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Par Carenews INFO - Publié le 2 juin 2026 - 18:27 - Mise à jour le 2 juin 2026 - 18:37 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Que gagnent et possèdent les riches en France ?

Avec son « Rapport sur les riches en France », l’Observatoire des inégalités analyse les revenus et le patrimoine des ménages en France. Il dresse un portrait des personnes aisées, mettant en avant l’augmentation des écarts de richesse.

L'Observatoire des inégalités montre que les richesses en termes de revenu et de patrimoine sont souvent liées. Crédit : iStock.
L'Observatoire des inégalités montre que les richesses en termes de revenu et de patrimoine sont souvent liées. Crédit : iStock.

 

La France compte 4,8 millions de personnes riches, soit 7,5 % de la population, nous apprend le 4e «  Rapport sur les riches en France », publié le 2 juin par l’Observatoire des inégalités, un organisme indépendant dont le financement repose pour moitié sur des dons et des subventions. Pour réaliser ses calculs, il prend en compte le niveau de vie, c’est-à-dire l’ensemble des revenus, qu’ils proviennent des salaires, des prestations sociales ou du capital, puis retire les impôts. Le niveau de vie d’une personne seule considérée comme riche s’élève à 4 292 euros mensuels, soit le double du revenu médian (la moitié de la population gagne plus de 2 146 euros, la moitié gagne moins). Celui d’un couple sans enfants atteint 6 438 euros et celui d’un couple avec deux adolescents 10 730 euros. 

Les 10 % les plus riches, eux, ont un niveau de vie supérieur à 3 913 euros pour une personne seule, tandis que celui des 5 % les plus aisés monte à 4 905 euros, selon les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) datant de 2023. Au-delà, l 1 % le plus riche, soit 630 000 personnes, perçoivent au moins 7 512 euros, le 0,1 % le plus riche 19 500 euros par mois et le 0,01 % le plus riche 70 879 euros. À partir du 1 % le plus riche, les données datent de 2021 : « cela a sans doute augmenté depuis », estime Anne Brunner, directrices des études de l’observatoire.  

La France est un pays « où les riches sont très riches », peut-on lire dans le rapport, dont les auteurs s’appuient cette fois-ci sur le niveau de vie du 1 % le plus riche dans d’autres pays européens. « Par leurs salaires et leurs primes, les cadres dirigeants du privé et les hauts fonctionnaires hexagonaux, en activité ou à la retraite, surclassent les riches européens », constatent les auteurs. Selon eux, ces chiffres constituent des preuves que « les riches français ne s’expatrient pas du fait du niveau d’imposition ».  

 

Un confort de vie  

 

Au niveau du seuil de richesse défini par l’observatoire, 4 292 euros mensuels pour une personne seule, « on est certes loin de pouvoir voyager en avion privé », indiquent les auteurs. « Pour autant, on vit dans de bien meilleures conditions que l’immense majorité de la population », poursuivent-ils. Cela se traduit par la possibilité de « choisir l’endroit où l’on vit », avec des logements 30 % plus grands par personne à Paris et 45 % ailleurs, offrant plus d’intimité et d’espace pour « accumuler davantage de biens matériels ». Mais aussi par la capacité à « faire face aux imprévus de la vie », à « se déplacer de manière rapide et confortable » en train ou en voiture, ou encore à partir en vacances.   

Pour ces affirmations et d’autres marqueurs de ce confort de vie, l’observatoire avance des sources chiffrées. Par exemple, 88 % des ménages riches sont propriétaires de leur logement, contre 59 % de l’ensemble des ménages. 46 % sont propriétaire d’un logement qui n’est ni leur résidence principale, ni leur résidence secondaire, donc source potentielle de revenus locatifs. De même, 40 % des ménages appartenant aux 10 % les plus riches ont recours à des services à la personne, de ménage, de jardinage ou de garde d’enfants par exemple, contre 3 % des 10 % les plus pauvres. 

Louis Maurin, directeur de l’observatoire, regrette à ce sujet un « déficit de débat très fort sur la redistribution, les revenus », en-dehors de la médiatisation de la situation des ultra-riches.  

 

2 millions de ménages millionnaires 

 

Concernant le patrimoine, « une grande partie des ménages ne possède rien ou quasiment rien », note l’Observatoire des inégalités : « une voiture » ou « quelques centaines d’euros sur un livret A », par exemple. La moitié des foyers dispose d’un patrimoine inférieur à 205 100 euros selon les données 2024 de l’Insee, sans déduire le montant de l’endettement (148 100 euros en le faisant). Les 10 % les plus fortunés détiennent 48 % de l’ensemble du patrimoine français. 

11 % de la population française, soit 3,4 millions de ménages, ont un patrimoine d’une valeur supérieure à 820 400 euros. Concrètement, il peut s’agir de biens immobiliers, de biens professionnels, d’actifs financiers, comme des comptes en banque et des actions ou d’équipements de valeur comme des voitures ou des œuvres d’art.  

Les 5 % les plus fortunés détiennent quant à eux 1,3 million d’euros par ménage (1,15 en tenant compte de l’endettement) et le 1 % le plus fortuné, soit 309 000 ménages, plus de 3 millions d’euros (2,7 en tenant compte de l’endettement). 2 millions de ménages sont millionnaires, 145 sont milliardaires.  

L’observatoire appelle sur ce sujet à s’intéresser à l’âge : « avant 30 ans, l’immense majorité de la population ne possède quasiment rien ». Ainsi, pour les jeunes, le seuil de richesse s’élève à 104 400 euros et le patrimoine médian à 26 100 euros. À partir de 40 ans, le patrimoine brut médian dépasse les 200 000 euros. 

 

Le patrimoine s’hérite  

 

« Richesse en patrimoine et richesse en revenu vont le plus souvent ensemble », soutient l’observatoire. « Un haut patrimoine génère des revenus », des loyers ou des dividendes par exemple. « En haut de l’échelle des niveaux de vie, les revenus du capital complètent les revenus du travail de manière significative », tandis que le travail « apporte 95 % des revenus avant impôts et prestations sociales » à une « une immense majorité de la population », soulignent les auteurs, utilisant des données de l’Institut des politiques publiques. 

En miroir, « les revenus créent du patrimoine ». Les ménages qui perçoivent une somme proche du niveau de vie médian (90 à 120 % de 2 146 euros mensuels) mettent 1 461 euros de côté par an ; ceux qui gagnent moins de 90 % du niveau de vie médian dépensent plus que leur revenu, d’après l’Insee. Mais en moyenne, les ménages dont le niveau de vie s’élève à 180 % du niveau de vie médian (plus de 3 900 euros par mois) mettent 17 268 euros de côté par an. « Une fois investies dans l’immobilier ou dans les produits financiers (comme l’assurance-vie), ces sommes vont à leur tour accroître les revenus des catégories concernées », précise l’observatoire.  

En outre, « le patrimoine ainsi accumulé se transmet de génération en génération à travers des dons et des héritages », ajoute l’observatoire. « L’immense majorité des ménages n’hérite de rien ou de pas grand-chose » : 41 % des ménages ont déjà hérité, selon l’Insee, et parmi les héritages reçus, 59 % sont inférieurs à 30 000 euros. 15 % dépassent 100 000 euros. « Plus on est riche, plus on hérite », constatent les auteurs : la part des héritages supérieurs à 100 000 euros est de 4,4 % pour le quart de ménages les moins fortunés, contre 25,7 % pour le quart des plus fortunés.  

 

« Décollage des hyper-riches » 

 

Les riches deviennent « plus riches », insiste l’Observatoire des inégalités. Le niveau de vie moyen des 10 % les plus aisés a progressé de 40 % entre 1996 et 2023, « soit deux fois plus vite que les 10 % les plus pauvres », d’après des données de l’Insee. « De 2011 à 2013, les hausses d’impôts ont réduit sérieusement le niveau de vie moyen du dixième le plus riche, mais il a repris sa marche vers le haut avec une accélération à partir de 2017 », soutiennent les auteurs. Ils citent notamment la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) qui ne prend pas en compte le patrimoine financier, et une « réduction de l’imposition des revenus du capital », décidées par Emmanuel Macron.  

Les auteurs mettent en avant un « décollage des hyper-riches ». Le total des 500 plus grandes fortunes a été multiplié par 6,6 en vingt ans, d’après les informations diffusées par le magazine Challenges en 2025. Le revenu moyen du 0,1 % le plus aisé des foyers a augmenté de 56 % entre 2016 et 2022, contre 7 % pour les 90 % les moins aisés, selon des données du ministère de l’économie.  

 

Qui sont les riches ?

Les trois-quarts des actifs riches en termes de niveau de vie sont cadres supérieurs du privé ou du public, 13 % sont chefs d’entreprises. « La France qui vit bien est très loin de se résumer aux PDG des grandes entreprises. Il s’agit plus généralement, que ce soit dans le public ou le privé, de catégories professionnelles qui décident, qui donnent les ordres, qui orientent les stratégies d’entreprise et les politiques publiques », détaillent les auteurs.

73 % d’entre eux ont plus de 45 ans, 35 % vivent dans l’agglomération parisienne. « Les franciliens sont surreprésentés » parmi les riches, observe Anne Brunner, directrice des études de l’Observatoire des inégalités. Les seuils de richesse sont les plus élevés à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), dans les arrondissements de l’Ouest parisien et près de la banlieue de Genève. Et 69 % des salariés se situant dans les 10 % les mieux payés sont des hommes. « En grimpant sur l’échelle des salaires, la part des femmes diminue », mettent en avant les auteurs. Les ménages fortunés, pour ce qui est du patrimoine, ont un « profil proche de celui de ceux qui se situent au-dessus du seuil de richesse en revenus. »

« Le fait de détenir un certain niveau de diplôme est aussi une forme de richesse, un patrimoine qui, comme l’argent, peut se transmettre de parent à enfant », soutiennent par ailleurs les sociologues Thomas Amossé et Milan Bouchet-Valat, cités dans le rapport. 12 % des personnes âgées de plus de 20 ans, ce qui correspond à 5,9 millions de personnes, disposent d’un diplôme de niveau bac+5 ou plus. Le diplôme fait partie du « capital culturel », selon les termes de l’analyse sociologique. « En France, les classes diplômées transmettent plus facilement que dans d’autres pays leur capital culturel du fait de l’ampleur des inégalités sociales au sein de notre système éducatif », indiquent les chercheurs.

 

Célia Szymczak 

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