Lait infantile contaminé : les associations se mobilisent
Depuis la fin de l’année 2025, certains lots de lait infantile sont soupçonnés de contenir une substance toxique, susceptible de provoquer divers symptômes chez les nourrissons. Des organisations comme Foodwatch, l’Association pour la santé des enfants (APS-enfants) et Intox’Alim accompagnent les familles concernées. Elles ont chacune déposé plainte.
Devenir parents. Choisir avec soin le lait de son bébé acheté en pharmacie ou en grande surface. Voir apparaître quelques heures plus tard des symptômes qui comprennent fièvre, diarrhées, vomissements et/ou douleurs abdominales.
Parmi les causes possibles de ces troubles soudains, la présence de céréulide dans certains lots de laits infantiles qui a entraîné de nombreux rappels depuis la fin de l’année 2025. Parmi les produits rappelés, des laits proposés par Nestlé, Danone, Lactalis, Babybio et La Marque en moins. La substance incriminée provoque des symptômes passagers pour des personnes en bonne santé mais peut engendrer des complications plus graves chez les nourrissons et les personnes fragiles.
Des associations de défense des consommateurs comme Foodwatch se mobilisent en faveur des victimes. Sur son site, l’association déplore le caractère « tardif » de ces rappels. Elle affirme « que les lots de laits infantiles rappelés sont en réalité sur le marché depuis de longs mois : janvier 2025 pour les laits Picot de Lactalis, mai 2025 pour le Guigoz de Nestlé ou encore septembre 2025 pour le Babybio, mai 2025 pour le Gallia et début juin 2025 pour le Blédilait de Danone. »
« L’une des conséquences des retards dans les rappels est que la plupart des parents n’étaient pas informés et se sont débarrassés des boîtes », détaille Foodwatch. L’organisation critique également les consignes diffusées lors des rappels (notamment via RappelConso) qui, selon elle, invitaient les consommateurs à jeter ou détruire les produits. Or, « la présence de la bactérie ou de la toxine chez le bébé doit être recherchée très rapidement dès l’apparition des symptômes et de la suspicion du lien avec les produits rappelés. Elle peut être trouvée ultérieurement en testant la poudre de lait. »
Des « responsabilités nationales et systémiques »
« Les réglementations sont fortes et ont pour but de protéger les consommateurs. En l’espèce, il y a eu de graves manquements, en tout cas c’est l’analyse qu’on en fait », affirme Ingrid Kragl, la directrice de l’information de Foodwatch. L’association a établi une chronologie des faits. On y apprend, grâce aux informations du Monde, que le Suisse Nestlé avait détecté la toxine céréulide dès novembre. « La multinationale aurait attendu ''une analyse de risque de santé'' avant de prévenir les autorités des semaines plus tard. »
« Notre action a été prise très au sérieux par la procureure du Tribunal judiciaire de Paris qui a directement lancé une enquête préliminaire », précise Ingrid Kragl.
De son côté, l’Association pour la santé des enfants (APS-enfants) a également déposé trois plaintes contre X auprès des parquets de Paris, Bordeaux et Angers. Celle enregistrée à Paris concerne les « responsabilités nationales et systémiques ». En revanche, celles déposées à Angers et Bordeaux visent de potentielles qualifications d’homicides involontaires et de blessures involontaires après des décès de nourrissons. À ce stade, aucun lien de causalité n'est établi par les autorités sanitaires ou judiciaires entre la contamination présumée et les décès.
Les réglementations sont fortes et ont pour but de protéger les consommateurs. En l’espèce, il y a eu de graves manquements, en tout cas c’est l’analyse qu’on en fait ", Ingrid Kragl, la directrice de l'information de Foodwatch.
« De très nombreux signalements de parents décrivant les mêmes symptômes »
Dans cette affaire, Quentin Guillemain, le président d’APS-enfants estime qu’il y a eu « une volonté de réduire l’impact sur les industriels ». « Si le principe de précaution avait été respecté, l’ensemble de ces produits auraient été retirés dans le doute. Mais cela n’a pas été fait par les entreprises concernées. Dans ce cadre, c’était à l’État d'imposer les rappels de ces lots pour protéger les enfants », explique-t-il.
« Les intérêts économiques des industriels ont été privilégiés, cela au détriment de la santé des enfants », assène le représentant de l’association.
Si le principe de précaution avait été respecté, l’ensemble de ces produits auraient été retirés dans le doute. Mais cela n’a pas été fait par les entreprises concernées. Dans ce cadre, c’était à l’État d'imposer les rappels de ces lots pour protéger les enfants ", Quentin Guillemain - président d'APS-enfants.
Quant au collectif Intox’alim qui accompagne des victimes d’intoxications alimentaires, il « dépose plainte aux côtés de 24 familles contre X pour mise en danger délibérée, maintien des denrées dangereuses, blessures involontaires, mais aussi contre l’État pour entrave à la manifestation de la vérité ». « Intox’alim a reçu de très nombreux signalements de parents décrivant les mêmes symptômes, les mêmes troubles, les mêmes inquiétudes… et [...] y compris pour des laits qui, à ce jour, ne figurent pas dans les listes de rappels officiels », peut-on également lire sur le compte Linkedin de l’organisation.
Pour le moment, les produits qui font l’objet de ces retraits-rappels sont visibles sur le site RappelConso.
Léanna Voegeli 