Les Rencontres pour la planète, un speed-dating entre associations environnementales et mécènes
Les 6 et 7 octobre, le fonds de dotation 1 % for the planet France organisait ses Rencontres pour la planète, un événement annuel qui réunit associations environnementales et mécènes autour d'un objectif commun : financer des projets à impact. Cette année, 40 associations ont présenté leurs actions devant 35 structures mécènes et 1,7 million d'euros ont été collectés en deux jours.
« On n’est jamais trop petits pour faire la différence ! » Ce 7 octobre, Marie-France Barrier, la fondatrice et directrice de Des enfants et des arbres, brandit ce slogan pour présenter l’action de son association devant un parterre d’environ 200 personnes, composé de représentants d’autres associations environnementales et de mécènes engagés auprès du fonds de dotation 1 % for the planet France.
Ce jour-là et la veille, ont lieu les Rencontres pour la planète, un événement organisé chaque année par le 1 %. L’objectif : permettre à des associations et des mécènes de se rencontrer, pour que les premières présentent leurs projets et que les seconds leur attribuent des financements. L’événement est ponctué de moments conviviaux qui leur permettent de mieux se connaître et de créer des liens.
« Chaque année, nous sélectionnons une quarantaine d’associations portant des projets environnementaux à impact qui viennent faire leur pitch devant les mécènes », explique Isabelle Susini, directrice du 1 % for the planet France. En 2026, ces associations sont réparties entre sept thématiques d’action, qui peuvent varier d’une année à l’autre : « agriculture et sols vivants », « santé environnementale », « climat et démocratie », « transition écologique », « jeunesse mobilisée », « vie sauvage » et « rivières et océans ».
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Planter des arbres avec des agriculteurs
Sélectionnée dans la catégorie « jeunesse mobilisée », la directrice de Des enfants et des arbres explique son action. Géographe de formation, ancienne réalisatrice de films documentaires, elle a créé l’association en 2020 pour « former une relève citoyenne » et « permettre à la jeune génération d’être actrice de la transition agroécologique », raconte-t-elle.
Concrètement, l’association permet à des élèves et leurs enseignants de replanter des haies et des arbres avec des agriculteurs, dans le but notamment d’améliorer la santé des sols, de lutter contre l’érosion et de faire renaître la biodiversité. « D’abord, l’enseignant explique la démarche aux enfants grâce à des outils pédagogiques que nous lui fournissons. Puis l’agriculteur vient voir les enfants en classe à l’automne. En hiver, les enfants et l’enseignant viennent l’aider à planter, détaille Marie-France Barrier. Les classes reviennent au printemps pour voir les arbres en bourgeon. » Le projet est accompagné par des techniciens spécialistes des haies, qui discutent avec l’agriculteur des arbres pertinents à planter en fonction des caractéristiques du sol ou des cultures qu’il a développées.
« Chaque enfant plante une dizaine d’arbres, note Marie-France Barrier. Cela leur donne confiance en eux et en leur capacité d’agir. Cela leur permet aussi de créer un lien très fort avec un agriculteur de leur territoire. Celui-ci devient un peu la star du village auprès des enfants, qui viennent souvent prendre des nouvelles. Par ailleurs, les agriculteurs impliqués se sentent une forme d’engagement moral vis-à-vis de ces enfants, qui fait que, par la suite, ils veillent à bien entretenir les haies qu’ils ont plantées avec eux. »
Depuis six ans, l’association a ainsi permis à plus de 26 000 enfants de planter des arbres avec 260 agriculteurs, dans 78 départements français. Pour amplifier son action, elle demande aux mécènes présents un soutien à hauteur de 50 000 euros, pour continuer à produire des outils pédagogiques, à faire venir les agriculteurs en classe, ou encore à financer les bus scolaires et les interventions des experts agroforestiers.
Développer des écoquartiers en milieu rural
L’association Hameaux légers, elle, a été sélectionnée dans la catégorie « transition écologique ». Comme l’explique Sévak Kulinkian, l’un de ses cofondateurs, « c’est souvent très compliqué de se loger en milieu rural, avec des habitations souvent trop grandes, ou trop éloignées des autres habitations. Par ailleurs, de manière générale, se loger est cher et a un lourd impact écologique. » Face à ces constats, et avec le soutien de mairies qui souhaitent proposer des solutions à leurs administrés mais aussi lutter contre la spéculation foncière et l’artificialisation des sols, l’association propose des solutions d’habitat « à la fois économiques, écologiques et sociales », souligne Sévak Kulinkian.
Cela se traduit par la création d’écoquartiers de 4 à 15 logements, construits « sans béton et avec une très faible empreinte carbone », de petite taille, avec des espaces communs mutualisés. Ces « hameaux » prennent naissance sur des terrains appartenant à la commune, mis en location via des baux emphytéotiques de très longue durée, pour un coût réduit pour les locataires. Il s’agit aussi de lieux de vie participatifs, encourageant la coopération et la solidarité entre les habitants.
32 projets de « hameaux légers » ont déjà été lancés par l’association, dont 9 sont terminés et habités. « 180 autres communes nous ont sollicités et sont en attente. Pour pouvoir répondre à leur demande et favoriser l’essaimage de ces projets, nous voudrions pouvoir former et outiller des acteurs locaux », indique Sévak Kulinkian aux mécènes.
Dans la même catégorie, « transition écologique », l’association Zero waste France vient quant à elle demander un soutien pour son projet de campagne contre les « pratiques manipulatoires de la fast-consommation, qui génèrent de la surconsommation », qui aura lieu entre janvier et juin 2027. L’association Bouge ton coq, elle, demande 50 000 euros pour pouvoir financer les subventions d’amorçage de 60 épiceries de proximité visant à redonner vie à des villages ruraux de moins de 3 500 habitants.
1,7 million d’euros récoltés en deux jours
Chaque pitch d’association, préparé avec soin avec l’aide de l’équipe du 1 % for the planet, dure quelques minutes. Il est suivi de questions de la salle, qui demande des précisions sur le projet ou sur les financements attendus.
À l’issue des deux journées de pitch, les mécènes se réunissent pour s'accorder sur les montants que chacun souhaite donner et sur les associations auxquelles il veut les attribuer. « Le 1 % complète, pour financer certains projets qui auraient eu moins de succès auprès des mécènes », souligne Isabelle Susini, la directrice du fonds de dotation.
En clôture des rencontres, les montants accordés sont dévoilés. « Cette année, nous sommes très fiers d’annoncer que le montant total collecté sur ces deux jours est de 1,7 million d’euros », déclare Isabelle Susini. Un montant qui se répartit entre trois sources de financement : près de 1,2 million d’euros de promesses de dons de la part des 35 structures mécènes participantes ; 255 000 euros financés directement par le fonds de dotation 1 % pour la planète ; et 293 000 euros apportés par 2 300 donateurs de la société civile, ayant participé aux opérations de crowdfunding qui ont précédé les deux journées, depuis le début du mois de septembre.
« Cela nous donne vraiment confiance »
Chaque association présente se voit signifier les montants qu’elle reçoit. « Ces montants ne sont pas définitifs, car ils seront complétés par des promesses de dons de certains mécènes qui n’ont pas encore décidé quelles structures ils souhaitent soutenir », précise Isabelle Susini aux associations.
Hameaux légers recevra ainsi 38 000 euros de plusieurs mécènes. Zero waste France, plus de 22 000 euros pour sa campagne contre la surconsommation. Quant à Des enfants et des arbres, le projet est l’un de ceux qui ont le plus convaincu les mécènes, avec 107 000 euros récoltés.
Invitée à prendre la parole pendant l’événement, la militante écologiste Camille Etienne tient à remercier les mécènes présents lors des rencontres. « Merci de prendre le temps d’écouter ce que les associations ont à dire. Cela nous donne vraiment confiance », assure-t-elle. « Nous risquons de perdre beaucoup de financements publics en fonction de celui ou celle qui remportera les prochaines élections, et nous devons réussir à nous ouvrir à d’autres types de financements. Votre soutien nous permet de penser au long terme », conclut-elle.
Camille Dorival 