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Par Carenews INFO - Publié le 1 mars 2022 - 10:00 - Mise à jour le 17 mai 2022 - 08:13 - Ecrit par : Lisa Domergue
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Santé : que faire pour lutter contre les déserts médicaux ?

Sept à neuf millions de Français n’auraient pas de médecins généralistes selon l’Association Citoyenne Contre les Déserts Médicaux. Télécabines de consultation, bus itinérants… des initiatives voient le jour pour lutter contre cette désertification médicale.

Santé : Que faire pour lutter contre les déserts médicaux ? Crédit photo : fizkes.
Santé : Que faire pour lutter contre les déserts médicaux ? Crédit photo : fizkes.

 

L’association de Citoyens Contre les Déserts Médicaux (ACCDM) a été créée par Maxime Lebigot, infirmier de profession, et sa femme, installés en Mayenne. Alors que la naissance de leur premier enfant approche, ils apprennent que leur médecin traitant prend sa retraite. Commence alors un périple. « On a réussi à trouver un pédiatre qui a accepté de nous prendre en charge, mais seulement pour deux mois », raconte l’infirmier. 

Quelques mois plus tard, le jeune couple contacte de nouveau les médecins généralistes aux alentours. « Appelez l’ARS (Agence régionale de santé. NDLR), c’est eux les responsables », leur a-t-on un jour répondu. Contactés, « les grands technocrates » leur disent de faire le suivi de leur fils aux urgences pédiatriques. « Non, on ne va pas aller aux urgences pour un suivi des vaccins », explique Maxime Lebigot. Ils décident alors de créer l’ACCDM, pour se positionner comme un acteur de plaidoyer et lutter contre les inégalités d’accès aux soins. En effet, le jeune coupe n’est pas le seul dans cette situation, sept à neuf millions de Français n’auraient pas de médecins généralistes selon leur association, aujourd’hui présente dans 14 départements.

8 % de Français sous-dotés en médecins généralistes

 

Une étude intitulée « Accès aux soins en milieu rural, la bombe à retardement ? », publiée en septembre 2021 par l’Association des maires ruraux de France documente cette tendance qui semble s’amplifier.

Pas moins de dix millions de Français vivraient dans des territoires où l’accès aux soins est de qualité inférieure à la moyenne nationale. Des inégalités territoriales de santé qui pourraient d’ailleurs expliquer un écart de deux ans entre l’espérance de vie des habitants des territoires urbains et ruraux. Et face à la pénurie de médecins généralistes, les populations rurales prennent le réflexe d’appeler les pompiers, dont l’activité a augmenté de 15 % dans ces territoires. 

Qu’est-ce qui explique les déserts médicaux ? 

Dans les zones rurales, il est en effet de plus en plus difficile de trouver un médecin généraliste. Pour Olivier Robelet, maire de Montfaucon, un canton du Gard d’un peu plus de 1 500 habitants, cela s’explique par le vieillissement des médecins qui ne sont pas remplacés : « Et cette évolution touche tout le monde, pas seulement la ruralité. Ce sont les ‘papy-boomers’ qui partent à la retraite. Il faut dix ans pour remplacer un médecin. »

Même constat pour le président de l’ACCDM, Maxime Lebigot, qui ajoute à cela une réduction du temps de travail des médecins : « Les nouveaux médecins ne veulent plus travailler autant que leurs aînés, ce qui est complètement logique et justifié. » En effet, l’époque des médecins de famille disponibles 24 heures sur 24 et sept jours sur sept est révolue. « Quand un vieux médecin part à la retraite, il en faut au moins deux pour le remplacer », ajoute-t-il.

Les chiffres le démontrent, les déserts médicaux sont le fruit d’une mauvaise répartition sur le territoire. Une tendance amplifiée par des politiques d’attractivité des professionnels de santé dans les zones franches par exemple. Et le maire de Montfaucon en est aux premières loges. Pour lui, sa municipalité paie le prix des avantages fiscaux proposés aux professionnels de la santé autour d’Avignon : « C’est bien, mais malsain à la fois. »

Faut-il réguler l’installation des médecins ? 

À l’instar des pharmaciens ou encore des huissiers, l’installation des médecins doit-elle être régulée ? C’est en tout cas l’objet du plaidoyer porté par l’ACCDM. Comment ? En rendant, par exemple, impossible l’installation d’un nouveau médecin dans une zone suffisamment dotée, sauf s’il reprend la patientèle d’un médecin qui part en retraite. Une mesure qui permettrait de réduire « la fracture en terme d’accès aux soins », considère Maxime Lebigot. Autre proposition, rendre incassable le contrat d’engagement avec le service public. Ce dernier conditionne les bourses versées par l’ARS aux étudiants en médecine à l’exercice, durant trois ans minimum, dans une zone sous-dotée. 

Ces propositions formulées par l’ACCDM reposent donc sur la modification d’un cadre légal existant. Une part de la population n’a cependant pas le temps d’attendre que la machine législative se mette en route. D’autres solutions, plus court-termistes, voient le jour avec l’objectif de diminuer l’inégal accès aux soins et ainsi de lutter contre les déserts médicaux. Une logique plus curative que préventive.

La tech pour garantir l’accès aux soins ?

C’est le cas du maire de Montfaucon, pharmacien de métier, comme il en témoigne :

Nous n’avions plus de médecin depuis cinq ans. On ne pouvait pas jouer sur la quantité de médecins disponibles, car il n’y en a pas. Nous n’avions pas 36 000 solutions. Il a fallu faire quelque chose de différent. 

Olivier Robelet a donc fait appel à la technologie et a installé à l’hôtel de ville une cabine de téléconsultation avec des instruments de mesures tels qu’un tensiomètre ou encore un thermomètre : « Les télécabines connectées ne sont pas une perte d’informations, au contraire, on peut même y voir une amélioration du diagnostic. » 

La télécabine a été installée en mars 2020, quelques jours avant le premier confinement. Elle a donc été longtemps fermée, mais aujourd’hui, elle enregistre jusqu’à 47 consultations par mois. Le maire l’admet, n’avoir personne en face de soi peut être un frein pour les habitants du village et aux alentours. Néanmoins, cela reste une solution pour faire face à la désertification médicale. 

Un bus de prévention à Dreux

La ville de Dreux a souhaité essayer une autre solution : « l’aller vers », avec un bus itinérant se rendant dans les différents lieux de vie de la ville. Initialement, le bus devait proposer des visites médicales pour faire face à la désertification médicale : « Nous ne sommes pas allés jusqu’au bout, car en termes de conventionnement, d’accueil des patients, cela était trop compliqué », explique Cécile Cabrita, directrice du centre communal d’action sociale de la ville de Dreux. Le bus s’est donc dédié, depuis 2019, à des actions de prévention en partenariat avec des acteurs associatifs ou l’hôpital de Dreux. 

En parallèle de ce service public adapté, la commune d’Eure-et-Loir a repris une maison de santé pour mettre à disposition des professionnels de santé qui souhaiteraient s’installer des locaux à tarifs préférentiels. Un autre moyen pour lutter contre les déserts médicaux. 

 

Lisa Domergue 

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