Sur la santé mentale, un « écart croissant entre les discours et la réalité du terrain »
Deux organisations représentant des associations et fédérations liés à la santé alertent sur la situation en matière de santé mentale dans le pays. Une réunion interministérielle se tiendra le 2 juin sur ce sujet.
Désignée « grande cause nationale » en 2025 et en 2026, la santé mentale aurait dû devenir une priorité des politiques publiques. Quatre objectifs ont été fixés en 2025 : le changement de regard sur les troubles psychiques et mentaux, le développement de la prévention, l’amélioration de l’accès aux soins et l’accompagnement des personnes concernées. En novembre dernier, le gouvernement a annoncé vouloir « aller plus loin » en renforçant « la coordination interministérielle » et en amplifiant « le soutien aux familles, aux associations et aux territoires ».
Mais l’engagement n’est « pas à la hauteur », », dénoncent l’Uniopss, l’union des acteurs associatifs du sanitaire, du social et du médico-social, et le Collectif national pour la santé des jeunes (CNSJ), dans un communiqué de presse daté du 21 mai. « Derrière les annonces, le secteur reste marqué par un sous-financement chronique, une organisation éclatée et des inégalités inacceptables », indiquent les deux organisations. « Les dispositifs sont saturés, les délais d’accès explosent et les publics les plus vulnérables (…) sont les premiers laissés de côté », décrivent-elles encore pour illustrer « l’écart croissant entre les discours et la réalité du terrain ».
Des « objectifs clairs » et des « moyens »
Une réunion interministérielle aura lieu le 2 juin pour dresser le bilan de 2025 et définir les « priorités pour 2026 ». Dans ce cadre, l’Uniopss et le CNSJ demandent un « engagement politique fort pour faire de la prévention et de la promotion de la santé mentale la pierre angulaire des politiques publiques, notamment auprès de la jeunesse ».
« La tenue d’un comité interministériel dédié doit marquer un changement de paradigme : passer d’une politique fragmentée à une stratégie interministérielle dotée d’objectifs clairs, de moyens identifiés et d’une gouvernance lisible », écrivent les deux structures dans leur contribution à la réunion interministérielle. Elles formulent des recommandations en matière de prévention, de gouvernance et d’accompagnement des jeunes.
Un délégué interministériel
« Faire de la santé mentale la grande cause nationale de notre pays a déjà au moins ce mérite : cela donne de la visibilité au sujet et cela modifie la manière dont on l'aborde », a déclaré Sébastien Lecornu, lors d’une séance de questions au gouvernement le 12 mars dernier. « Trois types de mesures méritent selon moi d’être renforcées en 2026 », a poursuivi le Premier ministre, évoquant « la jeunesse », « la recherche » et « la territorialisation ».
Un délégué interministériel devrait être nommé prochainement. Début 2026, le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, Frank Bellivier, avait quitté ses fonctions, sans être remplacé.
En décembre dernier, une commission d’enquête parlementaire alertait sur la réponse des pouvoirs publics « insuffisante » par rapport à la « forte progression des troubles psychiques ». Concernant la « grande cause nationale », « certains professionnels ne manquent pas de railler la faiblesse de sa mise en œuvre en la renommant "la grande causerie nationale" », écrivaient alors les députés.
Célia Szymczak 