Aller au contenu principal
Par Carenews INFO - Publié le 12 mai 2026 - 07:45 - Mise à jour le 12 mai 2026 - 11:48 - Ecrit par : Camille Dorival
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

À travers le label Cap’Handéo, des entreprises s’engagent en faveur de leurs salariés aidants

Depuis 2019, le label Cap’Handéo est attribué aux entreprises qui mènent une politique de soutien à leurs salariés en situation d’aidance d’un proche. 150 entreprises ont déjà été labellisées, notamment Hager Group, la Fédération Agirc-Arrco ou la Gendarmerie nationale, qui témoignaient lors d’une table ronde organisée le 5 mai à Paris.

Les représentants des entreprises labellisées Cap'Handéo en 2026, au siège de l'Agirc-Arrco, à Paris, le 5 mai 2026. Crédit : Carenews.
Les représentants des entreprises labellisées Cap'Handéo en 2026, au siège de l'Agirc-Arrco, à Paris, le 5 mai 2026. Crédit : Carenews.

 

 

Un salarié sur cinq est en situation d’aidance : il apporte une aide à un proche en perte d’autonomie ou dépendant du fait d’un handicap, d’une maladie ou de l’âge. En 2030, selon l’Insee, cette proportion devrait même monter à un salarié sur quatre.

Face à cette situation, de plus en plus d’entreprises s’engagent pour soutenir leurs salariés aidants. C’est le cas notamment des 150 entreprises ayant reçu le label Cap’Handéo « Entreprise engagée salariés aidants ». Comme l’explique Julien Paynot, directeur général de Handéo, dans un communiqué publié à l’occasion de la remise des labels 2026, « seuls 25 % [des salariés aidants] osent parler [de leur situation] à leur employeur. Dans le même temps, 81 % des DRH reconnaissent que les compétences développées par les aidants sont une richesse pour l’entreprise ».

En créant ce label, Handéo a donc souhaité « faire de l’accompagnement des salariés aidants un véritable enjeu de management et de société », selon lui, et inciter les entreprises à inscrire cet enjeu dans le cadre de leur démarche de responsabilité sociétale (RSE).

 

soutenir la santé mentale des salariés

 

« Pour avoir des salariés performants, il est important qu’ils soient en bonne santé mentale », abonde Diane Flore Depachtere, dirigeante et experte santé mentale pour le cabinet DFD consulting, lors d’une lors d’une table ronde organisée le 5 mai au siège de l’Agirc-Arrco, à Paris. Elle estime donc qu’il est important d’identifier les cas de salariés en situation d’aidance, pour leur apporter un soutien et un accompagnement. Elle suggère notamment d’utiliser l’entretien annuel comme un moment privilégié pour aborder le sujet de l’aidance avec les collaborateurs.

Accompagner ses salariés aidants et le faire reconnaître par le label Cap’Handéo été le choix de Hager Group, entreprise familiale allemande spécialisée dans les installations électriques. « Nous nous sommes lancés dans l’aventure de la labellisation en 2019, explique Catherine Distel, chargée des affaires sociales de la branche française de l’entreprise, lors de la même table ronde. Cela correspond à une démarche d’amélioration continue de nos pratiques RH et de la qualité de vie au travail. Mais avec cette labellisation, nous voulons aussi montrer que nous soutenons le rôle d’aidant, et inciter nos salariés à venir nous en parler quand ils sont dans cette situation. »

L’entreprise propose ainsi aux salariés aidants plusieurs formes possibles d’aménagement de leur temps de travail (temps partiel, télétravail…), mais aussi la possibilité pour leurs collègues de leur faire don de jours de congés. Son fonds social a également financé des travaux au domicile de salariés aidants. En outre, « nous nous efforçons de faire apparaître la notion d’aidance dans tous nos accords d’entreprise, comme celui sur le télétravail, la qualité de vie au travail, ou dans notre futur accord sur les seniors », indique Catherine Distel.

Les démarches de l’entreprise ont incité un peu plus de 200 de ses salariés (sur 3 500 en France) à se déclarer en situation d’aidance.

 

Quels engagements des entreprises dans le cadre du label ?

Le label « Entreprise engagée salariés aidants » est accessible aux entreprises de toutes tailles. Pour l’obtenir, elles doivent s’engager sur plusieurs points :

  • identifier les besoins des salariés aidants,
  • les informer sur leurs droits et les dispositifs existants,
  • mettre en place des solutions adaptées,
  • sensibiliser et former les managers et dirigeants,
  • inscrire ces actions dans une démarche d’amélioration continue.

 

Parmi les entreprises labellisées, un tiers sont des entreprises de moins de 100 salariés, un tiers de 100 à 500 salariés, et un tiers de plus de 500 salariés.

 

À la Fédération Agirc-Arrco, une « référente aidants »

 

La Fédération Agirc-Arrco a été à l’initiative, avec le groupe de protection sociale Klesia, du label Cap’Handéo, créé en 2019. En tant qu’employeur, elle a par ailleurs mis en place un dispositif à destination de ses propres collaborateurs aidants, grâce à un accord d’entreprise signé en 2023. « Nos collaborateurs aidants peuvent solliciter 18 jours de congés aidance par an », souligne Marc Landais, le DRH de la fédération.

Une « référente aidants » a également été nommée en interne, en la personne de Ketsia Faune, qui a une formation d’assistante sociale. « Mon rôle est d’expliquer aux collaborateurs ce qu’est un aidant, car beaucoup d’entre eux ne savent pas qu’ils sont aidants, explique-t-elle. Je suis également là pour qu’ils puissent s’exprimer sur leur situation, dans un espace sécurisé et confidentiel. »

À ce jour, la fédération a recensé 44 aidants sur ses 1 200 salariés, soit environ 3,5 % des effectifs. « Nous sommes encore loin de la moyenne de 20 % de salariés en situation d’aidance. Nous avons donc encore du travail pour que les collaborateurs viennent déclarer leur situation », reconnaît Ketsia Faune.

 

« Favoriser un éveil collectif sur ce sujet »

 

La Gendarmerie nationale a elle aussi obtenu le label Cap’Handéo. Un enjeu d’autant plus complexe que les gendarmes ont de fortes spécificités : « Il s’agit de militaires qui n’ont pas de temps de travail réglementé, mais seulement des temps de repos réglementés, qui par ailleurs ont l’obligation de vivre en caserne et ne peuvent pas choisir la région dans laquelle ils sont affectés, et pour qui en outre il n’y a pas d’aménagements horaires possibles », explique Audrey Nouts, cheffe de bureau de l’action sociale, des blessés et du handicap. Dans ce contexte, le soutien à des proches en situation de handicap, de maladie ou de dépendance est d’autant plus difficile à gérer.

« Par ailleurs, les militaires ont beaucoup de pudeur à parler de leurs difficultés personnelles à leurs collègues. Et il y a l’idée que, quand on fait ce métier, on sacrifie tout à la mission », ajoute-t-elle. L’institution a donc travaillé sur un dispositif favorisant la « visibilisation » de l’aidance. Elle vient de mettre en place la possibilité, pour ses agents, de se faire reconnaître comme proche aidant s’ils sont en situation d’aidance plus de 8 heures par semaine. « Cela vient de démarrer, donc nous ne savons pas encore si nous allons avoir beaucoup de demandes ou aucune. Mais nous voulions favoriser un éveil du collectif sur ce sujet qui pour l’instant est totalement invisible », note Audrey Nouts.

 

Le rôle de la pair-aidance

 

Parmi les mesures prises, la Gendarmerie nationale a mis en place un « réseau d'experts » sur ces sujets, favorisant la mise en relation des personnels rencontrant des situation d’aidance, dans une logique de « pair-aidance », afin de partager les bonnes pratiques ou les contacts utiles.

Une démarche également encouragée par Hager Group, qui organise chaque année une rencontre entre ses salariés en situation d’aidance. « Nous avons également créé un canal Teams regroupant tous les salariés concernés, pour qu’ils puissent échanger sur ces sujets », raconte Catherine Distel.

 


Lire également : « La période aurait été beaucoup plus difficile sans ces mesures de soutien » : quand les employeurs agissent pour leurs salariés aidants 


 

« une charge mentale permanente »

 

Depuis 1993, le régime Agirc-Arrco, qui regroupe la fédération du même nom mais aussi toutes les caisses de retraite complémentaires, a également mis en place des dispositifs d’accompagnement des aidants, accessibles aux retraités mais aussi à tous les salariés du privé. Parmi ces dispositifs, les centres de prévention de l’Agirc-Arrco, sur tous les territoires, proposent des parcours « Prévention aidant ». Ces parcours permettent aux personnes en situation d’aidance d’accéder à un entretien gratuit avec un médecin et avec un psychologue, pour faire le point sur leur situation et qu’elles puissent ensuite bénéficier de recommandations et d’un parcours de soutien personnalisé.

« Être aidant, c’est une charge mentale permanente, explique ainsi le docteur Valentin Chauvin, médecin au centre de prévention Agirc-Arrco de Paris. On devient soignant tout d’un coup, alors qu’on n’a rien demandé et que ce n’est pas son métier. » Il note en outre une forte culpabilité des aidants à être épuisés par leur situation, « car aider un proche est considéré comme un acte de solidarité de base et c’est difficile d’admettre que cela est extrêmement fatigant ».

Selon Marie-Hélène Nepveu, psychologue dans le même centre de prévention, ces situations ont souvent un impact sur l’alimentation et sur le sommeil des aidants. Ce qui génère d’autant plus d’épuisement, « et peut malheureusement conduire à des situations de maltraitance progressives », pas forcément conscientisées. « Il est donc important d’écouter les aidants, mais aussi de leur dire qu’ils ont le droit d’en avoir marre », explique Marie-Hélène Nepveu.

Parmi les autres dispositifs mis en place, l’Agirc-Arrco a également créé un site Internet, Ma boussole aidants, qui met un grand nombre de ressources utiles à disposition des aidants, ainsi qu’un Guide du salarié aidant, qui liste les solutions d’accompagnement existantes.

 

Camille Dorival 

Fermer

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer