« Chocs climatiques » et vulnérabilité : le Secours catholique appelle à développer des politiques d’adaptation ambitieuses
Dans un nouveau rapport, le Secours catholique souligne le lien entre précarité et changement climatique. L’association dresse les portraits de personnes touchées récemment par des évènements climatiques, en France hexagonale, en Outre-mer et à l’étranger, et émet des recommandations à destination des pouvoirs publics.
Comment protéger les populations vulnérables face au changement climatique ? C’est la question à laquelle tente de répondre le Secours catholique dans un rapport publié ce mardi 17 février, avec trois de ses partenaires internationaux et intitulé « La crise climatique vue par les personnes qui la vivent. Témoignages et recommandations pour une adaptation juste ».
En se basant sur une centaine d’interviews de personnes concernées, en France hexagonale, en Guyane, à Mayotte, à La Réunion, ainsi qu’en Tunisie, à Madagascar et au Brésil, l’association met en lumière les liens concrets entre précarité et événements climatiques. « Les personnes dont nous avons recueilli les témoignages ont toutes été touchées par des événements climatiques d’ampleur, à occurrence plus ou moins lente (retrait du trait de côte, sécheresse) ou rapide (inondation, tempête, cyclone, incendie, vague de chaleur) ayant causé des dommages aux personnes, écosystèmes et infrastructures. Ces événements ont tous eu lieu dans un passé relativement proche, de quelques mois à cinq ans », précise le Secours catholique.
Se fondant sur un rapport publié par l’Organisation météorologique mondiale en 2021, l’association relève par ailleurs que « le nombre de catastrophes météorologiques annuelles a quintuplé au cours des cinquante dernières années ».
Pamela et Éric : deux exemples de vies frappées par le changement climatique
Dans les portraits dressés par l’association, on découvre par exemple la situation d’Éric, un agriculteur du Gard, dont les cultures en terrasse ont été dévastées par une inondation. « 5 000 mètres carrés de cultures ont disparu, soit 25 tonnes perdues. Ses revenus ont donc drastiquement chuté et le devis pour reconstruire les murs et chemins atteint 300 000 euros », décrit le rapport.
Confronté à la multiplication des évènements météorologiques, l’agriculteur a décidé avec sa femme d’arrêter l’exploitation. « L’histoire d’Éric raconte la fragilité d’un métier face au dérèglement du climat : quand la terre, héritée et travaillée génération après génération, devient impossible à habiter, c’est toute une vie qui s’effondre avec elle », dépeint le Secours catholique.
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En Guyane, le portrait de Pamela révèle quant à lui « une évolution préoccupante du climat ». L’accélération des crues entraînent l’inondation des maisons, la destruction des jardins vivriers, et l’emportement des animaux, tandis que les secours aux habitants isolés s’avèrent « trop limités ». « Les gens ont beaucoup souffert, surtout avec leurs lourdes pertes de nourriture de base », rapporte le Secours catholique de la bouche de Pamela. En ne permettant plus aux pirogues de circuler, les sécheresses en alternance des crues achèvent d’isoler davantage les habitants et privent certains enfants de la possibilité de se rendre en cours, complète le rapport.
S’adapter ne signifie pas seulement mettre en place des infrastructures mais surtout protéger et réparer des vies »
Secours catholique
Difficultés d’accès à l’eau, aux soins, maladies…
Alors que « les personnes déjà fragilisées ou en situation de précarité se trouvent encore plus vulnérables face aux chocs climatiques », ces derniers « aggravent davantage leur situation », analyse le Secours catholique au regard de ces différentes situations.
Inondations, canicules, sécheresses ou tempêtes « touchent d’abord et le plus durement ceux qui disposent le moins de moyens pour s’en protéger, s’adapter ou reconstruire », met en avant l’association.
Ces évènements climatiques engendrent notamment des difficultés d’accès à l’eau potable, à l’alimentation ou aux soins, des maladies liées à l’eau ou à la chaleur et des perturbations dans la scolarité. À long terme, ils créent également « des ruptures de vie », c’est-à-dire la nécessité de changer de métier comme dans le cas d’Éric, ou de lieu d’habitation.
Dans ces conditions, « s’adapter ne signifie pas seulement mettre en place des infrastructures, mais surtout protéger et réparer des vies », souligne le Secours catholique.
Parmi les recommandations, « des plans d’actions concrets et financés »
Face à ces situations, l’association émet plusieurs recommandations à destination des pouvoirs publics locaux et nationaux. « Ce rapport ambitionne de devenir une ressource dans la perspective des élections municipales mais aussi présidentielles, pour interpeller les élus et institutions locales, nourrir les diagnostics de territoire et être force de proposition », présente ainsi la structure.
L’association appelle à doter chaque territoire « de plans d’actions concrets et financés » en faisant participer les communautés concernées à leur élaboration, et en tenant compte des besoins des personnes les plus vulnérables. Elle demande également de « garantir l’accès aux droits et aux besoins essentiels » durant les catastrophes climatiques mais aussi autour de celles-ci. « En France, cela peut passer par le fait d’encadrer le taux de marge pour les produits sains et durables, en commençant par l’obligation de vente à prix coûtant de cent produits prioritaires pour la santé basée sur les recommandations de santé publique », met par exemple en avant l’association. Cette demande fait l’objet d’une pétition lancée par le Secours catholique avec les associations Familles rurales et Foodwatch.
L’appel à associer les populations locales
Enfin, l’association recommande « d’accompagner la reconstruction individuelle et collective sur le long terme », notamment en garantissant un accès effectif et équitable à l’assurance et à la réparation pour toutes et tous, en soutenant l’agroécologie « au sein de la convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) et d’y allouer des financements dédiés » et en assurant le renouvellement des générations de paysans et paysannes. Elle appelle également à « intégrer la santé mentale dans les politiques de santé et d’adaptation ».
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« Pour que ces aménagements soient adaptés et pérennes, les personnes rencontrées insistent sur l’importance d’associer les populations locales, qui disposent d’une connaissance fine et intergénérationnelle de leur territoire », appuie l’association.
Élisabeth Crépin-Leblond 