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Par Carenews INFO - Publié le 2 avril 2026 - 15:57 - Mise à jour le 2 avril 2026 - 17:34 - Ecrit par : Célia Szymczak
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À Paris, une colocation pour des jeunes avec et sans handicap mental

Fratries a ouvert en octobre 2025 sa neuvième maison sur le territoire français. Dans la capitale, 16 jeunes louent des chambres et partagent espaces collectifs et moments de vie. Six ont un handicap mental ou des troubles du spectre autistique. Rencontre.

Des colocataires, les fondateurs de Fratries et des partenaires de l'organisation, ainsi que la ministre Camille Galliard-Minier, le 2 avril, dans la maison parisienne. Crédit : Steven Roussel.
Des colocataires, les fondateurs de Fratries et des partenaires de l'organisation, ainsi que la ministre Camille Galliard-Minier, le 2 avril, dans la maison parisienne. Crédit : Steven Roussel.

 

Aymeric Roland-Gosselin nous conduit avec entrain vers la pièce lumineuse, colorée et haute de plafond où se trouvent deux cuisines, pour commencer la visite de la grande maison parisienne dans laquelle nous nous trouvons. 16 colocataires vivent dans les chambres réparties sur quatre étages. Deux plans de travail, plaques de cuisson et éviers ne sont donc pas de trop.  

Âgé de 29 ans, Aymeric Roland-Gosselin a emménagé en octobre dernier, quittant le domicile parisien de ses parents. « Ça se passe bien, c’est génial », se réjouit l’employé du Café Joyeux, mentionnant les pots ou les « repas de colocs », organisés au moins deux fois par mois.  

Comme les cinq autres « colocs » avec handicap mental ou troubles du spectre autistique, il est accompagné au quotidien par quatre salariés qui se relaient sur place. En outre, Florence de Morel, responsable de maison, y vit, « anime la vie sociale et partagée » et « accompagne vers et dans l’emploi » les « colocs » qui en ont besoin la semaine. « Voir les colocs gagner en autonomie, trouver leur place dans la société, ça me permet aussi de trouver un peu ma place. C’est très enrichissant », estime la trentenaire. Les habitants sans handicap, eux, n’ont aucune mission de soutien de leurs colocataires. 

 

Une maison de 700m2 

 

Le projet est porté par Fratries, une entreprise détenue par un fonds de dotation c’est-à-dire un organisme sans but lucratif auquel seront reversés les futurs bénéfices. Créée en 2021, elle sous-loue des chambres, dans neuf maisons en France, à des « jeunes actifs avec ou sans handicap ». Ceux-ci partagent des espaces communs : la cuisine et le salon bien sûr, mais aussi, dans le sous-sol aux épais murs de pierre de la maison parisienne, une buanderie, une salle télé et une salle de sport largement équipée.  

 

La maison Fratries à Paris
La maison Fratries à Paris. Crédit : Guy Link.

 

Pour trouver un tel bâtiment, situé à une trentaine de minutes à pied de la Tour Eiffel qui appartenait auparavant à une congrégation religieuse, l’entreprise n’a « pas de baguette magique ». Pour identifier les logements qu’elle gère, elle « se source sur le marché », indique Emmanuel de Carayon, co-fondateur de Fratries. « Ici, la maison est quand même assez hors norme. C’est la plus grande, plus de 700 m2. Nous n’allons pas en ouvrir tous les jours de ce type ! », prévient-il. Remake, une société de gestion spécialisée dans l’immobilier, a acheté l’immeuble parisien en 2024, dans le cadre de ses « investissements à utilité sociale ». Elle accepte pour la louer à Fratries à une rentabilité de 1,6 %, ce qui est « très en deçà » des taux habituels, selon Emmanuel de Carayon.  

L’ameublement a été financé par diverses fondations, tandis que le salaire des « accompagnants de vie » et de Florence de Morel est financé par la ville de Paris et la Sécurité sociale. « Fratrie fait des ponts entre des investisseurs qui ont une vocation solidaire, des mécènes qui financent des projets sociaux et des fonds publics qui prennent leur part », se félicite Emmanuel de Carayon. 

 

Un loyer de 1 050 euros pour les jeunes sans handicap 

 

« La maison est pleine. En deux mois, c’était complet, ce qui est plus rapide que pour les autres projets », constate le cofondateur de Fratries, expliquant cette situation par les tensions sur le marché du logement dans la capitale.  

Les locataires s’acquittent de 396 euros par mois hors charges s’ils sont en situation de handicap. L’objectif est de rendre le loyer accessible avec l’allocation aux adultes handicapés (AAH), dont le montant s’élève au maximum à 1 041 euros. Les dix autres locataires paient 1 050 euros. 

 

Un moyen de lutter contre la solitude ?  

 

« Le projet m’a vraiment conquis et c’est pour cela que j’ai accepté un loyer un peu plus cher », raconte Axel Codron, ingénieur développeur de 23 ans. Il a trouvé l’annonce sur Leboncoin. Si « c’est d’abord le bâtiment », ancien, qui a attiré son attention, la dimension sociale l’a largement séduit. Celle-ci constituait à ses yeux l’assurance que ses colocataires porteraient des valeurs d’inclusion. Il n’est pas déçu. « Dès que je suis arrivé, je me suis rendu compte que les gens étaient adorables », note-t-il. 

Fratries veut notamment aider les jeunes actifs à lutter contre leur solitude. Mais ce n’est pas ce qui a motivé Axel Codron. Il organise « chaque semaine » une soirée avec ses amis dans la salle du sous-sol prévu à cet effet, privatisable par les « colocs » grâce à une ardoise posée sur la table de cuisine. Ils peuvent également réserver la chambre supplémentaire pour inviter des proches.  

 

La cuisine
La cuisine de la maison parisienne. Crédit : Guy Link.

 

Essaimer le modèle  

 

« Ce type de projet, c’est forcément extrêmement inspirant pour la ministre que je suis. Vous êtes un modèle pour nous », a affirmé Camille Galliard-Minier, chargée de l’autonomie et des personnes handicapées auprès de la ministre de la santé, lors de l’inauguration de la maison le 2 avril.  

« On doit avoir le droit de choisir son logement, on doit avoir le droit de choisir son travail », a quant à lui martelé Emmanuel de Carayon. À l’avenir, Fratries prévoit « de nouvelles ouvertures », mais aussi de « convaincre d’autres acteurs de faire pareil », annonce-t-il. Bientôt, trois des quinze chambres de la propriété d’un « acteur de référence » de la colocation, en région parisienne, seront louées à Fratries, pour accueillir d’autres jeunes en situation de handicap.   

 

Célia Szymczak 

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