De cliente bénéficiaire à présidente : le chemin de la participation en épicerie solidaire
Dans une épicerie solidaire, la participation peut commencer par une parole exprimée, une idée partagée ou l’envie de donner un coup de main. Elle peut aussi conduire à animer des activités, prendre des responsabilités et participer aux décisions. À travers son nouveau guide, Andès présente ce chemin qui permet de passer progressivement du « faire savoir » au « savoir-faire ». Le parcours de Béatrice, ancienne présidente de l’Épicerie Solidaire Brévinoise, en offre une illustration concrète.
Il y a une dizaine d’années, Béatrice traverse une situation difficile. Pousser la porte d’une épicerie solidaire ne va pourtant pas de soi : elle raconte avoir dû s’y reprendre à trois reprises avant d’oser entrer.
L’accueil qu’elle reçoit change la suite de son parcours. Une fois sortie de la précarité, elle décide de revenir à l’épicerie, cette fois comme bénévole. Elle devient ensuite secrétaire de l’association, puis sa présidente pendant sept ans.
Son histoire montre que la participation ne se décrète pas et ne suit pas un modèle unique. Elle se construit progressivement, à condition que les personnes soient informées, écoutées et reconnues pour ce qu’elles peuvent apporter.
Dans les épiceries solidaires, différentes possibilités d’engagement coexistent. Pour les représenter, Andès a conçu un « chemin de la participation » allant de l’information à la cogestion et à la codécision.
1. Information et compréhension : connaître le fonctionnement de l’épicerie

L’information constitue la première étape de la participation. Les personnes accueillies doivent pouvoir comprendre le fonctionnement de l’épicerie, les services et activités proposés ainsi que les différentes possibilités d’implication.
Cette information peut être transmise dès l’arrivée dans la structure, au cours d’un entretien, pendant les temps de vente ou grâce à différents supports. Elle doit être accessible, compréhensible et partagée de manière égale.
Toutes les personnes ne souhaiteront pas s’engager, mais chacune doit pouvoir savoir que cette possibilité existe.
2. Consultation et expression : pouvoir donner son avis
La consultation permet aux personnes accueillies de faire part de leur expérience, de leurs besoins et de leurs idées. Elle peut prendre différentes formes : questionnaire, entretien individuel, boîte à idées, groupe de discussion ou échange informel.
À ce niveau, les personnes peuvent donner leur avis sans que celui-ci soit nécessairement suivi. La structure doit donc préciser l’objectif de la consultation, la manière dont les contributions seront utilisées et les suites qui leur seront données.
Cette parole permet de mieux comprendre les réalités vécues et de faire évoluer les réponses proposées par l’épicerie.
3. Concertation : construire les projets ensemble
La concertation va plus loin que le recueil d’un avis. Les personnes sont associées à la réflexion et à la construction d’un projet. Leurs contributions influencent les choix effectués, même si la décision finale revient encore à la structure.
C’est dans cette logique qu’a été conçu le guide d’Andès. Pendant près de deux ans, un groupe de travail a réuni des salariés, des bénévoles et des personnes accueillies de 15 épiceries solidaires. 
Michèle Policarpo, bénévole accueillie à l’Épicerie Solidaire Brévinoise, a participé à sa construction : « Ce que je considère très précieux, c’est que j’ai pu m’exprimer et contribuer en me sentant sur un pied d’égalité avec tous les intervenants. »
La concertation suppose ainsi de reconnaître l’expérience des personnes concernées comme un savoir à part entière et d’accepter que leurs contributions puissent faire évoluer le projet initial.
4. Cogestion et codécision : partager les responsabilités
Dans une démarche de cogestion, les personnes prennent en charge la mise en œuvre d’actions ou de projets grâce à une délégation de responsabilités. Dans la codécision, elles participent directement aux décisions, notamment par la négociation ou le vote.
Le parcours de Béatrice illustre cette progression. Après être devenue bénévole, elle se présente à l’élection des membres du bureau. Elle occupe d’abord le poste de secrétaire, puis devient présidente de l’association pendant sept ans.
« Ce fut une expérience gratifiante, pesante parfois mais tellement passionnante. Au fur et à mesure, on se sent légitime à organiser, animer des réunions, prendre des décisions… »
À l’Épicerie Solidaire Brévinoise, cette volonté d’inclusion est inscrite dans les statuts. L’association dispose d’un collège réunissant des adhérents accompagnés et des adhérents bénévoles. Deux personnes accueillies siègent également au conseil d’administration.
Un chemin propre à chaque épicerie et à chaque personne
Ce chemin n’est ni linéaire ni obligatoire. Plusieurs formes d’engagement peuvent coexister dans une même épicerie selon les sujets et les projets.
Certaines personnes souhaiteront uniquement donner leur avis. D’autres auront envie de coanimer une activité, de devenir bénévoles ou de rejoindre une instance de gouvernance. La participation doit rester libre et adaptée aux envies et possibilités de chacun.
Comme le résume Béatrice : « Ce que je retiens pour favoriser l’implication de toute personne dans l’épicerie, c’est l’importance de permettre à chacun d’apporter ce qu’il peut et ce qu’il veut, dans un cadre bienveillant. »
Un guide pour avancer pas à pas

Le guide « Faire ensemble dans les épiceries solidaires : la participation des personnes accueillies » est issu d’un travail collectif mené en 2024 et 2025 avec 15 épiceries du réseau Andès.
À travers huit fiches pratiques, des témoignages et des outils directement mobilisables, il aborde notamment la mobilisation des équipes, l’accueil, l’expression des personnes, la conception des activités, le bénévolat, la gouvernance inclusive et la valorisation de l’engagement.
Il s’adresse aux épiceries solidaires, mais également aux associations, CCAS, collectivités territoriales et structures d’aide alimentaire qui souhaitent analyser leurs pratiques et développer la participation des personnes concernées.
L’objectif n’est pas de proposer un modèle unique, mais de permettre à chaque structure d’identifier où elle se situe et les prochaines étapes qu’elle souhaite engager.
Pour en savoir plus et télécharger le guide "Faire ensemble dans les épiceries", c'est par ici.