Riz, épices, thé : des résidus de pesticides interdits retrouvés dans des produits de consommation courante
Après une enquête menée dans quatre pays européens, l’ONG Foodwatch montre que des produits de consommation courante contiennent des résidus de pesticides, dont une grande partie sont interdits au sein de l’Union européenne. Elle appelle à renforcer la réglementation, alors que des textes sont discutés à l’échelle européenne.
Des résidus de pesticides ont été identifiés par Foodwatch dans des échantillons de thé, de riz et d’épices, selon une enquête publiée par l’ONG le 19 mai. Sur 64 produits testés, 49 produits commercialisés en Allemagne, en Autriche, en France et aux Pays-Bas – les pays où opère l’ONG – en contiennent. 45 produits contiennent des pesticides pourtant interdits au sein de l’Union européenne. Les teneurs retrouvées dans 14 produits dépassent les limites maximales de résidus de pesticides fixées par les autorités européennes.
Dans 12 des 15 produits testés en France, des pesticides interdits en Europe ont été identifiés. Dans deux cas – le paprika Ducros et le riz thaï Taureau ailé -, les teneurs dépassent les limites maximales autorisées.
Des produits importés
Les analyses ont été menées par un laboratoire, précise l’association de défense des consommateurs. Les catégories de produits « ont été choisies sur la base d'une analyse des données de surveillance de l'Efsa [l’autorité européenne de sécurité des aliments] de 2024 concernant les résidus de pesticides, qui indique que ces produits alimentaires comptent parmi les plus contaminés par des résidus de pesticides non autorisés ». Il s’agit également de matières premières qui ne sont pas cultivées largement au sein de l’UE et sont donc d’abord accessibles aux consommateurs par l’import.
Dans le détail, en France, des résidus ont été retrouvés dans du paprika et du cumin Ducros, dans du cumin et du curry Albert Ménès ainsi que dans du paprika Bouton d’or. Mais aussi dans les riz Leader price, Carrefour et Taureau ailé ou dans des thés Twinnings, Carrefour, Leader price, Monoprix et Lipton.
Des pesticides interdits produits en Europe
Foodwatch demande donc le rappel des produits dépassant les limites légales et la mise en place d’une limite maximale de résidus à zéro pour les pesticides non autorisés.
« Le cadre juridique actuel en matière de pesticides comporte d'importantes lacunes », estime en effet l’ONG. Elle appelle la Commission européenne à « instaurer une interdiction totale du commerce des pesticides dont l'utilisation n'est pas autorisée au sein de l'UE ». En effet, l’UE l’autorise toujours pour des pesticides qu’elle n’approuve pas, ce qui permet à des entreprises européennes « d’exporter des substances dont les effets nocifs sont connus » et qui pourront être retrouvées dans les produits importés consommés sur le continent. « Les pesticides trop dangereux pour les Européens ne le sont-ils pas pour l’ensemble des êtres humains ? Ce cynisme, aux relents colonialistes, est inacceptable », ajoute Camille Dorioz, responsable de campagnes de Foodwatch France. L’ONG a publié une pétition pour appeler la Commission européenne à agir sur cette question.
Une législation européenne en discussion
Cette enquête est publiée alors qu’un paquet omnibus, un ensemble de mesures législatives, est actuellement discuté à l’échelle européenne concernant la sécurité des denrées alimentaires. L’objectif est de simplifier les règles et les procédures administratives, notamment pour les agriculteurs. Mais les mesures présentées affaibliraient « les règles sur les limites de résidus et les contrôles aux frontières, ainsi que les processus d’évaluation de sécurité des pesticides », selon Foodwatch. Elle porte une autre pétition pour s’opposer à ce train de mesures.
En outre, l’ONG fait appel aux producteurs et distributeurs. Elle exige qu’ils « veillent à ce que les produits vendus en rayon ne contiennent pas de résidus de pesticides dépassant les limites légales autorisées » et fassent « pression sur leurs fournisseurs » pour obtenir des « informations détaillées » sur les produits.
Célia Szymczak 