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Par DIFFUZ - Publié le 14 septembre 2026 - 14:51 - Mise à jour le 14 septembre 2026 - 14:51
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Mahaut Drama : « J'arrive avec mes blagues, et ça permet de mettre en avant leurs combats »

Des comedy clubs à la radio, Mahaut Drama manie le rire comme un outil politique. Entre chroniques ciselées et soutien aux associations, l’humoriste décortique nos failles sociétales pour mieux éveiller les consciences. Rencontre avec une artiste engagée qui rappelle l’importance de la satire à l’heure de la polarisation.

 

Mahaut décroche depuis la terrasse d’un café parisien. « Je sors de ma dernière chronique à Inter. Thème imposé sur les Pokémon, super. J’ai tourné ça sur la régression des êtres humains : pourquoi on aime tant les dinos, les Pokémon, revenir en enfance ? Mais pour répondre à notre traumatisme face à ce monde en guerre. » 

Mahaut bosse, beaucoup. « Déformation professionnelle », confirme celle qui fut d’abord journaliste, tout en ponçant les comedy clubs et les nuits LGBT de la capitale. Avec ses copines Lucie Carbone et Tahnee, elle crée très vite le Comedy Love, la première scène de stand-up féministe de Paris. Et distribue déjà les dons récoltés au chapeau aux associations invitées à se présenter à leur côté, comme Nous toutes ou Gras politique. 

Mais c’est à l’antenne de Radio Nova puis de Radio France et Quotidien que les blagues sociétales et engagées de Mahaut Lou, devenue Mahaut Drama, conquièrent le grand public. Sa force, un minutieux travail de préparation qu’elle ressort en punchlines, saupoudré de vannes. Bien sûr, le public en redemande, à l’image de ces jeunes humoristes dont l’audience dépasse, sur les plateaux et les réseaux, celles des experts du sujet. Tant mieux.

Rencontre en marge de l’engagé festival normand Biches, où elle était l’une des têtes d’affiche.

 


 

  • Comment construis-tu une vanne à partir d'un sujet sociétal ?

 

Mahaut Drama : Ça vient de ma déformation professionnelle de journaliste. Je vais beaucoup me renseigner sur un sujet, puis le laisser décanter. J'écris ce que j'en ai retenu, soit la synthèse la plus simple, et je pose une problématique : quel problème ça sous-entend ? 

La chronique sera de passer d'un point A à un point B, en amenant des éléments apportés par mes recherches, des sociologues, des historiens, des philosophes. Et entre chaque idée, une vanne. Les vannes, ça vient toujours. Ensuite, je bosse, je parle toute seule dans ma chambre. Quand je me fais rire, ça commence à être bon signe.

 

  • Et ensuite, il y a le ton, le jeu. Ne pas lire sa feuille. 

 

Le jeu se trouve au fil des années de pratique. Une chronique me demande au moins 5 heures au total. Pour Quotidien, franchement, au moins 24 heures. La veille en off total, et le jour J je ne bossais que sur ça.

Et oui, je trouve que c'est bien de pouvoir regarder ses interlocuteurs. Ça doit venir de mes 10 ans de comedy club. Dans une salle, tout peut toujours arriver. Un humoriste doit si bien savoir où il en est qu'il peut réagir, et revenir dans son texte. Autour d'un plateau, et plus encore à Quotidien qu'à Inter, si l'invité réagit, je ne veux pas faire comme s'il m'avait déstabilisée.

 

  • Tes sujets demandent à être abordés avec le bon ton, les bons termes. Quelles relations tisses-tu avec les assos et leurs actions sur le terrain ? 

 

Je n'ai pas encore fait de maraude, ni tenu de stand. À chaque fois par contre, j’ai un appel d’une personne en interne pour comprendre leur dernier rapport, ce sur quoi il faut mettre l'accent. C’est le cas pour le Planning familial, pour qui j’ai fait des chroniques, ou pour Amnesty International, avec qui on va essayer de faire des spots marrants.

Pour la Fondation des femmes, j’ai été maîtresse de cérémonie au théâtre de l'Odéon. C’était un concours d'éloquence qui donnait la parole à des femmes ayant vécu des violences sexuelles. J'ai fait bénévolement trois quarts d'heure de stand-up à la fin d'une manif Nous Toutes, en novembre. J'arrive avec mes blagues, et ça permet de mettre en avant leurs combats.

 

Pour moi, ce sont les seuls moments où mon travail a du sens »

 

 

Il y aussi eu une chronique, en matinale d'Inter, pour la Fondation pour le logement. C'est très difficile pour eux de faire connaître leurs rapports. Ma chronique était là pour dire que d’aider quelqu'un à sortir de la rue, ça coûte 16000 € à l’État, et que l’y laisser coûte 30 000€. On essaie d'inverser les discours. La vidéo en crosspost a fait pas mal de vues. 

Pour moi, ce sont les seuls moments où mon travail a du sens, où mon métier aide d'autres gens. Ce n'est plus seulement pour nourrir ton propre égoïsme et ton enfant intérieur parce-que-ton-père-ne-t’a-pas-assez-aimé. Je fais quelque chose d’un peu plus grand.

 

  • Ces chroniques de soutien, dois-tu les négocier avec la radio en amont ? 

 

Pas vraiment. Je sens ce qui est possible ou non. Avec la Fondation pour le logement ou le Planning familial, c’est OK. Mais je suis très proche de la Flottille, et je savais que je n'allais pas pouvoir traiter ce sujet. Je me suis donc déplacée à Marseille au départ de la deuxième flottille pour faire des live Insta et que mes abonnés aient l'info. 

D’ailleurs c’était dingo. Sur place, il y avait quatre députés LFI et zéro média, hormis Révolution Permanente. Ça m'avait fumé. Quand on ne sait pas si Rima Hassan a du CBD, t’as bien BFM en duplex, et là, limite j'étais la personne avec le plus grand nombre de followers pour relayer le départ des bateaux.

 

Mahaut Drama

 

  • On sent que la société se polarise. Comment as-tu vu l’humour évoluer sur ces sujets politiques et sociétaux ?

 

Déjà, il y a un phénomène d'habituation aux questions que l'extrême droite impose dans le débat public. Aldous Huxley, dans Le meilleur des mondes raconte bien comment, à force de répéter un mensonge, celui-ci devient vérité. Une autre forme d’habituation, c'est la satire politique peu à peu confisquée aux Français. On peut rire mais on ne doit pas s’indigner.

Je constate très clairement qu'il y a beaucoup d'humoristes qui font de l’humour consensuel. « Vous avez remarqué, vous aussi, en trottinette… » « Je suis maman et vous aussi, vous êtes maman… »  C’est cool, mais on est de moins en moins à assumer une parole engagée. Parce que, sincèrement, tu perds ton taf, tout simplement.

 

Une image vaut 1 000 mots, une blague vaut 1 000 discours. »

 

 

Mais ce sont juste des blagues. Tu te rends compte d’où on en est ? Ce sont des guilis sous la plante des pieds des puissants. On ne leur coupe pas des budgets, on ne les harcèle pas. Ce sont juste des blagues. 

L’état de la satire politique a toujours été le baromètre de la bonne santé démocratique d'un pays, ou de l'arrivée du fascisme. Mais je ne parlerai pas de polarisation, parce qu'il y a peu d'humoristes d'extrême droite et de droite. Ce ne sont pas des cool kids. Franchement, c'est comme ça, ils ne savent pas faire de l’humour.

 

  • Les humoristes sont aujourd’hui écoutés comme des chroniqueurs politiques. Qu'est-ce qui fait la force de l’humoriste vis-à-vis du public ?

 

Le rire est une émotion incontrôlable qui te sort des tripes. Il est encore plus engageant que la colère, la nostalgie, ou la tristesse. Il permet un lien hyper direct de l'un à l'autre. 

Comme l’on passe par des figures de style ou des métaphores très concrètes, c'est quasiment un libre échange d’idées qui va droit au cœur, pour te toucher et te faire réfléchir. Une image vaut 1 000 mots, une blague vaut 1 000 discours.

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Entretien réalisé par Pioche! Magazine, en partenariat avec Diffuz, by Macif.

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