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Par Carenews PRO - Publié le 28 mai 2020 - 09:00 - Mise à jour le 28 mai 2020 - 09:00
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Stéphane Hallaire (Reforest’Action) : « Il faut planter des milliards d’arbres »

Les opérations de reforestation sont de plus en plus plébiscitées par les États et les entreprises. Ces dernières y voient notamment une manière de compenser volontairement leurs émissions carbone. Spécialisée dans les projets de reboisement en France et à l’international, Reforest’Action répond à cette demande croissante. Rien que cette année, elle devrait planter 5 millions d’arbres. Son président Stéphane Hallaire a répondu à nos questions. 

Crédit photo : DR.
  • Qu’est-ce que Reforest’Action ?

Reforest’Action est une entreprise de reforestation. Notre métier est de planter et protéger des arbres et des forêts dans le monde. Nous intervenons dans une vingtaine de pays, en particulier la France qui est notre principal terrain d’action. Nous sensibilisons aussi le grand public aux services rendus par la forêt et à la meilleure façon de la protéger.

Nous soutenons des projets montés par des acteurs locaux et les accompagnons techniquement et financièrement pour leur donner de l’ampleur, avec un suivi sur cinq ans. Les fonds que nous attribuons aux projets sont collectés auprès d’une centaine d’entreprises et de 145 000 particuliers. 

  • En quoi votre entreprise se distingue de ses concurrents, tels que Pur Projet, qui est un des opérateurs historiques de la reforestation ?

À la différence de Pur Projet, qui est très active dans les zones tropicales et dans l’agroforesterie, nous soutenons plutôt des projets en France axés sur les écosystèmes forestiers. Autre différence : notre approche est très collaborative. Les entreprises qui travaillent avec nous peuvent associer leurs collaborateurs et leurs clients au choix des projets et les inviter sur le terrain à planter des arbres. 

Le fonds de dotation Plantons pour l’Avenir émane quant à lui d’une coopérative forestière (Alliance). Je dirais qu’ils privilégient une logique de reforestation ayant une utilité économique. Chez Reforest’Action, nous essayons d’équilibrer l’économie, le social et l’environnemental. Nous accordons beaucoup d’importance au maintien de la biodiversité et à la question du stockage du carbone. Ainsi, nous ne soutenons pas de projets monospécifiques (avec une seule essence d’arbre).

  • Pourquoi les entreprises veulent-elles planter des arbres ?

Les entreprises voient le monde changer, les jeunes dans la rue, et savent que la question du climat est devenue incontournable. Deux cas de figure se présentent. Soit l’entreprise a déjà une démarche aboutie de mesure de son empreinte carbone et de réduction de cette empreinte. On peut donc échanger pour voir comment intégrer un projet de reforestation à une démarche environnementale globale, et comment communiquer sur la reforestation pour ne pas tomber dans les travers de : « J’ai sauvé le monde car j’ai planté trois arbres ». Soit l’entreprise n’a pas encore de démarche structurée, auquel cas on l’invite à se pencher sur le sujet. 

Nous avons le luxe d’être contactés directement par les entreprises (une trentaine par jour, hors crise sanitaire). Nous pouvons donc dire oui ou non sous conditions. Face à l’explosion des demandes, il y a plusieurs mois, nous avons décidé d’établir un comité éthique composé de personnalités externes à l’entreprise avec qui nous avons défini une déontologie et une déclaration d’« incompétence » (celle-ci dit par exemple que nous ne sommes pas un cabinet de RSE). Il fallait qu’on soit exemplaires.

  • Pouvez-vous nous donner des exemples d’entreprises avec lesquelles vous avez refusé de travailler ?

J’ai en mémoire une banque qui voulait planter des arbres en associant la démarche à des produits financiers pas responsables, avec de l’investissement dans les énergies fossiles.  Nous avons aussi eu le cas d’un industriel qui voulait planter des forêts mais qui avait été attaqué pour dégradation de l’environnement et qui n’avait pas été jugé sur le fond. Le plus souvent, toutefois, ce sont des petites entreprises qui nous contactent et, à travers nos échanges, elles réalisent qu’elles peuvent mettre en place d’autres mesures avant de planter des arbres.

  • Quel est le bénéfice de la reforestation ? Un article du Monde soulignait récemment que la compensation par le biais de la reforestation n’est pas garantie à 100 %...

La forêt, c’est beaucoup plus que du carbone. Elle est certes synonyme de captation de CO2, mais permet aussi de générer de l’oxygène et c’est un foyer de biodiversité (80 % de la biodiversité terrestre se trouve en forêt). C’est aussi une source d’emplois durables. Quand vous faites de la compensation carbone avec des projets d’éoliennes en Inde, aucun de ces co-bénéfices n’est présent. Je suis assez choqué que Le Monde se fasse l’écho de ce débat de cette manière-là. Heureusement que les projets de compensation carbone existent ! Est-ce que le monde se porterait mieux sans ces projets volontaires ? Non. 

Ce qui fait débat, ce ne sont pas les projets, c’est l’usage qu’on en fait. Est-ce qu’on en fait un droit à polluer, un outil marketing, quelque chose de dévoyé par rapport à son objectif premier qui est d’accompagner son effort de réduction par de la compensation, dans une logique de solidarité internationale ? Pour moi, il faut planter des milliards d’arbres, mais évidemment que ça ne remplace pas une réduction des émissions. Cet article jette le doute sur la reforestation alors que je pense que la forêt est la clé de l’économie : elle offre de l’énergie, de l’alimentation, génère des revenus et fait vivre des gens.

  • Lorsqu’on est un particulier, comment peut-on compenser son empreinte carbone ?

Notre site Internet comporte un onglet « Je mesure mon empreinte ». Des questions simples et rapides sur vos habitudes en matière de transport, d’habitat et de consommation vous donneront un ordre de grandeur de vos émissions de CO2, calculé grâce à des données de l’Ademe. Vous aurez ainsi des clés pour réduire votre empreinte carbone et vous permettre de la compenser. En moyenne, on estime qu’après réduction, un individu devrait planter cinq arbres par mois, ce qui correspond à un abonnement mensuel de 15 euros.

Propos recueillis par Hélène Fargues 

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