Avant 2027, une plateforme de lutte contre la désinformation lancée par Quotaclimat et Les Surligneurs
Le dispositif s’appuie sur des outils d’analyse automatisés, avec l’objectif de relayer largement les vérifications effectuées par des spécialistes. Les fondateurs craignent un accroissement de la désinformation lié à l’élection présidentielle de 2027.
Un chantier pour le moins ambitieux : l’association Quotaclimat et le média de vérification d’informations Les Surligneurs s’attaquent aux fake news. Les deux organisations lancent pour cela une plateforme, Droit à l’info.
La désinformation « gagne du terrain » et à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le risque se trouve « accru », constate en effet Eva Morel, la fondatrice de Quotaclimat, lors d’une conférence de presse organisée le 28 mai. La diffusion de fausses informations « relève d’opérations organisées par des acteurs qui sont bien identifiés », s’appuyant souvent sur « la répétition d’arguments similaires », plutôt que sur des affirmations « isolées », continue-t-elle.
« On peut comprendre les cycles de désinformation, les anticiper et se préparer y répondre », assure la spécialiste du traitement des questions environnementales dans les médias. Pour les fondateurs de Droit à l’info, « il s’agit de préserver les conditions d’un débat public éclairé ».
Des alertes en 48 heures
Afin de « détecter au plus tôt les récits émergents susceptibles de relever de la désinformation », le dispositif s’appuie sur « des outils d’analyse automatisés à grande échelle », explique Vincent Couronne, le directeur général des Surligneurs. Deux millions de contenus seront examinés automatiquement chaque mois sur les réseaux sociaux et dans des titres de presse en ligne, sur des « thématiques prédéfinies ». De même, 1 000 heures de contenus diffusés à la radio et à la télévision seront étudiées par semaine. Dans les deux cas, la recherche sera effectuée en fonction de mots-clés. Le but est d’identifier les contenus susceptibles de relever de désinformation.
Ensuite, l’équipe de six journalistes des Surligneurs, spécialistes de la vérification des faits, ou des « fact-checkers partenaires » étudient les extraits identifiés, en utilisant des critères rendus publics. S’il s’agit en effet d’informations fausses, trompeuses ou infondées, ils relaient pour les contredire des « contenus fiables » déjà publiés par les médias s’ils existent, ou produisent de nouveaux articles. « Notre vocation est d’apporter un complément et un soutien [aux] dispositifs de fact-checking existants », souligne Eva Morel.
« Lorsqu’un narratif présente un risque de propagation dans l’espace public, notre objectif est de diffuser une alerte sous 48 heures », poursuit-elle. Ce risque sera évalué selon des critères publics. L’ensemble sera publié sur le site droitalinfo.org et via une chaine Whatsapp, ainsi que par des partenaires – médias, créateurs de contenu, ONG, entreprises -, dont le nom n’est pas encore connu. Une prise de contact « avec des professionnels ayant pu relayer » la fausse information est également envisagée, précise encore Eva Morel. « Nous nous donnons également la possibilité d’alerter plus largement des rédactions » au moyen de communiqués de presse, ajoute la fondatrice de Quotaclimat.
Une recherche de financements
La méthode est publique et validée par un « comité d’experts », qui se réunira chaque mois. Il est composé des chercheurs Nataly Botero et Laurent Cordonier, respectivement spécialistes de la désinformation sur les questions environnementales et des déterminants socio-cognitifs de l’exposition aux fausses informations. Thomas Huchon, journaliste d’investigation, auteur de Résister aux fake news, et Catherine Bertrand-Ferrandis, fondatrice d’une société de formation des soignants à la désinformation en santé, complètent le comité.
D’ici au mois de juillet, des informations liées au climat seront vérifiées. Sur le site, des « fact-checks » sont d’ores et déjà disponibles pour des affirmations telles que « les énergies renouvelables sont inefficaces ou inutiles en raison de leur intermittence », « les voitures électriques polluent plus que des voitures thermiques » ou « le bilan environnemental des éoliennes est négatif ». D’autres thématiques, sur des sujets internationaux, d’économie ou de démocratie par exemple, seront ajoutées ensuite, avec l’appui du comité. Le dispositif devrait entrer dans une « phase d’intensification » début 2027.
Pour l’instant, le fonds de dotation La Concorde, qui se déclare apartisan et mobilisé « pour protéger et renforcer la vitalité de notre démocratie » finance le projet. « Nous cherchons des co-financements pour la phase d’amplification », indique Eva Morel. Ceux-ci seront « bien sûr rendus publics ».
Célia Szymczak 