Quand des entreprises consacrent 1 % de leur chiffre d’affaires à la planète
Depuis 2002 aux États-Unis et 2014 en France, l’ONG 1 % for the planet incite les entreprises à reverser 1 % de leur chiffre d’affaires à des associations de protection de l’environnement. Le dispositif a permis de mobiliser plus de 800 millions d’euros dans le monde depuis vingt ans.
« Seuls 7 % des montants de la philanthropie sont dédiés à la protection de l’environnement, alors que nous faisons face à des enjeux immenses dans ce domaine », souligne Isabelle Susini, directrice générale de la branche française de 1 % for the planet.
C’est précisément face à ce constat que l’organisation a été créée en 2002 par l’entrepreneur américain Yvon Chouinard, par ailleurs fondateur de la marque Patagonia. L’objectif : inciter les entreprises à verser 1 % de leur chiffre d’affaires, et ce quel que soit leur résultat d’exploitation, à des associations de protection de l’environnement.
5 000 entreprises membres dans le monde et 900 en france
Depuis, le mouvement s’est largement développé. Au niveau mondial, près de 5 000 entreprises, de toutes tailles, y sont engagées, réparties dans 110 pays. Plus de 823 millions de dollars ont été reversés à des associations environnementales depuis 2002.
La branche française, elle, a été créée en 2014, sous forme de fonds de dotation. Elle compte plus de 900 entreprises membres et a permis de verser 90,2 millions d’euros à des causes environnementales en dix ans, sous forme de dons financiers, dons en nature ou mécénat de compétences. « Nous souhaitons atteindre le chiffre symbolique de 100 millions d’euros cumulés cette année », note Isabelle Susini.
Près de 1 000 associations sont agréées par 1 % for the planet en France et peuvent donc percevoir la philanthropie des entreprises membres. Elles agissent sur quatre thématiques définies par l’organisation, qui couvrent des champs assez larges : les droits à la nature (droits à la terre, transition énergétique, etc.) ; la conservation et la restauration des écosystèmes (marins, d’eau douce ou terrestres) ; les communautés résilientes (adaptation au changement climatique, éducation à l’environnement, etc.) ; et les économies justes (production et consommation responsables, systèmes alimentaires, etc.).
Un gain de temps pour les associations soutenues
Les entreprises membres peuvent choisir de reverser 1 % de l'ensemble de leur chiffre d’affaires, ou 1 % du chiffre d’affaires d’une de leurs marques ou d’une de leurs gammes. Chacune peut choisir les causes ou les associations qu’elle souhaite financer, le plus souvent par du mécénat direct et en créant un lien particulier avec les associations soutenues.
Au-delà de leur permettre de recevoir des fonds, le dispositif a l’avantage pour les associations de réduire le temps qu’elles consacrent à la recherche de financements, leur permettant ainsi de concentrer leurs forces sur leur cœur d’activité. « Sachant que les associations environnementales passent habituellement 10 à 40 % de leur temps à rechercher des fonds », souligne Isabelle Susini.
Des liens étroits entre entreprises membres et associations soutenues
Ainsi, l’entreprise Jöro, qui conçoit et opère des lieux « adaptés aux nouveaux usages urbains » (bureaux opérés, lieux de vie « inspirants », etc.), soutient Cœur de forêt depuis trois ans. Cette association vise à protéger les forêts en associant les communautés concernées et en donnant à chacun le pouvoir d’agir en faveur de leur préservation, en France, mais aussi en Bolivie, à Madagascar et en Indonésie. « Le soutien financier de Jöro nous a permis de replanter plus de 7 000 arbres et de préserver des sources d’eau et leurs écosystèmes », témoignait ainsi Charlotte Meyrueis, la directrice générale de l’association, lors d’une rencontre organisée par le mouvement à Paris le 12 janvier.
« Le bois est un matériau que nous utilisons beaucoup dans nos aménagements, expliquait également Bérénice Carrey, responsable marketing et communication de Jöro. Il nous paraissait donc essentiel de contribuer à préserver cette ressource, et de le faire en soutenant par ailleurs les communautés locales. » Au-delà du soutien financier apporté à l’association, Jöro fait également appel à elle pour organiser des team buildings ou des balades pédagogiques en forêt pour ses équipes.
« Nous croyons beaucoup à l’importance de créer des liens humains entre les entreprises et les associations. Le partenariat est d’autant plus constructif quand c’est le cas », souligne Isabelle Susini.
« Ce n’est pas le moment de flancher »
Convaincre les entreprises de s’engager sur ces sujets est-il plus compliqué avec la tendance mondiale au backlash environnemental observé depuis deux ou trois ans ? « C’est évidemment plus difficile de persuader de nouvelles entreprises de nous rejoindre », reconnaît isabelle Susini. Néanmoins, le montant de la philanthropie des entreprises membres du 1 % for the planet France ne cesse d’augmenter, fait-elle valoir : il a atteint 14 millions d’euros en 2024, contre 2,5 millions dix ans plus tôt.
Quels sont les arguments mis en avant par le fonds de dotation ? « Le dispositif 1 % for the planet permet aux entreprises d’engager une politique de mécénat lisible, avec un logo et un modèle facilement compréhensibles et de plus en plus connus du grand public », estime la directrice générale du fonds de dotation français.
Le dispositif peut aussi être considéré comme une garantie contre le greenwashing : toute entreprise membre doit en effet apporter la preuve chaque année, auprès de l’organisation, qu’elle a bien versé un montant équivalent à 1 % de son chiffre d’affaires à une ou plusieurs associations agréées. « Si la promesse n’est pas tenue, l’entreprise sort du réseau », prévient Isabelle Susini.
« Dans un contexte de coupes budgétaires, le rôle de la philanthropie est d’autant plus important pour soutenir les associations. Il faut plus que jamais nous mobiliser face aux enjeux environnementaux. Ce n’est pas le moment de flancher », conclut-elle.
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Camille Dorival 