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Par Carenews INFO - Publié le 24 juin 2021 - 09:00 - Mise à jour le 29 juin 2021 - 11:23 - Ecrit par : Lisa Domergue
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Témoignages : Suzanne, 87 ans et Adèle, 18 ans, vivent en colocation intergénérationnelle

Presque 70 ans les séparent et pourtant Suzanne et Adèle vivent ensemble. Elles se sont connues par l’intermédiaire de l’association ensemble2générations France. Rencontre avec ces deux colocataires pas comme les autres.

Suzanne a récemment dit à Adèle qu'elle la considérait comme sa dernière petite-fille. Crédit photo : Carenews.
Suzanne a récemment dit à Adèle qu'elle la considérait comme sa dernière petite-fille. Crédit photo : Carenews.

 

Favoriser le maintien à domicile pour le senior, trouver un logement pour l’étudiant tout en créant du lien social. Ce sont les trois maîtres mots de la cohabitation intergénérationnelle. Une colocation « pas comme les autres » encouragée et accompagnée par l’association ensemble2générations France. Aux diverses raisons qui poussent les seniors et les jeunes à « sauter le pas » Géraldine Doutey, chargée de mission, en ajoute une autre : 

Beaucoup d’aidants familiaux font appel à nous pour éviter que leurs parents souffrent de solitude ou entrent en maisons de retraite. 

Nous sommes donc allés à la rencontre de Suzanne, 87 ans et Adèle, 18 ans. Depuis qu’elles vivent ensemble, une amitié forte et complice est née. 

 

  • Pouvez-vous vous présenter ? 

 

Suzanne : Je vais avoir 88 ans. J’ai longtemps travaillé, mais je n’ai jamais gagné un sou, car je faisais tout le secrétariat de mon mari. Il n’a pas pensé à me rémunérer et moi non plus d’ailleurs. J’ai rencontré mon mari dans un sanatorium d’étudiants. Il est décédé il y a huit ans et cela m’a laissé un très grand vide. J’ai l’impression que depuis ce moment-là, je ne vis plus. Je m’occupais beaucoup de lui, c’était un homme passionné et passionnant. Il était très intéressant, très drôle. Et maintenant je suis toute seule. Il arrive, à un moment donné, où tout le monde se retrouve plus ou moins seul. 

C’est pour cela qu’à bientôt 88 ans, je suis contente d’avoir une jeune avec moi. Aujourd’hui, je ne suis pas un cadeau, je suis un « vieux machin » qui « part de tous les côtés » (rires). J’ai besoin de vie autour de moi et c’est tout à fait ce qu’est Adèle. Elle s’intéresse à plein de choses, elle est souriante. On attend ça des jeunes. Qu’on soit un peu considérée comme leur grand-mère. D’ailleurs, je la considère comme ma dernière petite-fille.

 

Adèle : J’ai 18 ans, je fais des études de japonais. Je viens d’avoir les résultats et je passe en deuxième année à l’université ! 

 

 

  • Comment vous décririez-vous l’une et l’autre ? 

 

Suzanne : Adèle est quelqu’un de très doué, je l’admire beaucoup. Elle peint, elle fait des dessins fantastiques. C’est passionnant parce qu’elle est passionnée et j’adore les gens passionnés.

 

Adèle : Suzie est quelqu’un de très sensible, à l’écoute. Elle dit beaucoup de choses très drôles lorsqu’on mange ensemble. Elle est très ouverte d’esprit, on peut parler de tout sans aucuns préjugés. 

 

 

  • Comment avez-vous connu ensemble2générations France ? 

 

Suzanne : Grâce à ma fille. J’ai une fille qui s’occupe de tout. Elle est extraordinaire, et je ne dis pas ça parce que c’est ma fille (rires) ! J’étais très contente. C’est vrai que c’est très important pour le moral d’avoir quelqu’un à ses côtés quotidiennement. J’ai tellement vu d’anciens qui n’avaient personne, ni pour les voir, ni même pour leur téléphoner. 

 

Adèle : Mes parents habitent à une demi-heure de Versailles. Cela faisait une heure et demie de transport pour aller à l’université. Je préférais donc habiter à Paris, mais mes parents n’avaient pas nécessairement les moyens de me payer un loyer. J’ai donc fait mes recherches et j’ai connu l’association. On habite ensemble depuis le 24 février dernier.

 

 

  • Quel est le concept de ensemble2générations France ? 

 

Adèle : Ensemble2générations France propose trois formules en fonction de son budget mensuel. Le jeune a un engagement de présence avec le senior à respecter. Je suis actuellement en formule une. Je ne paie pas de loyer, mais j’ai une présence obligatoire toute la semaine — sauf un soir par semaine — et un week-end sur deux. 

 

 

  • Quelle est la place des aidants familiaux dans votre colocation ? 

 

Adèle : J’ai plusieurs groupes de discussion en ligne : avec les enfants de Suzy et Suzy, les enfants sans Suzy ou encore seulement certains enfants. Il y a certaines décisions que l’on prend uniquement avec les enfants. Au quotidien, s’il y a des problèmes, c’est avec eux que je vois cela. 

 

Suzanne : Elle est beaucoup en relation avec mes enfants, par exemple, lorsqu’il y a quelque chose qui ne va pas ou qui ne fonctionne plus. À mon âge, je ne peux plus rien résoudre, c’est donc mes enfants qui s’occupent de moi. 

 

 

  • Qu’est-ce que vous a apporté cette colocation ? 

 

Suzanne : Une amitié qui s’est créée très vite ! Une amitié spontanée. C’est très important une amitié dans la vie. C’est d’ailleurs aussi important que l’amour. Cohabiter avec Adèle, ça change tout, je me sens rassurée quand elle est là. On ne se sent plus seule. Mais ce n’est pas seulement une présence, c’est bien plus que ça !

 

Adèle : J’avais vraiment envie de prendre mon indépendance. Pour autant, je ne me sentais pas d’habiter toute seule. Je suis vraiment contente d’avoir cette amitié qui permet à la fois d’être à l’aise et d’échanger régulièrement avec quelqu’un. C’est un véritable point d’attache.

 

 

  • Est-ce important pour vous que cela soit intergénérationnel ? 

 

Adèle : Oui, j’ai l’impression de vivre avec ma grand-mère ! Je trouve qu’on est plus riche à échanger entre générations. C’est bien de vouloir être autonome, mais parfois on ne sait pas encore totalement se gérer. C’est important d’avoir une vraie base. Suzie me conseille beaucoup. On a, certes, des points de vue différents, mais c’est une relation où l’on s’apporte beaucoup de choses mutuellement.

 

Suzanne : Pour faire une cohabitation intergénérationnelle, il faut être dans un certain état d’esprit. Quand on est âgé, on est, par exemple, moins patient. Il faut vraiment quelqu’un entre les deux générations qui soit à l’écoute. Un intermédiaire, comme ensemble2générations, qui sache comprendre la personnalité, à la fois de l’adulte et de l’étudiant. Il y a une question psychologique qui est, à mon avis, très importante. 

 

 

  • Et comment s’est passé le troisième confinement ensemble ? 

 

Adèle : Avec les études, je n’ai passé qu’un mois en présentiel alors que c’est ma première année de fac. C’était très dur de ne pas se socialiser, de ne pas parler avec des jeunes de son âge, etc. J’étais vraiment très contente d’être avec Suzie. Elle a été un soutien moral très important. Elle m’a apporté un côté rassurant, humain.

 

Suzanne : Ça change la vie. Lorsque vous êtes âgé, vous avez une telle impression d’inutilité. Ne rien faire, ne pas rendre service. Maintenant, grâce à Adèle, il me semble que je me rends utile.

 

 

  • Poursuivez-vous l’aventure ensemble l’année prochaine ? 

 

Adèle : Ah oui, je suis très bien. La seule raison qui me ferait changer d’avis serait de partir au Japon.

 

Suzanne : Bien sûr, sauf si elle veut aller ailleurs (rires) ! Et qu'elle ne s'inquiète pas, si elle part au Japon je ne l'empêcherai pas de partir. 

 

Propos recueillis par Lisa Domergue 

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