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Par Carenews INFO - Publié le 22 avril 2026 - 12:10 - Mise à jour le 22 avril 2026 - 12:51 - Ecrit par : Camille Dorival
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« Tous éloquents ! », le concours d'éloquence qui déconstruit les préjugés sur le handicap

Porteurs de divers handicaps, les participants du programme « Tous éloquents ! » se retrouvent chaque semaine à Paris pour préparer un concours d’éloquence dont la finale aura lieu le 9 juin au théâtre Mogador. Le programme leur permet de gagner en aisance à l’oral, mais aussi prendre confiance en eux, briser l'isolement et acquérir des compétences utiles au quotidien. Reportage lors d'un des ateliers de préparation du concours.

Tiffany, porteuse d’une achromatopsie, s'entraîne à prononcer son discours devant ses coachs et camarades de la promotion Tous éloquents ! de cette année. Crédit : Carenews.
Tiffany, porteuse d’une achromatopsie, s'entraîne à prononcer son discours devant ses coachs et camarades de la promotion Tous éloquents ! de cette année. Crédit : Carenews.

 

 

« Sois toi-même, on l’entend tout le temps. Regardons la vérité en face : est-ce qu’on parle à son patron comme à son meilleur ami, est-ce qu’on rigole à l’hôpital ? La réponse est non, on ne peut pas être soi-même partout. »

C’est ainsi que Clarisse démarre son discours sur « Le mythe du soi toi-même », dans le cadre du concours d’éloquence organisé par l’association Éloquence de la différence. Elle s’entraîne lors d’un atelier de préparation organisé à l’université Paris Dauphine tous les mardis soir, en présence de ses futurs adversaires.

« Comment tu t’es sentie ? », lui demande sa coach à la fin de sa prestation. « Pas très bien, car j’ai un implant qui n’a plus de batterie », explique Clarisse. « Ça s’est senti, le ton était plus monotone que la dernière fois, on avait l’impression que tu n’étais pas à l’aise. D’habitude tu es plus expressive », lui répond la coach, l’encourageant à recommencer avec une nouvelle batterie pour son implant d’oreille.

 

Plusieurs masterclasses et des ateliers hebdomadaires

 

Car la spécificité d’Éloquence de la différence, c’est de former à l’éloquence des personnes en situation de handicap. Clarisse est sourde oralisante : elle entend mal mais elle peut parler. Comme elle, une soixantaine d’autres personnes porteuses de handicaps divers – la surdité, mais aussi la déficience visuelle, le bégaiement, l’autisme ou encore la trisomie 21 – ont intégré la promotion de cette année du programme « Tous éloquents ! » proposé par l’association.

Ensemble, ils préparent un concours d’éloquence dont la grande finale aura lieu le 9 juin au théâtre Mogador à Paris. « Les participants du programme ont démarré par trois samedis de masterclass sur les fondamentaux de l’éloquence : comment poser sa voix, quelle gestuelle adopter, comment structurer son discours, explique Amanda Mayo, chargée de la communication et du plaidoyer de l’association. Ils ont aussi suivi une masterclass sur l’éloquence au quotidien, pour apprendre à utiliser tous les jours les méthodes acquises. Puis, toutes les semaines pendant deux mois, ils suivent un atelier pour préparer leur discours pour le concours, s’entraîner à le prononcer, l’améliorer avec l’aide de leurs camarades et de leurs coachs. »

Pour les entraînements, les participants sont regroupés par type de handicaps, afin de prendre en compte les spécificités de chacun d'entre eux. La grande finale du 9 juin accueillera le finaliste de chacune des 6 catégories de handicap retenues pour cette année, qui peuvent changer d'une année à l'autre. 

 

Un espace bienveillant pour les personnes en situation de handicap

 

L’association Éloquence de la différence a été créée en 2022 par Mounah Bizri. Par ailleurs entrepreneur, celui-ci est concerné par plusieurs troubles : un bégaiement sévère, mais aussi une dyspraxie, une dysgraphie, un autisme Asperger et un trouble de l'attention (TDAH) diagnostiqué tardivement. En 2014, il participe à un concours d’éloquence organisé par son école de commerce, qui s’avère totalement inadapté à ses troubles. « En créant l’association, il a voulu proposer un espace bienveillant pour accompagner les personnes en situation de handicap sur l’éloquence, et leur permettre de gagner en confiance en elles », raconte Amanda Mayo.

C’est ainsi qu’Éloquence de la différence est née, en se concentrant d’abord sur le bégaiement, puis en s’ouvrant à d’autres formes de handicaps. Au-delà de son concours annuel d’éloquence, l’association propose des formations à l’éloquence pour toutes les structures susceptibles d’accompagner des personnes en situation de handicap : des structures éducatives pour les jeunes, des structures médico-sociales, mais aussi des agences France Travail ou d’autres structures d’insertion professionnelle et de maintien dans l’emploi.

 


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Un accompagnement de 10 à 24 heures sur plusieurs semaines

 

« À chaque fois, il s’agit d’un accompagnement de 10 à 24 heures, réparties sur plusieurs semaines, détaille Amanda Mayo. Nous nous adaptons aux besoins spécifiques des publics de la structure. Par exemple nous intervenons au collège Morvan, à Paris dans le 14e arrondissement, qui accueille des élèves sourds ou avec des troubles dys. Notre programme d'éloquence leur donne des outils qu'ils peuvent notamment mobiliser lors de l'oral du baccalauréat. Dans d’autres cas, nous pouvons entraîner les personnes à des entretiens de recrutement ou à pitcher un projet entrepreneurial. »

Dans tous les cas de figure, la structuration du programme est la même : une partie théorique sur l’éloquence, suivie d’ateliers interactifs de mise en situation, puis d’un événement de restitution, devant un public plus ou moins large. Tous les accompagnements sont gratuits pour les bénéficiaires, financés par les structures, mais aussi par du mécénat et des subventions publiques. Le programme « Tous éloquents », quant à lui, est financé essentiellement grâce au mécénat.

 

Clarisse intervient sur "Le mythe du soi toi-même", lors d'un atelier du mardi soir à l'université Paris Dauphine. Crédit : Carenews.
Clarisse intervient sur « Le mythe du soi toi-même », lors d'un atelier du mardi soir à l'université Paris Dauphine. Crédit : Carenews.

 

Gagner confiance et soi et rencontrer des gens

 

Clarisse s’est engagée dans le programme « Tous éloquents » pour gagner confiance en elle, mais aussi pour rencontrer des gens. « Je viens d’Aix-en-Provence. Je suis arrivée à Paris il y a 18 mois mais je ne connaissais personne, raconte-t-elle. Cela m’a permis de côtoyer des gens qui sont sourds oralisants comme moi. Cela m’a permis aussi de m’entraîner à parler devant du monde. » Après des études d’œnologie, la jeune femme cherche un emploi et compte utiliser ses compétences nouvellement acquises pour ses futurs entretiens de recrutement.

Tiffany, elle, a planché sur un autre thème pour le concours : « Peut-on rire de tout ? ». Face à ses camarades, ce mardi soir à l’université Paris Dauphine, elle s’exprime avec une aisance et une clarté déroutantes. « Tu as un super ancrage, des intonations parfaites, lui retourne un de ses coachs, lui-même ancien du programme, après sa prestation. Tes transitions entre tes différents arguments sont très fluides. Mais il va falloir que tu coupes : tu as parlé plus de 7 minutes, or il ne faut pas dépasser 5 mn 30 ! ».

Tiffany est porteuse d’une achromatopsie, une maladie génétique rare qui fait qu’elle ne voit pas les couleurs. « J’ai tout fait pour cacher mon handicap depuis la naissance, explique-t-elle. Mais maintenant j’essaie de l’assumer ! » Depuis près de cinq ans, elle a même lancé sa propre activité entrepreneuriale : elle anime des ateliers de sensibilisation au handicap visuel en entreprise. Après sa participation au programme « Tous éloquents », elle envisage de démarrer également une activité de conférencière. « Après cette expérience, c’est une corde que j’aimerais ajouter à mon arc », s’enthousiasme-t-elle.

 

Du bénévolat qui « fait du bien »

 

Les coachs qui accompagnent le programme sont tous bénévoles, en situation de handicap ou non. Ils n’ont pas besoin d’avoir des compétences particulières, mais reçoivent une formation quand ils arrivent dans l’association, sur l’éloquence, le handicap, mais aussi pour apprendre à faire des « feedbacks » constructifs.

Ainsi, Marie-Laure accompagne pour la deuxième fois la préparation au concours d’éloquence. À la retraite depuis un an, elle a mené sa carrière dans les ressources humaines. « Au moment de mon départ de l’entreprise, j’avais envie de faire du bénévolat, que cela soit utile et que cela me fasse du bien, se souvient-elle. J’ai commencé en septembre dernier chez Éloquence de la différence, dont mon ancienne entreprise était mécène. J’ai accompagné des personnes atteintes de bégaiement. J’ai immédiatement adoré l’expérience. Quand je vois les progrès faits sur des temps courts, le cœur que les stagiaires mettent dans ce programme, la confiance qu’ils emmagasinent, l’aide que cela leur apporte dans la vie de tous les jours, je suis vraiment très fière. J’ai rarement vu des gens qui s’accrochent autant pour réussir ! »

L’association a déjà accompagné près de 800 personnes sur l’ensemble de ses programmes. Elle ambitionne de le faire pour 1 000 personnes chaque année à partir de 2028. Elle travaille sur une étude visant à mesurer plus précisément l’impact de son action. Mais selon les enquêtes déjà menées, 88 % des participants se sentent plus à l'aise à l'oral après un programme proposé par l’association.

Par ses programmes, Éloquence de la différence se félicite d’avoir sensibilisé plus de 15 000 personnes au handicap. « À travers nos activités, nous voulons aussi changer le regard sur le handicap et déconstruire les préjugés, en montrant qu’au-delà de leur handicap, les personnes ont surtout des compétences », conclut Amanda Mayo.

 

Camille Dorival 

 


Pour assister à la grande finale du concours d’Éloquence de la différence, le 9 juin 2026 à 20h, au théâtre Mogador, à Paris, vous pouvez vous inscrire gratuitement sur ce lien.


 

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