Salariés aidants : les entreprises se saisissent du sujet mais peinent à agir
Alors qu’un salarié sur cinq en France s’occupe d’un proche malade, en situation de handicap ou de dépendance, un baromètre montre que cette situation est de mieux en mieux prise en compte par les entreprises mais qu’elles agissent encore peu.
20 % des salariés sont en situation d'aidance, c'est-à-dire qu'ils s'occupent d'un proche en situation de handicap, de dépendance liée à l’âge ou atteint d’une maladie invalidante. Comment les entreprises font-elles face à ce défi ? C’est ce qu’a voulu déterminer la 4e édition du Baromètre aider & travailler réalisée par Interfacia (1) et publiée début octobre. Menée en mai-juin 2026, l’enquête a recueilli 358 réponses de salariés aidants ou ayant des collègues en situation d’aidance.
Parmi les salariés aidants répondants, 55 % sont en situation d’aidance depuis au moins six ans, dont 28 % depuis plus de 10 ans. Ils consacrent en moyenne 14 heures par semaine à l’accompagnement de leur(s) proche(s), « soit l’équivalent de deux journées de travail », soulignent les auteurs du baromètre.
Outre le temps qu’ils consacrent à aider leurs proches, l’aidance représente aussi un coût financier non négligeable : 66 % des salariés aidants interrogés consacrent chaque mois entre 150 et 500 euros au soutien de la personne aidée.
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Un sujet moins tabou
Tous les salariés aidants n’évoquent pas forcément leur situation dans le cadre de leur travail. « Néanmoins, la parole semble progressivement se libérer », souligne l’étude : la part de ceux qui n’en parlent à personne est passée de 25 % en 2023 à 7 % seulement en 2026. 54 % en parlent à leur manager direct, 32 % à leurs collègues, et 25 % à la direction des ressources humaines. 27 % des salariés aidants indiquent néanmoins ressentir une gêne vis-à-vis de leurs relations de travail, « notamment parce qu’ils redoutent d’exposer leur vie privée ou d’être perçus comme moins disponibles », souligne le baromètre.
Quelles sont les conséquences de leur situation d’aidance sur leur travail ? 65 % des salariés aidants estiment que leur situation a des effets négatifs sur leur travail, notamment sur leur capacité à organiser leur activité, sur leur rémunération et sur leur évolution de carrière.
Le baromètre montre que la situation peut aussi avoir un effet négatif sur le travail de l’ensemble du collectif : 62 % des collègues et managers travaillant avec un salarié en situation d’aidance affirment que cela a un impact négatif sur leur propre travail, notamment sur leur organisation et celle de l’équipe.
« Ces chiffres invitent à dépasser une approche de l’aidance uniquement centrée sur le salarié concerné, souligne l’étude. Pour être efficace, une politique d’entreprise doit également prendre en compte la capacité du manager à organiser l’activité et celle de l’équipe à absorber les ajustements nécessaires. »
Des actions encore insuffisantes de la part des entreprises
Les entreprises s’approprient de plus en plus le sujet : 74 % des RH affirment ne pas rencontrer de difficulté à se saisir du sujet, contre 51 % en 2023, et l’aidance fait désormais partie des sujets de dialogue social dans 72 % des entreprises interrogées. 41 % déclarent disposer d’un accord d’entreprise sur le sujet et 11 % d’un accord de branche.
« Cette meilleure connaissance du sujet ne s’est pas encore entièrement traduite en actes », soulignent toutefois les auteurs du baromètre. Ainsi 97 % des RH interrogés disent n’avoir mis en place aucune mesure visant à favoriser les échanges entre salariés aidants et non-aidants. Seuls 41 % des RH disposent par ailleurs d’un dispositif permettant de repérer les salariés aidants.
Par ailleurs, « un décalage persiste entre les attentes des salariés aidants et les réponses apportées par les entreprises », note l’étude. Ainsi, alors que les horaires aménagés ou modifiables sont le premier levier cité par les salariés aidants pour pouvoir se maintenir en emploi, seuls 40 % d’entre eux disent avoir pu aménager leur temps de travail, et ce type de mesure n’arrive qu’au troisième rang des dispositifs proposés par les RH aux salariés aidants.
Camille Dorival 
(1) En partenariat avec Tilia, BNP Paribas personal finance, l’ANPP-Territoires de projet et Olystic.