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Par Carenews INFO - Publié le 19 octobre 2020 - 10:00 - Mise à jour le 26 octobre 2020 - 16:59
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Et si on abolissait l’héritage ?

Il nous paraît aujourd’hui injuste que le pouvoir politique ou la profession soit transmis héréditairement. Par contre, il est accepté que le patrimoine et le capital se transmettent selon la lignée du sang. Pourtant c’est l’un des moyens de reproduction des inégalités économiques et sociales les plus importants qui existe. Se pose alors la question de l’héritage, et si on l’abolissait ?

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L’héritage, un principe profondément ancré dans les moeurs françaises

La question de la suppression de l'héritage soulève un débat moral et affectif. Il est pour beaucoup le symbole de l’amour pour ses enfants. Comme le disait Nicolas Sarkozy en 2012, “qu'est-ce qu'il y a de plus beau dans la vie que de travailler dur en pensant que ses enfants et ses petits-enfants auront une vie moins dure que soi-même ?”. Abolir l’héritage, c’est obliger les français à se détacher de la valeur sentimentale qu’ils portent à leurs biens. C’est déroger à la volonté majoritaire du peuple, défavorable à 80% à sa suppression, d’après un sondage OpinionWay de 2018 sur la succession.

Méritocratie et héritage, compatibilité ou contradiction ?

Dans notre société actuelle, qui prône pourtant la méritocratie, les plus riches ne sont pas les gens mieux rémunérés. En 1970, parmi les 1% les plus riches, 29% faisaient partis de la catégorie des salaires les plus élevés. Tandis qu’en 2014, toujours parmi les 1% les plus riches, ils ne sont plus que 17%. Ainsi, l’héritage reste aujourd'hui une énorme fabrique à inégalités et il occupe une place importante dans la détermination de notre position sociale, notamment pour les plus riches. Il remet en question le principe de méritocratie prônée par notre société en avantageant certains considérablement plus que d’autres.  Cependant, l’héritage matériel n’est qu’une partie de ce dont on hérite réellement. On hérite aussi de préférences, d’habitudes, et d’un nom dont on sait l’importance dans la société. Ce capital culturel, social et génétique dont on hérite et qui contribue lui aussi à l’inégalité des chances, semble compliqué voire impossible à abolir. Ainsi, il convient de se questionner sur l’efficacité de l’abolition de l’héritage matériel à des fins méritocratiques.

 

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Et si chacun recevait 310 000 euros à 18 ans ?

Dans l’hypothèse d’une abolition pure et dure de l’héritage, de nombreuses questions se posent quant aux répercussions que cela aurait sur l’économie française. Un argument fréquemment avancé consiste à dire que les contribuables les plus riches s’exileraient, comme c’est déjà le cas avec l’exil fiscal qui ne cesse d’augmenter. Mais que penseraient-ils de participer à l’intérêt général ? Plusieurs solutions s’offrent à eux.

En effet, d’après Le Monde, si on prenait l’ensemble des héritages transmis par an, estimé à 250 milliards d’euros, et qu’on le redistribuait à parts égales à tous les français.e.s à leurs 18 ans, chacun recevrait environ 310 000 euros. Cette redistribution permettrait de mettre plus ou moins tout le monde sur un pied d’égalité en remettant les compteurs à zéro.

Cette solution paraît tout de même très utopique. Mais si on abolit pas l’héritage, il faut repenser notre système de régulation de l’héritage. Une des problématiques de l’héritage est la faible utilisation des biens succédés. Par exemple, une maison secondaire est utilisée en moyenne 5 semaines par an. Il serait imaginable de laisser aux héritiers leurs biens, mais de leurs imposer une utilisation plus fréquente. Si c’est impossible pour eux, ils devront, par exemple, les mettre à disposition pour un projet social.

Finalement, abolir l’héritage implique des conséquences économiques drastiques et un changement conséquent des mœurs françaises. Cependant, les économistes considèrent de plus en plus cette alternative, qui pourrait considérablement participer à la réduction de la reproduction sociale. Puisque finalement, comment expliquer à nos enfants que la devise française comporte l’”Égalité”, alors qu’ils ne partiront pas avec les mêmes chances que les héritiers ?

Cyrielle Corbillon et Iris Grimaud 

Etudiantes du cursus Economie sociale et Environnementale

 

Partenariat Sciences Po et Carenews
Dans le cadre de ce partenariat entre Sciences Po Paris et Carenews, deux journalistes en herbe imagineront un monde meilleur, résolument tourné vers les principes d'écologie et d'égalité.

 

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