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Par Fondation nehs Dominique Bénéteau - Publié le 20 septembre 2022 - 11:20 - Mise à jour le 20 septembre 2022 - 15:19
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[Interview Croisée] Frédérique Martz et Fabienne Boulard : récit d’une coopération exemplaire entre l’association Women Safe & Children et la Police

La Région Ile-de-France a voté en 2020 un budget pour développer, à l’échelle de la région, l’accès à des formations spécifiques sur les violences conjugales à destination des forces de sécurité du territoire (Police nationale, gendarmerie, police municipale). L’objectif : améliorer l’accueil et l’audition des victimes. Dans le département des Yvelines, l’Institut Women Safe & Children a été choisi pour co-construire ces formations, suite à un appel à projets lancé auprès des associations.

[Interview Croisée] Frédérique Martz et Fabienne Boulard : récit d’une coopération exemplaire entre l’association Women Safe & Children et la Police
[Interview Croisée] Frédérique Martz et Fabienne Boulard : récit d’une coopération exemplaire entre l’association Women Safe & Children et la Police

 

Fabienne Boulard, major de police et référente départementale des Yvelines en matière de lutte contre les violences conjugales, et Frédérique Martz, co-fondatrice et directrice générale de Women Safe & Children, forment les forces de police pour améliorer l’accueil et l’audition des femmes victimes de violences. Elles témoignent de leur collaboration.

 

Pouvez-vous nous raconter le démarrage de cette collaboration ?
Frédérique Martz, co-fondatrice et délégué générale de Women Safe & Children
Frédérique Martz, co-fondatrice et délégué générale de Women Safe & Children

Frédérique Martz : “Tout d’abord, il faut savoir que notre association est un lieu d'accueil, d'écoute et d'accompagnement des femmes et enfants victimes de violences. Nous avons aussi un rôle de formation et de sensibilisation sur les sujets des violences perpétrées contre les femmes et les enfants, qu’ils soient victimes ou témoins. Nous nous appuyons pour cela sur une équipe spécialisée en psychotraumatologie* (infirmières, médecins, psychologues), en victimologie (avocats, juristes) et sur des partenaires engagés.

Nous ne sommes pas un village gaulois. Nos relations avec nos partenaires sont primordiales pour la cohérence et l’efficacité de notre action et la Police nationale fait partie de ces partenaires.

On l’a vu pendant les confinements, nos meilleurs alliés pour l’hébergement, la mise en sécurité… ont été ceux avec qui l’on a construit un lien de confiance. La Police en fait partie. Une coopération évidente s’est mise en place.

Et puis une relation interpersonnelle et humaine nous lie Fabienne et moi. On s’écoute, on se challenge mutuellement… Concernant la formation des personnels de police, Fabienne m’a par exemple expliqué pourquoi la façon d’auditionner les victimes n’était pas adaptée au traumatisme vécu. Elle m’a permis de comprendre.”

 

Fabienne Boulard : “Nos deux mondes se regardaient en chien de faïence mais notre rencontre a été déterminante. C’est en effet une rencontre à la fois professionnelle et humaine. Chacune a fait un bout de chemin vers l’autre, à la fois individuellement et au nom des structures que nous représentons. La formation de policier nous apprend à gérer un auteur de faits, à interpeller, à interroger, à mettre en garde à vue… Concernant les victimes, bien sûr on fait tout cela pour elles globalement, mais individuellement, on ne sait pas le dire ni le montrer. Les auditions de victimes sont utiles pour la procédure mais on ne nous a pas appris à comprendre les personnes que l’on a en face de nous, ni à se mettre à leur hauteur pour leur expliquer comment fonctionne cette procédure. Et puis on évolue dans un environnement d’urgence et on ne sait pas comment s’y prendre lorsque l’on a face à nous des femmes sous le coup de psychotraumatismes. Cette formation permet aux policiers de comprendre ce qui leur était auparavant incompréhensible : pourquoi la victime n’est-elle pas capable de décrire l’individu qui l’a agressé ? pourquoi une femme repart avec son conjoint violent ?

On a compris qu’on ne pouvait pas travailler seul. Les professionnels du monde institutionnel et des associations doivent travailler ensemble. Au sein de la Police, nous avons besoin de cet apport de connaissances sur les psychotraumatismes pour mieux accueillir et entendre les victimes. Comprendre comment les engrenages fonctionnent nous sert aussi dans notre mission de prévention.

 

Comment cette formation a-t-elle été conçue ? 

Fabienne Boulard : “Au sein de la Police, nous avions déjà des modules de formation sur les violences mais qui ne parlaient pas de psychotraumatismes. On abordait par exemple la posture, on faisait intervenir la déléguée aux droits de femmes, une avocate et une association. C’était intéressant mais cela ne suffisait pas. Women Safe & Children participait déjà aux formations que j’organisais. Elle est pionnière en matière de pluridisciplinarité dans la prise en charge et l’accompagnement des victimes. Ensemble, nous avons franchi une marche en intégrant, avec la psychologue de l’association, les neurosciences et les connaissances actuelles des mécanismes du cerveau pour mieux comprendre les victimes. Il y a aussi un volet juridique et le témoignage très important d’une proche de victime de féminicide, ayant elle-même subi des violences par le passé. Ce témoignage concrétise et vient appuyer le discours des professionnels qui interviennent.”

 

Frédérique Martz : “Nous avons vraiment conçu le contenu de la formation en coopération. Avec Fabienne, nous avons d’ailleurs décidé de l’organiser dans les locaux de l’association, pour montrer aussi le travail que l’on fait concrètement, la réalité de notre quotidien.

 

Une formation dans les locaux de Women Safe & Children à Saint-Germain en Laye
Une formation dans les locaux de Women Safe & Children à Saint-Germain en Laye
 
Que vous apporte cette formation ?

Fabienne Boulard : “Elle permet de mieux comprendre les victimes, leurs réactions, leurs comportements… Si une victime ne sait plus situer son agression dans le temps par exemple, ce n’est pas parce qu’elle ment, c’est souvent l’effet du traumatisme vécu.

Parler de cela avec les policiers de terrain est aussi une façon de leur dire : on vous donne les clés, à vous de vous en servir, on vous fait confiance. Suite à cette formation, un collègue affecté aux plaintes a d’ailleurs demandé à intégrer une brigade de protection de la famille.

Et puis on crée un lien avec l’association qui se fait naturellement. Les collègues n’ont plus aucune réticence à orienter vers elle.”

 

Frédérique Martz : “En fait, les policiers que nous formons demandent de la connaissance pour entrer dans la compréhension. En tant qu’association, on ne peut pas être partout donc je considère que plus on est nombreux à savoir, mieux c’est !

Aussi, le fait qu’une institution comme la Police nous respecte en tant qu’association est très important pour nous, cela nous donne une légitimité. On coopère avec une institution avec laquelle on pensait ne jamais coopérer : cela permet de lever les incompréhensions de part et d’autre, de comprendre les contraintes de chacun – parce qu’il y en a – mais aussi les raisons des dysfonctionnements pour agir.

Les grandes réussites sont toujours collectives, on réussit toujours mieux ensemble ! Notre mission s’attaque à un enjeu de société et de santé publique. Nous n’avons pas le droit à l’erreur et bâtir autour de nous est primordial pour viser un objectif collectif.”

 

Au sein de la Police, nous avons besoin de cet apport de connaissances sur les psychotraumatismes pour mieux accueillir et entendre les victimes. Comprendre comment les engrenages fonctionnent nous sert aussi dans notre mission de prévention.

Fabienne Boulard, major de police et référente départementale des Yvelines en matière de lutte contre les violences conjugales

 

Où en êtes-vous dans le déploiement de la formation ?

Fabienne Boulard : “Pour le premier cycle de formation, entre fin 2021 et début 2022, nous avons formé entre 200 et 250 policiers : les nouvelles recrues des Yvelines, les effectifs qui travaillent aux plaintes et ceux du groupe d’appui judiciaire.”

 

Frédérique Martz : “Il reste beaucoup de profils à former : la brigade de protection de la famille, les policiers municipaux, les policiers qui accueillent au guichet dans les commissariats… Et puis on aimerait aussi associer les magistrats.”

 

l'Accueil de Women Safe & Children

Pourquoi la Fondation nehs soutient l'Institut Women Safe & Children ?

L’Institut Women Safe & Children, situé à Saint-Germain en Laye dans les Yvelines, est un lieu unique pour une prise en charge pluridisciplinaire des femmes et des enfants victimes ou témoins de violences. Convaincus de la pertinence de son approche globale, nous avons décidé de soutenir son essaimage afin que sa méthodologie et son expertise pluridisciplinaire en matière de psychotraumatologie et victimologie bénéficie au plus grand nombre. Après Saint-Germain-en-Laye, un deuxième centre a ouvert à Evian en début d'année et un troisième ouvrira dans les prochaines semaines en Corse.

 

* Une définition du psychotraumatisme : “Troubles présentés par une personne ayant vécu un ou plusieurs événements traumatiques ayant menacé son intégrité physique et psychique ou celle d'autres personnes présentes, ayant provoqué une peur intense, un sentiment d'impuissance ou d'horreur, et ayant développé des troubles psychiques liés à ce(s) traumatisme(s).(source)

 

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