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Par Carenews INFO - Publié le 20 avril 2026 - 17:02 - Mise à jour le 20 avril 2026 - 17:22 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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« La Nouvelle Pièce », une carte pour faciliter les dons aux personnes à la rue

L’association La Nouvelle Pièce a développé un système de carte bancaire à destination des personnes sans-abri, pour répondre à la baisse de l’utilisation des espèces. Une première expérimentation est prévue pour mai à Paris, Annecy, Toulouse et Perpignan, en partenariat avec l’Ordre de Malte.

Pour la Nouvelle Pièce comme pour les autres solutions de dons dématérialisés, un enjeu de taille est de gagner la confiance, aussi bien des donateurs que des bénéficiaires. Crédit : iStock / Ake Ngiamsanguan
Pour la Nouvelle Pièce comme pour les autres solutions de dons dématérialisés, un enjeu de taille est de gagner la confiance, aussi bien des donateurs que des bénéficiaires. Crédit : iStock / Ake Ngiamsanguan

 

Comment continuer de donner aux personnes qui le demandent dans la rue ou les transports, lorsque que l’on n’a pas d’espèces sur soi ? Pour répondre à la baisse d’utilisation de l’argent liquide et ses répercussions sur les personnes en situation de précarité, François Jacob a eu l’idée il y a quelques années de créer une carte bancaire sur laquelle ces dernières pourraient recevoir et dépenser des dons d’argent dans les commerces de proximité

Cet entrepreneur social a été sensibilisé à ce sujet alors qu’il travaillait à proximité des locaux de l’association Entourage. « C’est en discutant avec des membres du Comité de la rue [NDLR : constitué de personnes ayant vécu des situations de rue et faisant partie de la gouvernance d’Entourage] qu’est venue l’idée », raconte-t-il. À l’époque associé d’une start-up spécialisée dans la collecte de fonds, il a également constaté une demande de plusieurs acteurs associatifs et mécènes sur cette question. 

  

Une expérimentation début mai 

  

En 2024, l’association La Nouvelle Pièce, dédiée au développement et à la création de la carte, a été créée. Mais la construction du projet a pris plus de temps que prévu, entre abandon de certains partenariats et nouveaux arrivants dans l’aventure. Entre temps, un projet similaire a vu le jour. La carte « Solly », permettant d’effectuer des dons aux sans-abri a été lancée par un jeune Lillois, Tim Deguette. 

  


« Nous nous considérons comme des alliés et comme un solution complémentaire », défend François Jacob, loin d’être découragé pour autant. « Nous ne sommes jamais trop pour lutter contre l’exclusion des personnes de la rue », assure-t-il. La carte développée par la Nouvelle Pièce sera finalement expérimentée prochainement, au début du mois de mai.  

200 cartes seront distribuées à des personnes dans le besoin par l’Ordre de Malte France à Paris, Annecy, Toulouse et Perpignan. Les dons pourront s’effectuer directement au détenteur de la carte grâce à un QR Code menant à une page internet. Quatre moyens de paiement seront proposés : Google Pay, Apple Pay, PayPal – par ailleurs mécène du projet – et la possibilité de payer directement en ligne en entrant ses informations bancaires. Les options comme Lydia ou Wero n’ont pas été incluses. « Nous voulions que les personnes qui n’ont pas de téléphone puissent recevoir les dons », explique le cofondateur de l’association.  

  

« L’idée est d’aider les gens mais aussi de favoriser le lien » 

  

Côté donateur, le montant maximum d’un don est fixé à 200 euros « pour éviter des éventuels captations et détournements des cartes par exemple pour du blanchiment, tout en laissant la possibilité d’offrir une nuit d’hôtel », explique François Jacob. Côté bénéficiaires, la carte est utilisable librement dans des commerces de proximité, à l’exclusion des magasins spécialisés dans la vente d’alcool ou les tabacs-presse. « L’objectif est d’aider la personne à répondre à ses besoins de première nécessité, sans non plus contrôler ce qu’elle achète. Nous ne voulons pas imposer de limites morales », défend François Jacob.  

Un aspect qui a son importance. Dans le cas de Solly par exemple, les fondateurs ont décidé de restreindre l’usage de la carte aux denrées essentielles, comme de la nourriture, des vêtements ou des produits d’hygiène. Un choix justifié par la volonté d’assurer la confiance des donateurs, mais qui avait suscité certaines critiques d’« infantilisation » vis-à-vis des personnes sans-abri. 

La carte de La Nouvelle Pièce ne permettra pas non plus de réaliser des paiements en ligne. « L’idée est d’aider les gens mais aussi de favoriser le lien. Il s’agit de remplacer dans l’usage les pièces de monnaie que l’on donnait auparavant », explique François Jacob. Pour l’instant seul un retrait de 10 euros par mois est possible, avec à l’avenir une évolution possible en fonction des retours des utilisateurs. 

 


Lire également : De moins en moins de monnaies ? Comment l'Opération pièces jaunes diversifie sa collecte 

  

Un enjeu de confiance 

  

Pour la Nouvelle Pièce comme pour les autres solutions de dons dématérialisés, un enjeu de taille est de gagner la confiance, aussi bien des donateurs que des bénéficiaires. « Il y a un immense sujet de confiance, de connaissance et d’habitude. Les donateurs ont besoin d’être sûrs que leur argent va à la bonne personne », reconnaît François Jacob. 

Pour rassurer, l’association mise sur la pédagogie et sur la notoriété de ses partenaires. L’Ordre de Malte qui distribue les cartes, mais aussi plusieurs mécènes et partenaires dont la coopérative Upcoop et les fondations Alter&Care et Caritas. « Nous avons choisi de payer les frais bancaires pour l’instant pour que le don arrive en entier. C’est une question de symbolique et de confiance », estime François Jacob.  

  

Un rapport d’expérience prévu pour cet automne 

  

En plus du mécénat, l’association, entièrement constituée de bénévoles, a lancé une campagne de financement participatif. Toujours en cours, elle a pour fonction de financer les cartes et les frais bancaires. « Nous réfléchissons à des solutions pour garder ce principe à l’avenir », met en avant François Jacob. 

« Cela nous a pris du temps, mais aujourd’hui nous sommes fiers d’avoir des acteurs solides à nos côtésLe but n’est pas seulement d’imaginer une solution, mais aussi que celle-ci soit pérenne », défend-il.  

Dans le futur, l’association souhaiterait voir sa solution partagée par d’autres associations de terrain. Dans un premier temps, l’expérimentation de mai donnera lieu à une analyse d’impact et à un premier rapport, prévu à l’automne. « Nous voulons mettre en place un rapport assez fouillé, sans non plus entrer dans la vie des personnes de manière intrusive-. L’objectif est de fournir un maximum d’informations, notamment aux décideurs publics », argumente François Jacob. 

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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