Les associations, piliers de la démocratie aux yeux des Français, selon Destin commun
Une étude du think tank Destin commun montre que les Français font largement confiance aux associations et estiment qu’elles jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement de la démocratie. Tout en reconnaissant leur dimension militante et politique, ils leur demandent néanmoins une forme de neutralité vis-à-vis des partis politiques.
« Les Français considèrent les associations comme des piliers de la démocratie », se félicite Laurence de Nervaux, directrice générale de Destin commun. 74 % d’entre estiment en effet que les associations jouent un rôle important pour faire vivre la démocratie au quotidien et 83 % estiment qu’elles sont efficaces pour améliorer la vie des gens, selon l’étude « Pays d’associations. Des maillons démocratiques sous tension » publiée par le think tank au début du mois d’octobre. L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 2 300 personnes de 18 ans et plus, représentatif de la société française. Elle a été complétée par des entretiens qualitatifs.
Les associations figurent même parmi les acteurs de la vie publique et de la société auxquels les Français font le plus confiance. Ainsi, 81 % des sondés disent faire confiance aux associations locales et 66 % aux associations nationales. Pour comparaison, les médecins et le personnel médical obtiennent la confiance de 91 % des Français, les enseignants de 80 % d’entre eux, mais les journalistes de seulement 48 %, les syndicats de 44 %, les députés et sénateurs de 36 % et les influenceurs de 10 % des sondés.
Même si la confiance des citoyens est forte envers les associations, elle varie en fonction de la proximité politique. Les personnes se disant proches du Rassemblement national (RN) sont celles qui s’en méfient le plus. Elles ne sont que 49 % à faire confiance aux associations nationales, mais 69 % aux associations locales. « La critique vise plutôt les grandes structures nationales, perçues comme plus éloignées du terrain et parfois trop proches des institutions politiques. Cette défiance est fortement alimentée par le souvenir persistant de scandales associatifs pourtant très anciens (1996 pour le cas de l’Arc) », souligne l’étude.
53 % des Français sont ou ont été bénévoles dans une association
L’enquête s’intéresse aussi à la pratique du bénévolat. Selon elle, 53 % des Français sont ou ont été bénévoles dans une association. « La pratique du bénévolat est très répartie dans l’ensemble de la population, quels que soient la classe d’âge ou le niveau de difficulté financière », souligne Laurence de Nervaux. Ainsi, 60 % des 18-24 ans sont ou ont été bénévoles, de même que 56 % des 25-34 ans et 59 % des 65 ans et plus. Les tranches d’âge situées entre 35 et 65 ans, « plus contraintes par les obligations professionnelles et familiales », selon Laurence de Nervaux, sont moins souvent bénévoles.
« Une tendance importante se dégage, c’est que ceux qui sont ou ont été bénévoles sont plus attachés à la démocratie et ont un “capital démocratique” plus élevé que les autres », note aussi la directrice générale de Destin commun. Ainsi, 96 % des personnes qui sont ou ont été bénévoles considèrent qu’il est important de vivre en démocratie, contre 92 % de ceux qui ne l’ont jamais été.
Interrogés sur le(s) rôle(s) que jouent les associations dans la démocratie française, 53 % des sondés estiment qu’elles créent du lien social et renforcent la cohésion entre les citoyens ; 38 % qu’elles alertent sur des problèmes ignorés par les pouvoirs publics ; 32 % qu’elles font vivre certaines causes ou valeurs dans le débat public.
La perception d’une fragilisation des structures
L’enquête souligne toutefois également la fragilisation des associations. Le principal risque identifié est la baisse de leurs financements et subventions publiques (pour 50 % des sondés), suivie par les difficultés à recruter des bénévoles et militants (41 %) et « les campagnes de désinformation ou de harcèlement sur les réseaux sociaux et dans certains médias » (28 %).
« En fait, il y a de moins en moins de contrats passés entre les financeurs et les associations. On renouvelle tous les ans, donc on fragilise les associations en remettant en cause tous les ans les subventions. On les tient en disant : “Un jour, je te finance, un jour peut-être pas”, en fonction des couleurs politiques », souligne ainsi Armand, 55 ans, qui habite à Paris et est sympathisant du Parti socialiste, interrogé dans le cadre des entretiens qualitatifs menés par Destin commun.
« Je pense qu’on manque de bénévoles. On ne peut pas dire que les Français ne s’engagent plus. C’est une forme différente d’engagement. Et comme beaucoup d’associations vont fonctionner en-dehors du temps d’activité professionnelle, et qu’il y a moins de monde, parfois elles peuvent être en péril. Je fais aussi partie de ceux qui ne vont peut-être pas avoir envie de donner leur temps », indique également Jules, 29 ans, habitant en Moselle et proche des Républicains.
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Une demande de neutralité politique
Quelle que soit leur sensibilité politique, les sondés se disent favorables (à 75 % en moyenne) à mieux associer la société civile aux décisions politiques. Ils reconnaissent le caractère militant des associations, mais leur demandent néanmoins une forme de neutralité vis-à-vis des différents partis politiques.
L’étude revient notamment sur le cas de Colombe, cette militante du RN qui avait été interviewée par TF1 à la sortie d’un meeting du parti à Perpignan et avait indiqué qu’elle était bénévole aux Restos du cœur depuis trente ans. L’association avait alors choisi de l’écarter « au motif que les bénévoles ne doivent pas associer l’image des Restos avec leurs convictions politiques », rappelle l’étude. L’histoire avait circulé sur les réseaux sociaux et la « stigmatisation » de Colombe avait choqué une partie de l’opinion.
« La persistance de la mémoire de cet épisode est révélatrice : elle cristallise le sentiment que certaines associations pourraient conditionner l’appartenance à leur collectif à l’adhésion à certaines opinions politiques, souligne l’étude. Dans un contexte de polarisation, ce type de perception peut nourrir la défiance envers le monde associatif et renforcer l’idée, déjà présente chez une partie des proches du RN, que certaines associations appartiendraient à un camp politique adverse qui tenterait de les exclure de tous les espaces d’action citoyens et d’engagement public. »
« La réalité du terrain, c’est que beaucoup de bénévoles d’associations votent pour le RN, ce qui crée un malaise », observe Laurence de Nervaux. « Pour être fidèles à leurs différents rôles démocratiques, nombre d’associations françaises s’initient ainsi aujourd’hui à un jeu d’équilibriste entre la défense de leurs valeurs fondamentales et l’accueil fraternel de personnes ayant des opinions politiques très diverses », note l’étude.
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Camille Dorival ![]()