Aux rencontres du Medef, des chefs d’entreprise donnent leur vision de l’action climatique
Une table ronde organisée aux rencontres annuelles du Medef portait sur la transition écologique. Les trois dirigeants d’entreprises invités y ont partagé leur vision de la question.

Le Medef organise chaque année la Rencontre des entrepreneurs de France (Ref) pour réunir les dirigeants d’entreprises. Elle a eu lieu cette année les 27 et 28 août. À cette occasion, le premier jour, plusieurs représentants de grandes entreprises étaient réunis pour une table ronde intitulée « Qui peut ou veut encore verdir le monde ? ». L’occasion d’aborder leurs demandes et leurs besoins pour engager la transition.
« Il nous faut de la stabilité, un cadre », a par exemple déclaré Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie. « La France n’a pas de politique énergétique », a-t-elle illustré, déplorant l’absence de publication pour l’instant de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Cette loi définit les actions prioritaires de la France pour les cinq années à venir. Elle aurait déjà dû être publiée depuis longtemps.
La directrice générale d’Engie déplore également la proposition d’un « moratoire » sur les énergies renouvelables, discutée et finalement rejetée à l’Assemblée nationale en juin. « C’est très compliqué pour les filières », a-t-elle remarqué. « Le pays qui arrive à offrir aux entreprises et aux investisseurs stabilité, constance et visibilité est un pays qui va gagner », a-t-elle assuré.
Cette demande a été confirmée par les deux autres directeurs présents. « Ce dont on a besoin en permanence, c’est en effet de stabilité », a appuyé Alexandre Bompard, directeur général de Carrefour. « Le sujet, c’est de tenir un cap clair et d’avoir une certaine constance dans l’action », a affirmé Guillaume Borie, dirigeant d’Axa.
Des chefs d’entreprises intimement convaincus ?
Celui-ci a par ailleurs insisté sur la nécessité d’actions à l’échelle territoriale. Le changement climatique « est un phénomène mondial (...) qui a des implications locales, exigeant des réponses différenciées », a-t-il considéré. Les « élus locaux » et les « chefs d’entreprises dans les territoires » peuvent faire « beaucoup de choses », a souligné à ce titre le dirigeant.
Alexandre Bompard, lui, a beaucoup insisté sur le prix, premier critère regardé par les consommateurs à ses yeux. « Il y a une tension un peu irréconciliable entre une contrainte de pouvoir d’achat (...), des défis environnementaux (...) et une filière agroalimentaire dont au moins deux des acteurs sont en difficulté, les agriculteurs et les distributeurs », analyse-t-il. « Notre rôle d’acteur mondial de la distribution, c’est de tenter de résoudre cette contradiction-là », a-t-il estimé, citant les actions de Carrefour concernant la « réduction des emballages », le « gaspillage alimentaire » et la « production en bio ». « On est très très loin d’atteindre les objectifs qu’on doit atteindre à horizon cinq ans », a-t-il reconnu, tout en estimant que Carrefour a « beaucoup avancé ».
À la fin de la table ronde, il a interpellé Alexandra Palt, la présidente du WWF France. « Combien de dirigeants ont réellement ce sentiment de responsabilité éthique, intime, qui dépasse leur succès économique » face au changement climatique, s’était-elle interrogée un peu plus tôt, appelant à une législation contraignante. « Je voulais juste, pour finir, rassurer la présidente du WWF. La génération qui est aujourd’hui aux manettes des entreprises de grande taille et de petite taille [sait] qu’il faut concilier les objectifs économiques et de préservation de l’environnement », lui a répondu Alexandre Bompard.
Célia Szymczak