Objectifs de développement durable : où en sont les entreprises européennes adhérentes au Pacte mondial ?
Dans un baromètre, le Pacte mondial réseau France mesure l’atteinte des objectifs de développement durable par les entreprises européennes adhérentes. Les objectifs sociaux sont davantage atteints que les objectifs environnementaux.
L’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) progresse-t-il ? Le réseau français du Pacte mondial des Nations unies a publié la deuxième édition de son baromètre européen des objectifs de développement durable, réalisé auprès des entreprises adhérentes.
Adoptés en 2015 dans le cadre de l’Agenda 2030 des Nations unies, les ODD, au nombre de 17, fixent les priorités pour accompagner la transition écologique et sociale au niveau mondial d’ici 2030 : éradication de la pauvreté, accès à l’eau, lutte contre les inégalités, consommation et production responsable, etc.
L’ODD lié au climat, le moins bien pris en compte
« Pour la première fois, nous avons essayé de mesurer les contributions des entreprises », explique Hadrien Kleiman, chef de projet études et prospectives au sein du Pacte mondial-réseau France après une première édition en 2024 basée sur un questionnaire et des réponses déclaratives. Réalisé sur un échantillon de 5 793 entreprises dans 21 pays européens, le baromètre indique donc des scores de contribution, allant de 0 à 100, pour 14 des objectifs de développement durable.
En Europe, la contribution globale des entreprises adhérentes au Pacte mondial est de 58,2 sur 100.
L’ODD 3 « Accès à la santé » est celui qui obtient le score le plus élevé, s’élevant à 73. À l’inverse, l’ODD 13 « lutte contre les changements climatiques » est le moins abouti, avec un score moyen de 45. « Il y a beaucoup d’écart entre les objectifs. Entre les pays, en revanche, l’écart est assez faible », analyse Hadrien Kleiman. Une situation qui peut s’expliquer en partie par un cadre réglementaire européens plus ancien sur les enjeux sociaux. Les entreprises industrielles sont celles qui intègrent le mieux les objectifs liés à l’environnement dans leurs pratiques.
Lire également : Égalité de genre, discriminations, climat… où se situent les entreprises françaises par rapport au reste du monde ? 
Les entreprises françaises plus avancées sur l’égalité des sexes
Côté français, les entreprises adhérentes sont dans la moyenne, avec un score global de 57,5 sur 100.
Les entreprises françaises sont au-dessus de la moyenne concernant l’atteinte de l’ODD 5 « égalité entre les sexes ». Là encore, le cadre réglementaire joue certainement un rôle, estiment les membres du réseau français. L’atteinte de l’ODD 16, « Justice et paix », mesuré à travers la lutte contre la corruption, obtient un score de 76 sur 100, légèrement au-dessus de la moyenne européenne.
Les scores les plus bas concernent quant à eux l’ODD 9, « bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l'innovation », et l’ODD 15, « protection de la faune et de la vie terrestres ». « La composition sectorielle du réseau France », avec 60 % des adhérents dans le secteur tertiaire, explique en partie ces résultats, avancent les membres du réseau français.
L’appel à « sortir des silos » entre public et privé
Pour améliorer la poursuite des objectifs de développement durable à l’échelle européenne, les auteurs du baromètre émettent quatre recommandations : mesurer systématiquement les progrès dans tous les domaines de la durabilité, faire de l’adaptation au changement climatique une priorité pour tous les secteurs, s’engager dans davantage de partenariats public-privé et multiplier les opportunités de formation aux enjeux de durabilité pour tous les employés et fournisseurs.
« Nous sommes dans une nouvelle ère où il faut sortir des silos entre puissance publique et entreprises privées », estime Nils Pedersen, directeur général du Pacte mondial de l’ONU réseau France. Face « au constat d’un monde qui donne plutôt l’impression de s’effondrer », il appelle à revaloriser le rôle de la diplomatie, « qui reste importante pour rassembler les parties prenantes ».
« La force de cet agenda est systémique. Nous vivons actuellement une tempête mais ce n’est pas parce que nous devons ralentir ou dévier que cela change la trajectoire à atteindre », défend-il, interrogé sur les reculs observés dans la RSE.
Élisabeth Crépin-Leblond