise et labellise les restaurants écoresponsables, organise, grâce à son réseau de restaurateurs durables, la livraison de 500 repas par jour aux hôpitaux d’Île-de-France.

Le risque d'une concurrence des causes

Face à la crise économique et sociale engendrée par la pandémie de Covid-19, les acteurs de la solidarité sont aujourd’hui particulièrement vulnérables. Si certaines associations ont poursuivi leurs actions pendant le confinement (aide aux plus démunis, santé, emploi, éducation), d’autres ont dû stopper brutalement toute activité.

Selon une étude de Recherche et Solidarités publiée en mai 2020, 65 % des associations ont mis leur activité en sommeil (76 % des associations sportives) et 23 % l’ont réduit significativement pendant le confinement. Pour Philippe Jahshan, président du Mouvement associatif, les pertes enregistrées par les associations s'élèveraient à plus de 1,4 milliard d'euros. Un chiffre qui ne prend en compte que le manque à gagner sur les recettes d'activité. Ainsi, aujourd’hui, toutes les associations, ou presque, lancent des appels aux dons pour pouvoir maintenir leurs projets à flot. Mais pour de nombreux citoyens, il est difficile de faire un choix dans la multitude d’actions mises en place face au Covid.

Le risque de mise en concurrence des acteurs associatifs est plus fort que jamais. Dans un communiqué publié le 8 avril 2020, le Collectif des associations citoyennes, qui lutte contre la marchandisation de l’action associative, rappelle : « Le secteur associatif constitue une réponse pérenne aux crises sanitaires, sociales, écologiques, humaines qui submergent notre pays, et l’ensemble de la planète. Si plus rien ne doit être « comme avant », selon les propos du Président Macron, il faut tirer les conséquences des politiques d’austérité. L’État doit garantir l’apport des acteurs de la solidarité (...) pour développer leur capacité à agir dans la durée, en annonçant un grand plan de soutien à la vie associative, avec la population, pour la solidarité. »

 

Lire pour en sortir
L’association Lire pour en Sortir a imaginé les choses en grand pour rompre l’isolement. Crédit photo : Lire pour en sortir.

 

Dans le champ de l’éducation, de nombreuses associations, conscientes de l’importance de maintenir l’école à la maison, s’adaptent. Pendant le confinement, l’association de recherche sur l’éducation SynLab produit quotidiennement des tutoriels et des ressources sur la plateforme « EtreProf », qui permettent aux enseignants de relever le défi de l’école à distance. De son côté, pour prévenir les risques de décrochage, Article 1 et La Fage mettent en place dès le début du confinement « Réussite Virale », un programme de tutorat bénévole par téléphone ou visioconférence, entre des étudiants et des jeunes scolarisés en difficulté. L’association met également en relation des étudiants en recherche de stage ou d’emploi avec des professionnels bénévoles pour les coacher. Privées de parloirs, les personnes détenues ont été particulièrement isolées pendant le confinement.

L’association Lire pour en Sortir a imaginé les choses en grand pour rompre l’isolement : un concours d’écriture à distance a été organisé sous le marrainage de Leïla Slimani ; des boîtes à livres ont été placées dans les cours de promenade ; enfin, l’association a permis la réalisation d’une émission de télévision quotidienne, « dé-con-fi-nés », diffusée sur LCP et destinée aux personnes détenues et au personnel pénitentiaire.

Des coalitions et des coopérations entre les acteurs de la solidarité sont également nées pendant cette période. Le mouvement « 20h05 je donne » a été initié par HelloAsso en parallèle de la création d’une plateforme commune (don-coronavirus.org) qui recensent plusieurs sites de collectes (Ulule, KissKissBankBank, GiveXpert, Les petites pierres etc). Les acteurs de l’engagement ont su faire bloc pour protéger les plus vulnérables des conséquences sociales de l’épidémie de Covid-19. Malgré leurs efforts et leur inventivité, les associations et entreprises de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS) ont été particulièrement fragilisées, comme l’ensemble des acteurs économiques. L’association Finansol a donc imaginé « 11 propositions pour un plan de relance adapté aux enjeux de l’ESS », afin que le secteur ne soit pas oublié des mesures gouvernementales post Covid. Pour espérer sortir de la crise, les acteurs de la solidarité ne doivent pas être les oubliés du monde d’après.

Louise Vignaud 

 

Cet article est extrait du Carenews Journal N°15.

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