Guerre au Soudan : au moins 245 enfants tués ou blessés depuis début 2026
Dans un communiqué publié le 14 avril, l’Unicef alerte sur les violences dont sont victimes les jeunes soudanais. Meurtres, mutilations, enlèvements et violences sexuelles figurent parmi les violations graves relevées par l’agence onusienne. La guerre qui oppose deux factions militaires rivales a débuté en 2023.
« Alors que le conflit au Soudan entre dans sa troisième année, les enfants en demeurent les principales victimes. Entre janvier et mars 2026, au moins 160 enfants auraient été tués et 85 mutilés dans tout le pays », explique l’Unicef dans un communiqué publié le 14 avril.
Le Fonds des Nations unies pour l’enfance tire la sonnette d’alarme sur la situation humanitaire qui touche les jeunes soudanais. Pour rappel, les premiers affrontements ont éclaté le 15 avril 2023. Ce conflit oppose deux factions militaires rivales, dont les chefs ont provoqué le putsch d’octobre 2021. Les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan au pouvoir après le putsch, et les Forces de soutien rapide (RSF) du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », se font face.
Parmi les violations graves commises contre les enfants, l’organisation évoque notamment « les meurtres et les mutilations, les enlèvements, le recrutement et l’utilisation par des groupes armés, le viol et d’autres formes de violence sexuelle, les attaques contre les écoles et les hôpitaux, et le refus d’accorder l’accès à l’aide humanitaire ».
Les drones pointés du doigt
« Depuis trois ans, des enfants au Soudan sont tués, blessés et déplacés à un rythme effarant », a déclaré Catherine Russell, directrice générale de l’Unicef. L'agence onusienne précise que le nombre d’enfants victimes a augmenté de 50 % par rapport à la même période en 2025. « Rien ne saurait jamais justifier la violence exercée contre les plus jeunes. De tels actes reflètent l’échec collectif des parties au conflit à protéger les droits les plus fondamentaux des enfants », a-t-elle ajouté.
Le Darfour et les États du Kordofan sont les zones où les bilans les plus lourds ont été enregistrés, précise le communiqué. « Ce bilan est toutefois largement sous-estimé, l’insécurité et l’accès restreint aux zones touchées entravant la possibilité d’assurer une vérification et un suivi réguliers. Alors que les familles survivent dans des conditions de surpeuplement et de grande précarité, et que les services de base sont poussés à leurs limites, de vastes régions du pays restent en effet coupées de l’aide humanitaire en raison de l’insécurité, des dégâts causés aux infrastructures et des contraintes administratives », peut-on lire.
Rien ne saurait jamais justifier la violence exercée contre les plus jeunes. De tels actes reflètent l’échec collectif des parties au conflit à protéger les droits les plus fondamentaux des enfants".
Catherine Russell, directrice générale de l'Unicef.
En parallèle, « cinq millions d’enfants ont été déplacés au cours des trois dernières années, souvent à plusieurs reprises, à mesure que les lignes de front ont évolué et que la violence s’est propagée ». L’Unicef revient sur les nouvelles méthodes de guerre et indique que « 78 % des victimes recensées parmi les enfants [résultent] d’attaques de drones. »
Un risque croissant de malnutrition aiguë
L’Unicef relève « l’accès particulièrement difficile au Darfour, au Kordofan et dans certaines parties du Nil bleu, privant ainsi de nombreux enfants extrêmement vulnérables de toute assistance ». « Dans un tel contexte, la faim et les maladies continuent de progresser, et le risque de famine est en train de s’aggraver sous l’effet de la violence, des déplacements répétés et des importantes difficultés d’accès pour les équipes humanitaires. »
L'agence onusienne signale l'existence d'une famine à El-Fasher et à Kadugli et alerte sur un risque croissant de propagation à Um Baru et à Kernoi. Aussi, « à mesure que les familles fuient, les moyens de subsistance et les marchés se retrouvent gravement perturbés et les services essentiels continuent de s’effondrer ».
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L’organisation fait également état d’un nombre croissant d’enfants souffrant de malnutrition. Elle estime à 4,2 millions le nombre d’enfants qui souffriront de malnutrition aiguë en 2026. Parmi eux, elle estime que plus de 825 000 seront victimes de malnutrition aiguë sévère, « une pathologie potentiellement mortelle en l’absence de prise en charge urgente ».
Par ailleurs, le Fonds des Nations unies pour l’enfance s’inquiète des atteintes portées au droit à l’éducation. Il alerte sur la fermeture d’un tiers des écoles du Soudan, avec 11 % de celles restantes qui « sont utilisées comme abris ou seraient [...] occupées par les parties au conflit. » L’organisation dresse ainsi le constat suivant : « près de la moitié de tous les bâtiments scolaires ne sont pas plus utilisés comme salles de classe. [...] À l’heure actuelle, au moins 8 millions d’enfants ne sont pas scolarisés au Soudan. »
Pour Catherine Russell, il est nécessaire que l’ensemble des parties au conflit protègent les enfants, « ce qui suppose de mettre fin immédiatement aux violations graves commises contre ces derniers et de respecter le droit international, notamment en garantissant un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave dans tout le pays ».
D’après les Nations unies, près de 5 700 violations graves ont été commises au Soudan depuis le début de la guerre, faisant 5 100 enfants victimes. « Parmi eux, plus de 4 300 ont été tués ou mutilés ».
Léanna Voegeli 