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Par Carenews INFO - Publié le 18 février 2026 - 14:32 - Mise à jour le 18 février 2026 - 15:12 - Ecrit par : Célia Szymczak
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L’ANTISÈCHE - Au fait, c’est quoi la Sécurité sociale de l’alimentation ?

La Sécurité sociale de l’alimentation, ou SSA, est une proposition politique visant à répondre aux enjeux sociaux et environnementaux liés à l’agriculture et à l’alimentation. Le principe est de fournir à tous les foyers une somme mensuelle, qu’ils pourraient dépenser dans des points de vente sélectionnés démocratiquement et localement. Des expérimentations inspirées du concept sont nées en France ces dernières années.

Chaque semaine, la rédaction explique un terme ou un concept lié aux questions d'engagement social et environnemental. Crédit : Carenews.
Chaque semaine, la rédaction explique un terme ou un concept lié aux questions d'engagement social et environnemental. Crédit : Carenews.

 

 

Favoriser l'accès de tous et toutes à une alimentation de qualité en quantité suffisante, rendre les systèmes agricoles plus durables et assurer une rémunération correcte des agriculteurs. Une mission pour le moins ambitieuse, que pourrait remplir la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA) selon ses promoteurs. Elle se veut être une réponse « conjointe et simultanée » aux problématiques sociales et environnementales liées à l’alimentation, selon le collectif national portant cette idée.  

Le principe : tous les citoyens recevraient chaque mois 150 euros, pour acheter des produits alimentaires dans des points de vente sélectionnés collectivement, de façon démocratique et au niveau local. Le financement reposerait sur une nouvelle cotisation sociale. Les défenseurs de la SSA souhaitent « que la bonne alimentation ne soit plus un privilège, en faisant face aux barrières économiques, sociales et culturelles », résume Pauline Scherer, sociologue, spécialiste du sujet.  

« Cette idée politique est née autour des années 2010, à partir d’une coopération entre des militants, le monde paysan, de la solidarité et de la recherche », indique la chercheuse. Le collectif national Pour une SSA naît en 2019. « Depuis cinq ans, l’idée a été reprise par de nombreux acteurs » qui ont mis en place des expérimentations locales, détaille-t-elle. Il en existe au moins 105 en France, sous des formes diverses, selon une étude publiée en novembre 2025. Pauline Scherer fait partie des personnes à l’origine de l’une d’entre elles, lancée en 2021 à Montpellier.  

Un budget alimentaire supplémentaire  

 

L’un des objectifs est de contribuer à la lutte contre la précarité alimentaire : selon une enquête du Crédoc menée en 2024, 16 % de la population se déclare obligée de s’imposer des restrictions sur l’alimentation. 7 % se voit même contrainte de réduire le nombre de repas par manque de moyens toutes les semaines ou presque.  

La SSA ayant vocation à s’adresser à tous, pas seulement aux ménages en difficulté, elle évite en théorie à ceux qui en bénéficient de se sentir stigmatisés. Actuellement, la moitié des personnes en situation de précarité alimentaire n’ont pas recours aux aides, observait le Crédoc en 2023. Pour 35 % d’entre elles, cela s’explique par sentiment de gêne ou de honte.   

À Montpellier, grâce à des cotisations déterminées librement par les participants et des financements publics, les bénéficiaires ont reçu 100 euros mensuels pour une personne seule, 150 euros pour deux personnes, 180 euros pour trois et 220 euros pour quatre. « Réserver un budget alimentaire fait baisser la précarité. Car on rogne en permanence sur l’alimentation, par rapport à d’autres dépenses contraintes, comme le loyer », observe Pauline Scherer à partir des résultats de l’expérimentation. 

 


Lire également : Sécurité sociale de l’alimentation : quels premiers retours pour l’expérimentation de Montpellier ? 


 

Lutter contre la stigmatisation  

 

La précarité alimentaire ne se résume pas à la quantité. Il s’agit aussi d’avoir accès à une alimentation choisie, saine, de qualité et durable. À Montpellier, les participants peuvent utiliser la somme librement dans les points de ventes sélectionnés, notamment des magasins bios et des producteurs présents sur des marchés : les choix ne sont donc contraints que dans une certaine mesure. La consommation de fruits et légumes, de produits issus de l’agriculture biologique et « de qualité supérieure » a augmenté parmi les ménages modestes. Les ménages plus aisés participants, eux, sont plutôt « militants » et déjà engagés sur ces questions, avec des pratiques considérées comme plus durables et meilleures pour la santé. Moins de changements notables ont donc été identifiés.  

Autre point positif : « une réduction de l’incertitude et du stress » ressentie par les personnes rencontrant des difficultés à s’alimenter suffisamment ou correctement, note Pauline Scherer. De plus, « toute la dimension sociale peut se recréer autour de l’alimentation : une dame âgée a pu inviter ses enfants à manger, d’autres participants ont pu accepter l’invitation de leurs voisins », salue-t-elle.   

« Certaines personnes qui auraient pu entrer dans le dispositif ne l’ont pas fait, le coût d’entrée étant un peu élevé », tempère cependant la sociologue, en s’appuyant toujours sur le cas de Montpellier.  ELle fait référence à l'effort de compréhension nécessaire, par exemple, ou à la démarche d'inscription.


Lire également : « J’ai retrouvé la force et l’espoir que j’avais avant » : à Montreuil, une expérimentation de lutte contre l’insécurité alimentaire 


 

Un besoin d’investissement plus important 

 

En outre, les promoteurs de la SSA souhaitent contribuer à la transformation durable des systèmes agricoles et alimentaires, alors que 18 % des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté, selon l’Insee, et que les pouvoirs publics dépensent des milliards d’euros pour réparer les dégâts écologiques et sanitaires liés à la production alimentaire, selon un rapport d’ONG datant de septembre 2024. « Cela justifie également l’universalité », le fait que tous les ménages, y compris les plus aisés, puissent bénéficier de la SSA, explique Pauline Scherer. En versant une certaine somme à tous les foyers chaque mois, beaucoup d’argent pourrait potentiellement être orienté pour soutenir des acteurs aux pratiques plus responsables.  

Le choix des acteurs conventionnés dépendrait bien sûr de ce que décident les citoyens. Ainsi, dans l’absolu, les groupes locaux pourraient décider d’ouvrir le conventionnement à n’importe quel acteur, y compris aux grandes surfaces par exemple. Dans les expérimentations actuelles, ce ne sont pas les tendances observées, souligne Pauline Scherer, qui fait valoir que « des personnes éloignées des réseaux écologistes et militants, de toutes les classes sociales, partagent le souhait du bien manger ». Des sessions de formation collective ont souvent lieu pour mieux comprendre les enjeux : c’est le cas à Montpellier, avec des interventions de professionnels et la « mise en commun des savoirs des habitants ».  

« Mais la production d’acteurs aux pratiques alternatives serait insuffisante si on augmentait considérablement le nombre de participants » à des initiatives de la sorte, appuie la sociologue. « La SSA, c’est un projet au long cours. Il faut de l’investissement dans la transition des systèmes alimentaires. L’histoire de la Sécurité sociale, ce n’est pas seulement la carte vitale, c’est aussi de l’investissement dans les infrastructures pour permettre aux soins d’avoir lieu », illustre-t-elle.  

 


Lire également : Quelle agriculture pour demain ? Entretien avec Cédric Rabany, auteur de « Lost in transition agroécologique » 


 

Une idée utopique ?  

 

Le choix de mettre en place une SSA à l’échelle nationale aurait un coût significatif : au moins 120 milliards d’euros par an pour financer les versements mensuels, selon les calculs du collectif Pour une SSA.  

Sur les modalités de financement, « le débat reste complètement ouvert », insiste Pauline Scherer. Cotisations patronales ou salariales au moins en partie, contribution plus importante des plus fortunés... beaucoup d’options existent. Quant à l’acceptabilité sociale, la sociologue refuse de considérer le concept comme utopique. Elle nuance l’idée selon laquelle « les gens seraient fondamentalement contre l’impôt, ce qui est aussi un discours politique. Ils sont plutôt d’accord s’ils ont confiance dans le système et dans l’utilité de la manière dont l’argent est dépensé ».    

 

Célia Szymczak 

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