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Par DIFFUZ - Publié le 11 août 2026 - 11:54 - Mise à jour le 11 août 2026 - 12:22
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« Au-delà du concert, on veut que notre venue donne plus de pouvoir aux gens pour agir ensemble » – Planète Boum Boum

Entre beats techno et slogans populaires, Planète Boum Boum s’impose comme l’un des visages de la lutte radicale. Ce collectif de joyeux insurrectionnels dynamite les codes du militantisme traditionnel, depuis le pavé des manifs aux grandes scènes des festivals d'été. Avant leur date au Cabaret Vert le 23 août prochain, aux côtés de Pioche!, Ma Ville à Vélo et Diffuz by Macif, rencontre avec Eva Charron, membre de cette bande d’agitateur.ices qui, plus que jamais, fait de la joie une arme politique.

Si vous étiez devant France 2 le 14 juillet dernier, après la diffusion du feu d'artifice, vous êtes peut-être tombé sur une vidéo étonnante. Une bande de jeunes gens en costumes du XVIIIe siècle devant un grand banquet se transformant bientôt en délire bachique et révolutionnaire. Sur l’air de « Dans l'antre du roi de la montagne » (si, si, vous connaissez), les paroles appellent à mieux redistribuer les richesses. Le clip se termine sur une reconstitution de « La Liberté guidant le peuple » et un mot du syndicat Solidaires. Planète Boum Boum avait encore frappé.

Il faut dire que le collectif a pris du galon, depuis leurs coups d’éclats en manif’ contre la réforme des retraites – « retraite, climat, même combat » – rendu célèbre par l’influenceuse et activiste MC Danse pour le Climat, aussi membre du collectif. Mobilisation pour le fret ferroviaire aux côtés de Sud Rail, co-organisation des événements de rencontre entre syndicats et activistes Sueur Sociale, participations aux luttes locales… Leur univers techno-activiste « joyeux et satirique » fait mouche. Jusqu’à se retrouver de plus en plus à l’affiche des festivals grand public. 

Après Panoramas à Morlaix, Bien L’Bourgeon dans le Vercors ou les Nuits Secrètes dans le Nord, Planète Boum Boum sera encore le 23 août prochain à Cabaret Vert, le festival engagé pour la planète de Charleville-Mézières. Le collectif animera une grande déambulation festive à vélo, co-organisée par Pioche!, l'association locale Ma Ville à Vélo, en partenariat avec Diffuz by Macif et le festival, pour porter l’enjeu des « mobilités actives », aussi bonnes pour la santé que pour la planète.

Une étape réjouissante pour le collectif, avant de plonger à la rentrée vers une actualité des plus denses. D’abord un concert à la Fête de l’Huma, puis deux grands lives lors des mobilisations du 3 octobre prochain – Nos Sourires Font Désordre au Kilowatt, et la mobilisation contre les pesticides – suivi de la sortie de leur prochain morceau en l’honneur de la Carte Vitale, « notre trésor national »

Avant tout cela, on a voulu prendre quelques nouvelles du groupe, de ses combats actuels et à venir, et en profiter pour avoir un petit teasing de ce qui se passera sur scène. Et ça promet.


 

  • Comment allez-vous, dans ce contexte particulier d’un été caniculaire ?

 

Eva Charron : Cet été, même s’il est écologiquement catastrophique, c’est un peu la dernière respiration avant la grande bataille de 2027. Personnellement, avec les incendies, les canicules, l’extrême droite en France et les mauvaises nouvelles partout dans le monde, je suis obligée de me couper des news pour prendre soin de moi, des gens que j'aime, me ressourcer et me nourrir de joie. Sinon, je me sens écrasée. 

Avec d'autres dans le collectif, on sent ce tournant. Ça fait des années que l'on alerte sur le changement climatique et l’urgence écologique. Et là, les gens le vivent dans leur chair de manière très concrète sur une très courte période. C’est quand même d'une violence inouïe. Ça nous fait réfléchir à la manière dont on organise nos concerts, et ces moments de transition où l’on parle d’agriculture, des pesticides qui génèrent des cancers. 

Il faut savoir donner de l’information sans désespérer tout le monde. Au milieu de toutes ces nouvelles écrasantes, c'est plus dur de le faire, de retrouver l'énergie que l’on promeut, c’est-à-dire la joie. Mais on y va le plus possible et les gens continuent de sortir de nos concerts galvanisés. 

 

  • Peux-tu décrire ce qu’il se passe lors de vos concerts ? 

 

On commence par amener le public dans notre univers, très second degré et critique. On lance « la danse des milliardaires », qui interpelle tout de suite, puis viennent nos chansons politiques, comme « On veut du fret ferroviaire », avec à chaque fois un lien vers l’actualité, les actions possibles.

Notre concert est un vrai cheminement politique pour quelqu'un qui ne serait pas forcément politisé

 

Par exemple, l’actu contre l’A69, c’est qu’ils viennent de valider le projet. Lors de notre chanson « Tu remballes ton autoroute », on dit que la lutte continue, de suivre tel réseau. On insiste sur l’énorme répression qu’il y a eu, tout en précisant en disant qu’elle est globale, et qu’elle touche depuis longtemps et d’abord les personnes non-blanches des quartiers populaires. 

Ça nous lance pour « À Bas l'État policier », une chanson de lutte dont on a modifié les paroles pour l’adapter à la loi dite « Permis de tuer ». On la termine par : « On sera toujours là pour flinguer votre loi permis de tuer », et on invite à rejoindre la grosse mob’ du 19 septembre. Notre concert est un vrai cheminement politique pour quelqu'un qui ne serait pas forcément politisé.

 

  • Au-delà d’un rôle de transmission d'informations, vous assumez aussi un rôle de mobilisation populaire.

 

On a des parties qui ressemblent à un début de manif’. Par exemple, avec « Moins de roundup dans la terre », on s’adresse d’abord au public : « Si on est ensemble dans la rue aujourd'hui, c'est pour défendre les agriculteurs, les agricultrices, qui sont les premiers concernés, qui se mangent des pesticides à longueur de journée. La loi Duplomb 2 réintroduit deux pesticides hyper dangereux pour eux au niveau cancer, et bien sûr pour nous ».

Ensuite on propose un slogan. « Vous allez le répéter avec nous. » Et ça part en teuf de manif. Quand on fait ça, il y a aussi bien une info transmise qu’un appel à lutter de manière festive ensemble. Il faut que ça soit court, impactant, entraînant. 

Pour lancer notre reprise de « La jeunesse envers le Front National », ça donne : « Est-ce que vous en avez marre qu’on accuse l’immigration de tout au de parler des responsables du réchauffement climatique ? » « Ouais ! » « Vous en avez marre qu'on me parle de ça au lieu de la canicule ? » « Ouais ! » « OK, cette chanson-là, c'est le moment de cracher toute votre rage, et votre colère. » 

 

  • Comment vous sentez-vous sur scène dans ce genre de moments ? 

 

En général, le public répond très bien, notamment cette partie du set. Les gens ont vraiment envie de se lâcher, de crier ensemble. Quand le public te redonne ton énergie comme ça, tu es comme portée, c'est hyper fluide. Alors on se sent bien. Parce que c’est aussi un exutoire de notre côté.

Les gens viennent souvent nous dire qu'on leur redonne de l'énergie pour 2027

 

Ce qu'on partage au public nous fait aussi rager. Le gueuler avec les gens, c'est comme en manif’ : tu n’es plus tout seule, mais avec des milliers de personnes hyper d'accord. Tu as un sentiment de puissance : « rien n'est joué d’avance, regardez-vous, on est ensemble, on ne va rien lâcher ». Ça fait vraiment du bien.

En ce moment, après les concerts, les gens viennent souvent nous dire que ça leur redonne de l'énergie pour 2027. Parce qu'ils se sentent eux aussi souvent seuls, assommés. Ça les rebooste. 

 

  • Est-ce plus difficile à certains endroits qu'à d'autres ?

 

Dernièrement, on a joué dans une région où l'extrême droite est passée aux dernières Municipales. Les jeunes qui organisent ce festival, très généraliste, veulent lutter le plus possible par la culture, en rassemblant le plus largement. Pour eux, « La Jeunesse emmerde le Front National » allait bloquer certaines personnes par la forme, et ils nous ont demandé d'amener le sujet différemment. 

On a donc fait une sorte de liste, façon slogan, de tout ce que le RN a voté récemment : « Supprimer les pesticides, le RN a voté contre. Rénover les logements, le RN a voté contre. La retraite à 60 ans, le RN a voté contre ». La chanson était assez entraînante, donnait envie de faire une petite ronde, avec la répétition de « Le RN a voté contre ». C'était moins frontal, très factuel et ça a bien marché. 

C'est une réflexion que l’on va garder pour l'année qui vient, pour amener ces sujets vers des publics mixtes politiquement, et que ça reste très juste dans le propos.

 

Planète Boum Boum @Rachel Dano

 

  • Qu'avez-vous prévu pour votre performance à vélo au festival Cabaret Vert ?

 

C’est une surprise ! L'idée, c'est vraiment de faire une déambulation festive à vélo, avec des questions-réponses avec le public. Les gens vont se demander ce que c'est que ce joyeux ovni un peu bazar. Ce sera aussi assez familial, dans l’esprit de ce qu’on fait souvent avec Planète Boum Boum Kids, nos ateliers pour initier les enfants à ce qu’est une manif, à quoi ça sert, comment créer des slogans

Globalement, nos chansons marquent beaucoup les enfants, parce qu'elles sont répétitives et donnent envie de bouger. On poussera ça pour que ce soit praticable sur des vélos. Et lors des arrêts en ville, on imagine des mini fêtes avec toutes les personnes qui seront là, et ensuite, tout le monde reprend son vélo et repart. J’ai hâte ! 

 

  • Le vélo pour vous, c’est aussi un moyen de tourner. Qu’est-ce que ça change dans votre manière d’aborder les concerts ? 

 

C'est vraiment un autre rapport géographique et à la temporalité. Dans le collectif, Lulu fait plusieurs dates à vélo cet été. Avec parfois des trajets costauds, comme Paris-Nantes en cinq jours en pleine canicule. Là, elle fera Paris-Strasbourg, avant de rejoindre le Cabaret Vert en train pour ensuite revenir à Paris à vélo. 

Et elle raconte bien que le voyage fait partie de l’aventure concert, et ce dès qu’ elle part de chez elle. C'est toute une expérience qu'elle vit du début à la fin. Elle arrive souvent un peu avant, elle rencontre tout le monde. Elle est plus connectée à l’événement et aux gens que nous. Quand on arrive en train, on est davantage propulsé d'un bout à l'autre. C'est plus dur de se mettre dedans, de faire du lien. Et parfois il faut repartir le lendemain, même si on essaie au maximum de rester plusieurs jours sur place.

À l’avenir, on aimerait beaucoup associer nos dates à l’organisation d’ateliers de formation à l'animation festive de manif’ et d'actions militantes, et diffuser le Kit Boum Boum qu’on a créé avec des beats techno-électro simples pour poser des slogans dessus (également disponible sous ce lien, ndlr.). 

Parce qu’au-delà du concert, on veut créer ces liens entre publics, collectifs et syndicats, contribuer à ce que quelque chose germe sur le territoire. Au final, que notre venue donne aux gens plus de pouvoir pour agir ensemble.  

Relevez le défi « Rejoins-nous pour la Vélorution du Festival Cabaret Vert » sur Diffuz, by Macif. Et devenez même bénévole au Cabaret Vert grâce à Diffuz, by Macif. 

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