Réchauffement climatique : le Haut conseil pour le climat appelle à un « changement d’échelle » des politiques publiques
L’organisme indépendant, chargé d’évaluer les politiques climatiques, dresse un constat critique des actions mises en œuvre par la France pour s’adapter au changement climatique et le limiter.
Il est temps d’agir. Le Haut conseil pour le climat a publié le 9 juillet, en pleine canicule, son rapport annuel sur l’action climatique du pays, intitulé « Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités ».
Il faut « engager un changement d’échelle des politiques climatiques d’atténuation et d’adaptation », prévient l’organisme consultatif indépendant, notamment composé de chercheurs, et chargé d’évaluer l’action publique française sur le climat . Pour cela, il formule 11 orientations et 82 recommandations.
Les infrastructures, l’aménagement du territoire, les écosystèmes gérés, les activités économiques et les pratiques socio-culturelles se sont développés ou ont été dimensionnés dans un climat qui n’existe plus. »
Des politiques d’adaptation aux bénéfices multiples
Le HCC résume d’abord les impacts du changement climatique, qui « s’accentuent » : « multiplication des événements chauds », « intensification des sécheresses agricoles et des conditions propices aux incendies, augmentation de l’intensité des pluies extrêmes, poursuite de l’accumulation de chaleur dans l’océan, du dégel de la cryosphère et accélération de l’élévation du niveau de la mer ».
Face à cela, le HCC observe un « décalage entre les efforts » d’adaptation constatés et « la forte augmentation des besoins », avec des conséquences sur l’éducation, la santé, l’économie et l’environnement. « Les infrastructures, l’aménagement du territoire, les écosystèmes gérés, les activités économiques et les pratiques socio-culturelles se sont développés ou ont été dimensionnés dans un climat qui n’existe plus », mettent en avant les auteurs.
« Les actions d’adaptation ont des bénéfices importants bien au-delà des seules politiques climatiques, notamment pour la santé et la qualité de vie », argument-ils d’ailleurs. « Ces bénéfices comprennent également une réduction de la précarité énergétique, la création d’emplois locaux non délocalisables, le renforcement de la compétitivité des entreprises et la limitation des pertes agricoles ».
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Faire face au coût de l’inaction
Comme le prévoit l’accord de Paris sur le climat, « il reste possible de limiter le réchauffement nettement sous 2 °C et proche de 1,5 °C ». Cependant, « les efforts de réduction des émissions mondiales de GES ne sont pas encore suffisants pour se placer sur une telle trajectoire », écrit encore le HCC. En France, « le rythme de baisse d’émissions observé pour 2025 a encore ralenti », rappelle-t-il. L’organisation insiste sur les émissions importées qui « constituent la majorité de l’empreinte carbone de la France », parce qu’elle fait venir de l’étranger des combustibles fossiles, des matériaux de construction ou encore des produits alimentaires pour soutenir son activité économique.
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Élément préoccupant : le puits de carbone, les écosystèmes naturels stockant le CO2, est « fragilisé par le changement climatique ». « Stopper la dégradation » des écosystèmes en réduisant les « pressions » sur la nature doit ainsi « rester la priorité », aux yeux des experts.
« Le coût de l‘inaction est beaucoup plus élevé que le coût de la transition », indiquent les auteurs, d’autant que « le maintien d’une dépendance aux énergies fossiles entretient la vulnérabilité de l’économie française à l’instabilité géopolitique mondiale et se traduit par des risques sociaux ».
Un appel à des politiques sociales
Par ailleurs, « les politiques sociales et économiques doivent accompagner la transition » : les auteurs rappellent en effet que « l’intégration de mesures de justice sociale et redistributives est essentielle à l’acceptation démocratique et à l’efficacité des politiques climatiques ». Ainsi, les aides à l’accès aux véhicules électriques et à la rénovation énergétique pour les ménages les plus modestes sont nécessaires, mais « sous-dimensionnés ».
Plus généralement, pour agir, le HCC formule des recommandations concernant les transports, l’agriculture, l’industrie, le bâtiment, l’énergie, les déchets ou encore l’utilisation des terres.
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Un affaiblissement en 2025 et 2026
L’application des politiques nécessaires se heurte à plusieurs obstacles. En France, « les normes existent, mais leur mise en œuvre souffre d’un manque de moyens administratifs et financiers, de dérogations nombreuses et d’une tendance récurrente à réduire la contrainte juridique dès qu’elle devient politiquement ou économiquement sensible », pointent les auteurs. Ils soulignent « un écart persistant entre l’ambition des textes et les résultats ».
« Les affaiblissements de dispositifs liés aux enjeux climatiques observés dans les débats parlementaires en 2025 et en début d’année 2026 constituent une alerte », prévient le HCC. Il souligne notamment des reculs dans « la gestion intégrée de l’eau », sur « l’artificialisation des sols » ou encore la« réforme de l’organisation envisagée par l’État sur certains de ses opérateurs, dont l’Ademe », l’agence de la transition écologique. En outre,« la stagnation des financements publics » pourrait « fragiliser l’investissement privé» ;alerte-t-il.
porter une ambition à l'international
L’Union européenne,quant à elle,dispose du « cadre réglementaire climatique le plus ambitieux au monde ». Mais elle se heurte là encore à un « déficit de mise en œuvre » et « d’investissement ». De plus, le « vaste mouvement de simplification » en cours pourrait « conduire à une forme de dérégulation, voire à une régression sur certaines politiques climatiques majeures ».
Face à cela, la France doit au contraire « soutenir l’ambition européenne ». Vis-à-vis des autres pays,« la politique commerciale peut être mobilisée comme un levier d’influence externe pour diffuser les normes environnementales européennes ». Par ailleurs, « le maintien d’un niveau de finance climat internationale et d’aide publique au développement suffisant reste un impératif stratégique ».
L’Union européenne est responsable « d’environ 10,5 % du réchauffement actuel », derrière la Chine (12,9 %) et les États-Unis (17,6 %), rappelle le HCC.
Célia Szymczak 