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Par Chroniques philanthropiques - Publié le 15 décembre 2020 - 09:15 - Mise à jour le 15 décembre 2020 - 09:15
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[TRIBUNE] Au secours le lien social !

Dans cette tribune, nous voulons monter deux faces de notre pays. L’une sombre, minée par des maux variés : solitude, pauvreté, chômage mais aussi par le doute, la crainte sécuritaire et la folie du complotisme dans une vaste crise de confiance, le tout majorée par la crise sanitaire. L’autre, enthousiaste, qui se bat pour endiguer ces maux destructeurs de tout ce qui fait société. 

[TRIBUNE] Au secours le lien social ! Crédit photo : iStock.
[TRIBUNE] Au secours le lien social ! Crédit photo : iStock.

Le rêve d’un monde meilleur semble bien loin pour une frange de plus en plus grande de la société. Après les études inquiétantes de  la Fondation de l’Abbé Pierre sur le logement, du Secours Catholique sur la pauvreté voici l’étude sur la solitude réalisée régulièrement depuis dix ans par la Fondation de France qui montre des résultats terrifiants. Sept millions de personnes se trouvent en situation d’isolement soit trois millions de plus qu’en 2010. Les populations les plus précaires, handicapées, malades et âgées restent, à travers le temps, toujours plus fortement impactées. Deux nouveaux phénomènes apparaissent : les jeunes dont le taux d’isolement passe de 2 % en 2010 à 10 % et la croissance dans les catégories de hauts revenus qui passent de 6 à 11 %.

Avec la crise sanitaire l’isolement s’accroit et s’accompagne pour 28 % des personnes isolées d’un fort sentiment d’inquiétude pour l’avenir. Ce chiffre est impressionnant et l’angoisse de ces personnes pèse certainement aussi très lourd sur le moral des Français.  

Il faut absolument lire l’étude et les deux analyses de celle-ci par les sociologues Cécile Van de Velde (Montréal) et Sylvain Bordiec (Bordeaux). Elles sont riches et éclairantes sur l’état de notre société, aussi bien par l’effet de cette solitude sur la personne que sur la société toute entière. Cette hausse s’explique en partie par la transformation des institutions, dont les fonctions intégratrices, garantes de ressources sociales, pourvoyeuses de contacts sociaux, créatrices de liens familiaux, amicaux, amoureux se sont amenuisées. Il y a aussi les institutions publiques dont on constate l’étiolement de leur force intégratrice. 

Le phénomène étant multifactoriel, il faut mener des interventions de nature très différentes au niveau national, territorial, et local basées sur cinq types d’actions : écouter, relier et rejoindre, rassembler, soutenir, participer. Ce sont les modes d’intervention des acteurs de la philanthropie qui passent du temps près de ceux qui en ont besoin sans soucis de rentabilité économique mais de haute valeur de cohésion sociale. Comment est-il possible que les gouvernements successifs ne prennent jamais cela en considération ? Il faut arrêter de regarder la philanthropie comme une dépense mais la considérer comme un investissement d’avenir pour les plus en difficulté, pour nos anciens, pour nos jeunes. Redonner de l’espoir, du sens à la vie nécessite bien sûr des dispositifs sociaux mais aussi un accompagnement très important au plus près des besoins et c’est ce font les associations, les fondations les bénévoles. Les plans d’investissements massifs pour les acteurs économiques ne considèrent pas la philanthropie comme un secteur à part entière avec ses emplois, ses ressources, ses impôts, et surtout ses bénéficiaires. La situation actuelle démontre de façon éclatante qu’il est maintenant indispensable de doter le pays d’une politique philanthropique ambitieuse pour donner des moyens pour mener la mère des batailles qu’est celle du lien et de la cohésion sociale.  

Francis Charhon

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