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Par Carenews INFO - Publié le 12 juin 2024 - 17:31 - Mise à jour le 9 juillet 2024 - 15:58 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Le mobilier urbain excluant dénoncé par l’association La Cloche et la Fondation Abbé Pierre

Lors d’une conférence de presse déambulatoire organisée dans les rues de Paris, les bénévoles de l’association La Cloche ont détourné certains mobiliers d’aménagement urbains pour mieux les dénoncer.

Les membres de l'association La Cloche détournent un banc séparé en deux sièges en une table de ping-pong. Crédits : Elisabeth Crépin-Leblond
Les membres de l'association La Cloche détournent un banc séparé en deux sièges en une table de ping-pong. Crédits : Elisabeth Crépin-Leblond

 

Des grands vases à fleurs en béton installés dans des recoins de rue, des bancs où il n’est pas possible de s’allonger, des pics qui empêchent de s’asseoir sur le bord du trottoir... Ces éléments passent inaperçus aux yeux de nombreux passants pressés, mais pour certains, ils représentent un vrai fléau.  

Pour faire passer ce message et sensibiliser l’opinion publique au mobilier urbain excluant, l’association La Cloche épaulée de la Fondation Abbé Pierre a organisé mercredi 5 juin une conférence de presse déambulatoire et humoristique dans les rues de Paris. L’idée : utiliser le thème des Jeux olympiques pour mettre en lumière les aménagements dénoncés.  

 

LA CLOCHE
Un bénévole de la Cloche prétend jouer au golfe avec des boules installées pour empêcher les personnes de s'installer sur le trottoir. Crédits : Elisabeth Crépin-Leblond

 

 

Sans-abris, femmes enceintes, personnes en situation de handicap...

 

« J’ai été à la rue pendant plusieurs mois. À ce moment, je me suis rendu compte que ce type de mobilier n’était pas là pour décorer mais pour éviter que certaines personnes soient visibles », témoigne Patrice, bénévole à la Cloche depuis 3 ans. Pour lui, ce mobilier se reconnaît plus aisément car, en plus d’empêcher les personnes de s’installer dans l’espace public, il est scellé de manière pérenne dans le béton.  

À Paris, la mairie s’est engagée à ne pas installer davantage de mobiliers excluants, mais une partie d’entre eux est mise en place par des entreprises, des commerces ou des copropriétés d’habitation

Pour la Cloche, qui œuvre contre l’exclusion des personnes en situation de précarité et accompagne des lieux dans leur démarche inclusive, il est donc essentiel d’informer la société civile sur ces enjeux. Deux campagnes sur les réseaux sociaux ont été lancées à partir des hashtags #stopmobilierexcluant et #soyonshumains. 

« Le mobilier excluant empêche les personnes dans le besoin de se reposer mais pas seulement. Il est aussi handicapant pour les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes en situation de handicap », dénonce Bruno, également bénévole à la Cloche.   

 


À lire aussi : L’ESS, acteur clé de l’urbanisme inclusif sur le territoire du Grand Paris 


 

 

Un projet pour des assises publiques inclusives 

 

« Il n’y a pas un mobilier mais des mobiliers incluant », renchérit Samuel, membre de l’association Des cris des villes, qui s’est donné pour mission « d’accompagner l’esprit critique sur les formes de domination liées à l’espace ».  

Avec La Cloche et le studio d’architecture sociale Studare, Des cris des villes a participé à l’expérimentation « Assises inclusives », dans le 11ème arrondissement de Paris. Durant 20 ateliers, le projet a réuni les différents habitants d’un quartier, dont des commerçants, des écoliers et des personnes en situation d’exclusions sociale, pour qu’ils élaborent leurs assises idéales.  

Le résultat a été éclairant. Des sièges publics différents ont été imaginés selon l’âge, la situation et les capacités physiques des participants. « Une ville inclusive est l’inverse d’une ville aseptisée avec un unique mobilier répété partout », en conclut Samuel. 

 

la cloche
Sous l'abribus, le banc a une barre pour empêcher une personne de s'allonger. Crédits : Elisabeth Crépin-Leblond

 

 

Une exclusion aussi invisible 

 

L’exclusion est parfois invisible et entrainée par la suppression de l’aménagement urbain existant, appuie quant à elle Mathilde Finon, responsable des actions de la Cloche à Paris. Les membres de l’association citent par exemple le retrait de bancs, de toilettes publiques, ou de auvents pour protéger de la pluie à l’entrée des gares, sans raison apparente particulière. 

« À l’approche des Jeux olympiques, certains mobiliers excluants visibles ont disparu mais sans être remplacés par du mobilier inclusif », note Mathilde Finon. D’autres mobiliers défensifs ont été mis en place, par exemple sous le pont Charles de Gaulle où des évacuations de personnes sans-abris ont eu lieu en février. Dans certains parkings, des lumières ou des mécanismes bruyants sont installés pour décourager toute personne de s’installer ou se reposer. 

« Le problème est que, si on ne se rend pas compte, on n’agit pas », se désole la responsable de Paris. Pour l’association, présente dans 10 villes et 11 régions de France, l’enjeu est d’alerter le public puis les pouvoirs publics pour travailler sur le vivre-ensemble et créer du lien dans les villes. 

« Il faut en finir avec ces dispositifs », juge de son côté Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, également présent durant la conférence de presse. 

La fondation invite l’ensemble de la société à se saisir de ces questions et organise en novembre prochain la troisième édition de sa « cérémonie des pics d’or », afin de dénoncer les pires dispositifs mis en place contre les sans-abris en France et à l’étranger.

 

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Des pics installés devant un bâtiment pour éviter que des sans-abris ne s'installent sous le auvent. Crédits : Elisabeth Crépin-Leblond

 

 

Élisabeth Crépin-Leblond

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