La pauvreté des seniors au cœur d’une commission d’enquête parlementaire
Face à la hausse de la pauvreté chez les personnes âgées, dont celles qui travaillent, une commission d’enquête parlementaire tente d’en comprendre les causes et les conséquences. Elle abordera aussi le manque de politiques publiques pour y faire face. L’association Les Petits Frères des pauvres alerte depuis plusieurs années sur cette situation. Sa directrice des affaires institutionnelles, Hélène Gillequin, met en avant plusieurs revendications.
Les personnes de 60 ans et plus seraient environ deux millions à vivre sous le seuil de pauvreté. C’est ce qu’a révélé l’association Les Petits Frères des pauvres dans son baromètre 2024. Pour lutter contre ce phénomène, une commission d’enquête parlementaire sur les causes et les conséquences de la hausse de la pauvreté des travailleurs seniors et les personnes âgées a officiellement débuté le 24 juin.
Elle aborde aussi les manquements des politiques publiques en la matière. Pour Yann Lasnier, délégué général de l’organisation qui accompagne des seniors en situation de précarité, cette initiative est un « signal fort ».
Rehausser le minimum vieillesse au seuil de pauvreté
Le même jour, des membres de l’association ont été auditionnés sur ces questions à l’Assemblée nationale. Parmi eux, Hélène Gilquin, directrice des affaires institutionnelles. « Nous souhaitons des chiffres et des données plus précises sur la population des plus de 55 ans en situation de précarité, souligne-t-elle. Par exemple, il y a peu d’études qui abordent la question du minimum vieillesse (allocation de solidarité aux personnes âgées depuis 2006). La dernière date de 2022 et aborde l’année 2016 ».
Cette étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) souligne que la moitié des bénéficiaires potentiels n’y auraient pas eu recours en 2016, ce qui équivaut à 790 millions d’euros non versés. Pour rappel, cette aide s’adresse aux personnes âgées d’au moins 65 ans ayant de faibles revenus.
Le rehaussement du minimum vieillesse fait d’ailleurs partie des revendications. « Nous militons pour une indexation de l’aide au niveau du seuil de pauvreté », explique Hélène Gillequin. Pour rappel, ce seuil correspond à 1288 euros par mois pour une personne seule.
La nécessité d’une prise de conscience collective
Hélène Gilquin alerte aussi sur les générations qui arrivent à l’âge de la retraite. « Nos inquiétudes se tournent aussi vers les personnes aujourd’hui âgées de 40 ou 50 ans qui connaissent des carrières hachées, des périodes de précarité ou des accidents de la vie. Même lorsqu’elles valident leurs trimestres, leurs cotisations peuvent être trop faibles pour leur garantir une pension suffisante », explique Hélène Gilquin. Pour l'association, sans évolution des politiques publiques, ces parcours risquent d'alimenter durablement la pauvreté des personnes âgées.
Dans son dernier rapport, l’organisation dénombre 750 000 personnes âgées qui vivent sans ou quasiment sans relations avec leur entourage. « La pauvreté matérielle vient alimenter l’isolement social, note Hélène Gillequin. Dans cette optique, nous sommes très satisfaits que ces questions soient mises en lumière de cette manière car c’est un sujet qui n’est pas souvent abordé ». Elle espère une prise de conscience collective.
Léanna Voegeli 