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Par Auxilia une nouvelle chance - Publié le 29 septembre 2020 - 13:19 - Mise à jour le 30 septembre 2020 - 10:12
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Que le spectacle recommence avec Alexis Michalik

Les trois coups résonnent, le rideau rouge s’ouvre, Alexis Michalik vous invite, avec passion, dans son monde artistique.

Interview d'Alexis MICHALIK, dramaturge, metteur en scène

INTERVIEW

Le comédien, dramaturge et metteur en scène franco-britannique Alexis Michalik, couronné de plusieurs Molières, a participé le 20 septembre à l’émission de radio du Téléphone du Dimanche. À cette occasion, j’ai eu l’honneur de lui poser de nombreuses questions, notamment sur la genèse de la pièce de théâtre ‘’Intra Muros’’ qui se passe dans l’univers carcéral.

D’où vient votre passion pour le théâtre ?

C’est très tôt. Dès la maternelle, je participais à un club théâtre. Au collège, je me suis inscrit à un atelier théâtre et j’ai chopé le virus. Chaque année, on montait des spectacles et je me disais, c’est génial en fait ; c’est ça que je veux faire. C’est assez naturel pour moi d’être sur les planches, de jouer et de mettre en scène.

Quel parcours avez-vous suivi pour que cela devienne votre métier ?    

J’ai fait un conservatoire municipal. Le théâtre c’est un travail d’artisan, aussi à 18 ans, j’ai cherché et trouvé un agent pour faire des castings à droite et à gauche, ce qui m’a permis de gagner ma vie. Très vite, j’ai monté des spectacles que je finançais un peu grâce aux tournages que je faisais. Je participais à des séries à la télé ; je mettais de côté une partie de mes cachets pour louer les salles dans lesquelles je jouerai mes premières créations. Petit à petit, d’Avignon en Avignon, j’ai trouvé ma place dans le milieu du théâtre. J’ai commencé à me produire à Avignon à l’âge de 22 ans. Au début, personne n’était payé, on jouait dans des conditions un peu roots. Dans ma troupe, on était une dizaine; pour remplir notre salle, on tractait les gens dans la rue. Je me suis pris une claque. Je me suis dit : ‘’Je veux y retourner’’. Chaque année, j’y suis donc retourné et c’est comme ça qu’on c’est professionnalisé et progressivement, nos pièces sont devenues de plus en plus carrées ; avec un vrai décor, des lumières. De fil en aiguille, on s’est produit à Paris où mes spectacles ont commencé à avoir de plus en plus de succès et de reconnaissance. La raison pour laquelle mes spectacles sont des spectacles populaires c’est en grande partie grâce à Avignon, car pour ramener des personnes dans la salle, il faut proposer des pièces qui parlent à tout le monde puisque c’est un public très divers et très vivant. C’est de là que vient mon gout pour les spectacles populaires.

Pouvez-vous nous parler de la genèse de la pièce INTRA MUROS ?

C’est ma première pièce contemporaine. Elle est née suite à ma rencontre avec des détenus à la centrale de Moulin sur Allier où j’étais invité lors d’un festival de cinéma au cours duquel je présentais un court métrage. Il y avait un prix remis par une sélection de détenus pour le meilleur film. Ils ont choisi le mien. Du coup, j’ai passé deux heures à discuter avec les détenus. Je n’avais jamais mis les pieds en prison. Déjà, j’ai découvert l’univers de la sécurité ; on laisse nos affaires ; l’arrivée progressive ; passer les différentes grilles. On a beaucoup parlé de cinéma car les détenus ont le temps de regarder des films surtout en centrale.

Et puis, à un moment, j’ai commencé à leur poser des questions plus personnelles. Par exemple, depuis combien de temps, ils étaient incarcérés. Il y a un jeune mec qui répond : ‘’moi, ça ne fait pas très longtemps ; ça fait 8 ans’’. Je me suis dit ‘’ça pèse’’. Un autre dit alors qu’il a fait 14 ans. Le jeune le reprend en lui disant ‘’Non 28 ans’’ ; ‘’Ah oui 28, je suis resté 14 ans, je suis ressorti et je suis revenu depuis 14 ans’’. Et là je me suis dit, que le mec a dû probablement passer plus de temps à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ensuite, on a parlé des activités qu’ils font en prison : ‘’Est-ce que vous avez déjà eu une activité théâtre ?’’, ‘’Une fois, il y en a eu une ; j’y suis allé mais j’étais le seul. Du coup, ils ont annulé le cours’’. Je me suis posé la question : ‘’Mais qu’est ce qui se passerait, s’il n’y avait que deux détenus qui se présentaient, et si au lieu d’annuler le cours, le prof prenait la décision d’aller au bout du projet ; qu’est-ce qui pourrait en ressortir ?’’. C’est ainsi qu’est né INTRA MUROS, l’un des rares spectacles qui parle de l’univers carcéral.

Depuis fin aout, la pièce se joue à nouveau au théâtre de La Pépinière à Paris, dans une jolie salle pouvant accueillir 350 personnes dans le respect des normes sanitaires. Je dois vous avouer que l’un des trucs qui me fait le plus plaisir, c’est quand il y a des gens, sois du personnel pénitencier, sois des anciens détenus qui viennent me voir et me disent que c’est hyper réaliste. Avant d’écrire la pièce, je me suis renseigné en allant voir sur le terrain, en lisant pas mal de bouquins sur le sujet… J’étais content que ça ne soit pas une énième fantaisie qui ne respecte pas la réalité.

Au début, je voulais appeler la pièce Le 4ème Mur, mais le titre était déjà pris par le roman de Sarj Chalandon. Ce 4ème mur, ce mur invisible qui sépare les acteurs des spectateurs. Et c’est un peu ça dont va parler la pièce, le rapport entre la réalité et la fiction, tout ce que l’on va inventer avec le théâtre, imaginer de se projeter à l’extérieur des murs de cette prison.  Peut être, il y aura un jour un projet de film tiré de cette pièce.

Par ailleurs, on a le projet de jouer Intra Muros en détention ; on y travaille fortement car cela nous tient à cœur. C’est une pièce qui a beaucoup tourné hors métropole : Nouvelle Calédonie, Tahiti, La Réunion, la Guadeloupe. C’est une pièce dont les droits sont souvent pris à l’étranger (en Angleterre par exemple) car cette histoire pourrait se passer dans n’importe quelle prison à travers le monde. C’est une pièce pleine d’espoir finalement, une pièce sur le dehors, une pièce sur ce qui nous attend après ; ce n’est pas seulement sur la prison, mais sur l’après prison ; c’est comment on arrive à survivre à la prison.

Quelles sont vos projets pour les mois à venir ?     

Cinq de mes spectacles ont repris et je joue dans Une Histoire d’Amour dont je travaille à l’adaptation cinématographique. C’est important pour moi de créer pour donner du travail aux comédiens. En 2021, je vais monter la comédie musicale ‘’Les Producteurs’’ inspirée du film de Mel BROOKS.

Quels sont les vertus des ateliers théâtre en prison ?

Avec le théâtre, on apprend à jouer ensemble. On apprend des valeurs liées à une société coopérative ; il n’y a pas de gagnants. On gagne ensemble au théâtre. La coopération est une valeur essentielle d’une société qui fonctionne.

Quels messages aimeriez-vous laisser aux détenus ?   

J’aimerais leur dire ‘’Bon Courage’’. C’est pas évident, je le sais. On a tous eu un petit gout d’aliénation ces derniers mois et nombreux sont les gens qui ont dit : ‘’Ah c’est horrible, insupportable’’. J’ai envie de leur dire qu’il n’est jamais trop tard pour s’en sortir et prendre son destin en main. Je sais que c’est beaucoup plus facile quand on est entouré, quand on a une famille, quand on a des gens qui attendent dehors. Mais il n’est jamais trop tard pour revenir dans la société. Pour ceux qui n’ont pas confiance en eux et qui se demandent ‘’Qu’est ce que je vais faire en sortant de prison’’, je dirai que c’est ceux qui travaillent le plus, qui se donnent le plus qui finissent par y arriver.  

Par Stéphane d'Auxilia

Vous pouvez également ÉCOUTER l'interview d'Alexis Michalik.

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