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Par Institut français du Monde associatif - Publié le 2 novembre 2026 - 12:00 - Mise à jour le 2 novembre 2026 - 12:00
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Ce qui fait tenir les associations, ce qu’elles transforment.

Comment faire évoluer les modèles socio-économiques associatifs et mieux reconnaître la valeur créée ? Le 22 septembre à Lille, associations et partenaires ont croisé leurs expériences lors d’une matinée organisée par Rydge Conseil, l’Institut français du Monde associatif et SG Crédit du Nord. Retour sur les enseignements de ces échanges.

Regards croisés sur les modèles socio-économiques et la valeur associative — Lille, 22 septembre 2026
Regards croisés sur les modèles socio-économiques et la valeur associative — Lille, 22 septembre 2026

Au printemps 2026, Rydge Conseil et l’Institut français du Monde associatif dans le cadre de leur partenariat sur l'évolution des modèles sociaux économiques font éclore l'idée d'offrir un temps de respiration et de recul pour les acteurs associatifs à Lille. Rejoints dans cette ambition par la branche Institutionnelle de SG Crédit du Nord à Lille, l’idée prend corps et se façonne durant l’été autour des modèles socio-économiques et de la valeur invisible du fait associatif dans un moment de contraintes budgétaires, d’évolution des formes d'engagement, et de questionnements pour de nombreuses gouvernances associatives. Les défis sont nombreux.

C’est ainsi que le 22 septembre dernier dans la magnifique Université Catholique de Lille qui nous accueillait, nous réunissions dirigeants associatifs, experts, étudiants et partenaires pour échanger et faire circuler la connaissance sur la question : « Qu'est-ce que le fait associatif aujourd'hui, et quelle valeur crée-t-il dans un contexte de tensions et de transformations pour le secteur ? »

Du projet fondé sur une dynamique entrepreneuriale, aux initiatives qui fédèrent des collectifs pour fabriquer du territoire, en passant par des modèles fondés sur la force des bénévoles, la richesse des témoignages et des regards croisés avait 2 ambitions : explorer les fondements singuliers des modèles socio-économiques associatifs et élargir notre compréhension de la pluralité des formes de valeur créées, bien au-delà des seules missions réalisées.

Nous revenons ici sur les principaux enseignements de cette matinée, en croisant les expériences partagées et les éclairages apportés, pour restituer le contenu des échanges et les réflexions qu’ils ont ouvertes. 

1. Faire évoluer son modèle sans perdre le sens du projet

Les associations composent aujourd’hui avec plusieurs transformations simultanées. L’instabilité des financements, la hausse des coûts et les évolutions des modalités de soutien (généralisation des appels à projets et augmentation de la commande publique) fragilisent leurs équilibres. Les formes d’engagement évoluent elles aussi : disponibilités, attentes, participation ponctuelle ou mobilisation de compétences invitent à repenser les missions et l’animation du bénévolat. Les coopérations se transforment enfin, au gré de nouvelles alliances, des dynamiques territoriales et des dispositifs qui encouragent leur formalisation. Dans le même temps, les besoins auxquels les associations répondent deviennent plus complexes.

Ces mutations apportent des contraintes, mais aussi des possibilités nouvelles. Elles interrogent les manières de mobiliser les personnes, d’organiser l’action et de faire vivre le projet. Comment faire évoluer son modèle tout en préservant ce qui fonde sa singularité et son ambition ?

Parler de la notion de modèle socio-économique aide à penser ensemble trois dimensions : les richesses humaines, les ressources financières et les coopérations. Celles-ci forment un système d’interdépendances. De nouvelles attentes bénévoles peuvent conduire à revoir les missions, la formation et les moyens consacrés à leur animation. Un financement peut modifier l’organisation du travail. Une coopération peut apporter des compétences et faire évoluer la réponse à un besoin.

Les expériences associatives permettent de comprendre concrètement ces articulations.

Au Chênelet, l’activité productive et l’accompagnement des personnes éloignées de l’emploi constituent deux exigences à tenir ensemble. La qualification, l’encadrement et la proximité participent à cette articulation. Les choix économiques engagent donc directement les conditions dans lesquelles l’ambition sociale peut être poursuivie.

À La Cravate Solidaire, le bénévolat constitue un choix de projet. La rencontre entre les personnes en recherche d’emploi et les professionnels de l’entreprise accompagne les candidats, mais transforme aussi les représentations et les pratiques des bénévoles. Un engagement souple, cadré et accompagné permet de mobiliser des actifs : sa forme répond à leurs disponibilités, tandis que son contenu reste au cœur de la mission associative.

Pour Avenir Enfance, la présence territoriale et les relations de confiance permettent de relier habitants, collectifs, associations et institutions. Faire collectif est ainsi une ressource pour agir, mais aussi une contribution au territoire : l’association produit une capacité à se rencontrer, à construire des projets et à agir ensemble.

Ces expériences montrent que les richesses humaines et les coopérations participent directement à la transformation recherchée. Elles demandent du temps, de l’attention et des moyens pour être entretenues.

Le modèle socio-économique est donc un sujet de gouvernance. Accepter un financement, professionnaliser une activité, développer le bénévolat ou rejoindre une alliance engage les manières d’agir, l’autonomie et la trajectoire de l’association. Ces choix méritent d’être discutés avec les équipes et les gouvernances autour d’une question : de quelles ressources, de quels engagements et de quelles coopérations avons-nous besoin pour porter le projet auquel nous tenons ?

2. Élargir le regard sur la valeur créée

Au-delà des ressources qu’elles mobilisent, que produisent les associations pour les personnes et pour la société ? 

Les associations sont régulièrement appelées à démontrer leurs résultats. Les données d’activité et les démarches de mesure d’impact sont utiles pour piloter et dialoguer avec les partenaires. Mais certains regards laissent dans l’ombre une partie de la contribution associative : ce que l’engagement apporte aux personnes, ce que le travail collectif construit ou ce que les relations transforment.

Pour élargir ce regard, l’Institut français du Monde associatif a documenté trois approches complémentaires.

La première, celle de la valeur économique et de l’impact, examine les effets d’une action face à un besoin et les moyens mobilisés. Elle éclaire les résultats et leur articulation avec les ressources.

La deuxième porte sur la valeur du travail collectif. Elle interroge les contributions des salariés, bénévoles, partenaires et personnes concernées, les conditions de leur participation et ce que cet engagement leur apporte. Cette approche permet notamment de dépasser une lecture uniquement monétaire du bénévolat, pour reconnaître les compétences, les savoirs et les relations qu’il mobilise, ainsi que les transformations qu’il produit chez celles et ceux qui s’engagent.

La troisième approche, celle de la valeur relationnelle, cherche à comprendre les transformations du rapport à soi, aux autres, à la société et au vivant : confiance, reconnaissance, capacité à agir, coopération ou participation à un projet commun.

Ces approches se nourrissent mutuellement. Leur intérêt est d’aider chaque association à choisir les regards utiles à ses questions, à son organisation et à son projet.

L’expérience de Joséphine montre comment ce regard élargi peut transformer l’évaluation. Dans un contexte de reconstruction, l’association a choisi de partir de l’expérience des femmes accompagnées et des autres parties prenantes avant de construire ses indicateurs. La démarche a révélé l’importance de ce qui entoure le soin : l’accueil, le temps accordé, le lieu, la possibilité de choisir et le regard porté sur les personnes. Être reconnue, se reconnaître, retrouver une place parmi les autres : ce chemin a permis de mieux comprendre la transformation recherchée et de faire évoluer les pratiques, la communication et la stratégie.

L’évaluation peut ainsi aider à comprendre comment une action produit ses effets. Lorsque ces effets résultent du travail de plusieurs acteurs, elle invite aussi à examiner comment leurs contributions s’articulent et ce que chacun apporte à la transformation collective.

La Cravate Solidaire intervient dans un parcours d’accompagnement partagé avec de nombreuses structures. Sa contribution dépend notamment du moment de l’orientation et de la qualité des relations entre partenaires. Le retour à l’emploi résulte de cette chaîne collective. Pour comprendre la valeur créée, il faut donc regarder à la fois le résultat commun et l’apport spécifique de l’association : la rencontre avec des professionnels, la préparation au recrutement et l’évolution des représentations.

La question devient alors : pour qui et pourquoi évalue-t-on ? Rendre des comptes est nécessaire. Se rendre compte de ce que l’on produit l’est également. Partir des expériences des personnes et croiser les points de vue permet de comprendre les transformations, d’identifier les difficultés et d’ajuster les pratiques. L’évaluation devient une démarche d’apprentissage collectif et un appui aux choix stratégiques du projet associatif.

3. Des expériences différentes, des questions communes

Après le temps des échanges et des témoignages, s’est ouvert un moment plus libre, plus chaleureux aussi. Autour de quelques amuse-bouches et boissons agréables, les conversations se sont prolongées et l’interconnaissance a pris le relais du débat.

Les premières réactions ont fusé avec spontanéité : « Ça fait du bien ! », « J’ai noté plein d’idées », « Je me reconnais dans ces questionnements ».

Au-delà de ces réactions instinctives, presque réflexes, les discussions qui se sont prolongées ont rapidement révélé une tendance.  Les modèles présentés au cours de la matinée ne sont pas des bastions étanches ou des doctrines concurrentes. Tous semblaient au contraire accepter volontiers la porosité à l’autre, convaincus que le dialogue permet d’enrichir un ADN au service du sens et de l’intérêt collectif.

Une conviction s’est alors dessinée : la nécessité de mieux rendre visibles les multiples formes de valeur créées par l’action associative. Une valeur qui dépasse largement les seuls indicateurs quantitatifs ou financiers. Une valeur qui se joue dans la capacité à faire territoire, à créer de la relation, à favoriser l’estime de soi et à le pouvoir d’agir, à transformer le regard d’un bénévole, à en faire un ambassadeur dans son entreprise, à favoriser le lien social.

Cette matinée conforte les trois organisateurs — l’Institut français du Monde associatif, Rydge Conseil et SG Crédit du Nord — dans une conviction commune :  poursuivre la réflexion sur les différentes formes de valeur créées par les associations, en y associant davantage les financeurs publics et privés. Au-delà de leur rôle de financement et de contrôle de l’utilisation des fonds, il s’agirait avec eux de coconstruire des manières de soutenir, d’évaluer et de reconnaître ces contributions, au plus près de l’expérience associative. L’enjeu sera de construire des relations partenariales qui permettent aux projets de se déployer dans la durée, tout en préservant la capacité d’initiative des associations.

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