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Par Chroniques philanthropiques - Publié le 10 novembre 2020 - 09:12 - Mise à jour le 10 novembre 2020 - 09:12
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[Interview] Floriant Covelli, directeur général de l'Institut français du Monde associatif

La recherche est essentielle pour la connaissance et la reconnaissance du secteur philanthropique. Le blog Chroniques philanthropiques poursuit la mise en lumière des organisations de prospective et de recherche. Après la publication du portrait d’Arthur Gautier qui dirige la chaire philanthropique de l’ESSEC, nous présentons le portrait de Floriant Covelli, qui dirige l’Institut français du Monde associatif. D’autres organisations sont aussi actives pour donner plus de bases théoriques à la philanthropie : Le RAMEAU (Charles-Benoît Heidsieck), L’Observatoire de la générosité (Laurence de Nervaux), La Fonda (Niels Pedersen), le CNRS (Viviane Tchernonog), l'Université Paris 8 (Nicolas Duvoux).

Une organisation dédiée à la recherche associative : interview de Floriant Covelli, Institut français du Monde associatif

Une organisation dédiée à la recherche associative

  • Bonjour Floriant Covelli, quelle est votre organisation ?

L’Institut français du Monde associatif est une fondation dédiée à la connaissance du monde associatif. Il a été créé en janvier 2019, sous l’égide de la « Fondation pour L’Université de Lyon » avec une ambition nationale, européenne, et à terme internationale.

  • Un constat 

À chaque loi de finances on interroge l’intérêt des déductions fiscales pour envisager leurs baisses comme cela a été fait depuis deux ans. Lors des débats, la question du retour sur investissement ou d’impact de ces mesures est posée sans qu’il soit possible d’apporter des réponses chiffrées étayées. Les médias pour leur part ne traitent le sujet que dans une approche événementielle ne connaissant pas ce secteur. On peut dire que globalement le secteur associatif n’est pas reconnu comme un secteur à part entière dans la société comme le sont l’artisanat, la construction, l’industrie l’agriculture…) alors qu’il génère de l’activité, de l’emploi, crée une valeur ajoutée sociale importante. 

La crise de COVID19 a produit un effet révélateur du rôle du monde associatif. En première ligne dès le début de la crise sanitaire, les associations sont apparues au grand jour comme des actrices clés de l’intérêt général. Dans un contexte de crise de la représentation, elles sont également apparues comme des corps intermédiaires en capacité de réagir avec souplesse et d’expérimenter localement avec créativité. La mobilisation aux côtés des associations, comme aux côtés des personnels soignants et de la recherche médicale, a également bénéficié d’une forte visibilité et suscité une vague de générosité considérable.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation paradoxale : la société n’a jamais eu autant besoin de ses associations et celles-ci n’ont jamais été autant en difficulté qu’aujourd’hui. Il est donc une évidence que la recherche et la publication de données sont nécessaires et se révèlent un enjeu stratégique pour leur donner davantage de visibilité et donc de poids. 

  • Sur quels axes de recherches travaillez-vous ?

Face à cette situation nous avons consulté le monde associatif et plusieurs questions sont apparues comme essentielles pour l’avenir permettant de s’engager dans de la recherche. Comment peut-on rendre compte de la valeur créée par les associations et de leur rôle dans la transformation de la société ? Quelles sont les grandes mutations que les associations traversent : dans leurs relations avec les pouvoirs publics, dans les formes d’engagement associatifs, dans les modes de gouvernance ? Comment leurs modèles socio-économiques leur permettent de s’adapter à ces mutations et de continuer à jouer un rôle d’innovation sociale et d’interpellation des politiques publiques ? 

Pour répondre à ces questions et faire face à l’enjeu stratégique, l’Institut s’est donné trois objectifs :

  • Faire reconnaître, par-delà leur visibilité conjoncturelle, la place que les associations ont tenue depuis toujours dans notre société et dans notre démocratie.

  • Faire comprendre plus finement leurs besoins structurels, ainsi que les mutations et enjeux auxquels elles doivent faire face dans les 5 à 10 années à venir.

  • Renforcer la connaissance et la reconnaissance des associations par les partenaires du monde associatif comme les fonds et fondations, les entreprises et l’État.

 

  • Comment en pratique allez-vous faire car le champ est immense ?

Nous consultons le monde associatif, ses représentants, et nous allons à la rencontre des territoires pour collecter directement auprès des acteurs leurs besoins de connaissances. Puis nous transformons ces besoins en questions pour la recherche. Nous organisons aussi des groupes de travail sur des sujets comme la gouvernance associative, la création de valeur et les modèles socioéconomiques associatifs, l’histoire du monde associatif ou encore le fait associatif en Europe. Tout ce travail est fait avec des chercheurs qui nous aident à mettre en place des appels à projets. Leur mobilisation est un levier puissant pour faire avancer la connaissance. 

Ensuite nous voulons que toute cette connaissance se diffuse largement par le transfert des résultats de ces recherches à travers des publications, des colloques, peut-être aussi demain en partenariat avec des programmes de formation, ou sous des formats plus « grand public ». 

Nous avons également une fonction de « passeur » extrêmement importante entre acteurs et connaissance  du secteur parce que les associations sont elles-mêmes productrices de connaissance. Cela nous permettra aussi de développer les dynamiques de recherche participative dans les prochaines années.

Une des vocations essentielle de l’Institut  est d’être un centre de ressources tant pour le monde associatif que pour le monde de la recherche. Nous projetons de rassembler l’ensemble des connaissances existantes et de les mettre à disposition des chercheurs et des acteurs. À terme, nous projetons aussi d’accompagner le secteur pour mieux organiser la mémoire associative, ce qui est une condition sine qua non à un travail d’analyse par la recherche.

Nous attachons aussi beaucoup d’importance à l’ancrage de l’Institut dans les territoires. Après avoir initié un cycle de rencontres locales, nous sommes par exemple en train de bâtir un programme de recherche sur le monde associatif en partenariat avec Le Mouvement Associatif des Hauts-de-France.

Enfin il nous paraît important de connecter davantage les travaux de recherche français sur la question associative avec la recherche internationale. Les synthèses des travaux que nous soutenons seront traduites en anglais, et nous saisirons toutes les occasions pour renforcer depuis la France un réseau de connaissance internationale.

Bien entendu, sur l’ensemble de ces sujets, l’Institut travaillera en alliance avec l’ensemble des organisations du secteur associatif et de la recherche, et l’ensemble des partenaires concernés par les enjeux de connaissance du monde associatif. 

  • Avez-vous déjà commencé des études ?

L’Institut a déjà soutenu 15 recherches, identifié 450 chercheurs français et étrangers spécialistes du monde associatif, et engagé un recensement de l’ensemble des écrits en lien avec le monde associatif. 

Nous lançons cette année un appel à projets de recherche sur « le monde associatif à la lumière de la crise COVID-19 », avec trois intentions et une méthode inédite :

  • documenter la place du fait associatif dans la prise en charge de l’intérêt général

  • mieux appréhender son rôle pour la résilience et la transformation sociétale

  • comprendre les fragilités structurelles, mais aussi les forces du monde associatif qui ont été mises à jour, accentuées ou dépassées.

 

Pour la méthode, cet appel à projets de recherche intègre une fonction d’intermédiation entre chercheurs, monde associatif et monde philanthropique en mobilisant des corpus d’expériences et bases de données détenus par les acteurs et les opérateurs qui n’ont pas encore été exploités par la recherche académique (données brutes d’enquêtes, archives historiques sectorielles, bases d’expériences thématiques innovantes). 

Pour conclure je pense qu’aussi bien en France, à l’échelon national et dans les territoires, qu’en Europe, nous devons aider à la connaissance d’un secteur indispensable à notre société et notre démocratie et aussi le faire reconnaitre par toutes les institutions et les décideurs. L’Institut est heureux de participer avec tous les chercheurs à ce projet.

 

Propos recueillis par Francis Charhon  

 

La recherche en philanthropie

Pour en savoir plus sur la recherche en philanthropie en France, consultez les sites suivants :

 

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